Clironiques de Saint-Denis
paix et sûreté, il fut présentement assiégé par ses adversaires. Qiiand ceux de la cité virent cela, ils mandèrent aux Romains de venir chercher leur pape, auxquels ils le rendirent dès qu'ils furent venus; et par deux fois eût été le pape Boniface percé d'un glaive au travers du corps, si un chevalier de France ne l'eût protégé. Toutefois, en se retirant, il fut frappé au visage par le chevalier qui l'attaquait et tout ensanglanté. Pour lors il fut mené à
Rome par monseigneur Guillaume de Nogaret, lequel il suivit humblement et dévotement et qui lui parla en telle manière :
« O toi, chétif pape, regarde et considère la honte du roi de France, qui si loin de son royaume te garde et te défend par moi. » Lesquelles paroles le pape rappelant en sa mémoire quand il fut à Rome rétabli en son consistoire, il compit les affaires du roi de France et de son royaume à Mabry le Roux, diacre cardinal, pour en ordonner ainsi qu'il serait expédient. Après quoi il rentra aa château Saint-Ange à Rome, où il tomba en telle frénésie qu'il mangeait ses mains; et ainsi il mourut, tandis qu'on entendait de toutes parts dans le château des tonnerres et qu'on voyait des foudres qui ne parurent point aux contrées voisines. Ensuite de quoi fut élu en l'Eglise de Rome pour le cent quatre-vingt-dixhuitième pape, Benoît onzième, de la nation de Lombardie et de l'ordre des Prêcheurs qu'on nomme Jacobins.
Vers ce même temps *, une discussion s'étant élevée à Paris entre l'Université et le roi, parce que le roi avait fait saisir et pendre avec précipitation un clerc de l'école, les leçons furent
Le pape en conseil.
(Bibliothèqne nationale, Ms fr., n°49i.j