I. Vie de Louis VIII
faire savoir ce qu'il avait à faire. Ledit archevêque, ayant assemblé les évêques, les abbés et tout le clergé de la province entière, reçut du comte de Toulouse et des autres barons le serment qu'ils rétabliraient dans le pays la tranquillité et la soumission à l'Eglise de Rome; qu'ils rendraient en entier au clergé ses revenus ; que, pour les dommages qu'ils avaient soufferts, ils lui payeraient quinze mille marcs pendant trois ans; qu'ils feraient promptement justice des hérétiques qui avaient avoué leur hérésie ou avaient été convaincus et que selon leur pouvoir ils extirperaient de toute la province la perversité de l'hérésie.
Les choses étant ainsi convenues, le jeune comte Raymond, reconnu pour catholique par la cour de Rome, espérait faire admettre son hommage par le roi des Français; mais celui-ci le refusa et résolut de combattre encore une fois les hérétiques comme il avait déjà fait jadis. Quand vint donc la Purification de sainte Marie, en l'an 1225, le roi Louis et beaucoup de grands du royaume de France et d'archevêques, d'évêques et de barons rassemblés à Paris, prirent l'étendard de la croix contre les hérétiques Albigeois, et reçurent la bénédiction des mains du cardinal romain. L'an du Seigneur 1226, le roi de France Louis et tous ceux qui avaient pris la croix, se réunirent à Bourges ; de là, marchant par les villes de Nevers et de Lyon, ils arrivèrent à Avignon, ville très fortifiée et comme imprenable, depuis sept ans excommuniée par l'Église de Rome à cause de sa perverse hérésie. Tandis que le roi s'imaginait obtenir pacifiquement le passage par Avignon, à cause de quelques traités qu'il avait conclus auparavant avec les habitants de la ville, ils lui fermèrent les portes et laissèrent le roi dehors avec les siens. Le roi s'étonna et, prenant une courageuse résolution, assiégea la ville par trois endroits. La veille de la fête de l'apôtre saint Barnabe, qui était le mercredi d'après la Pentecôte, on dressa des machines ; les balistes, les pierriers et les mangonneaux servaient peu, parce que ceux qui étaient dedans se défendaient courageusement. Le siège dura jusqu'à la fête de l'Assomption de sainte Marie.
Cependant, la mortalité devenant très grande, il mourut environ deux mille des nôtres, tant des grêles de flèches et de pierres qu'on leur lançait, que de maladies. Guy, comte de Saint-Paul, homme
brave à la guerre, bon catholique et vertueux, y mourut frappé d'une pi-erre lancée par une baliste. L'évêque de Limoges y mourut aussi et le comte de Champagne s'en retourna chez lui sans la permission ni du roi ni du légat. Alors les habitants d'Avignon, réfléchissant à la constance du magnanime roi, qui avait déclaré
Baron en costume de guerre d'environ 1200. ( Hewitt, Ancient armours and weapons in Europa, t. l"'. )
par serment avec ses grands qu'il ne se retirerait pas que la ville ne fût prise ou rendue, donnèrent deux cents otages des meilleurs citoyens de leur ville et jurèrent de demeurer soumis aux ordres de l'Eglise. Par l'ordre du légat et du roi on combla les fossés; trois cents maisons garnies de tours qui étaient dans la ville et tous les murs furent abattus et rasés de fond en comble. La ville fut absoute et le légat y introduisit de bonnes et louables insti-
tutions. Maître Nicolas de Corbie, moine de Cluny, fut consacré évêque de ce lieu.
Le roi, éloignant son armée d'Avignon, s'avança dans la Provence, et toutes les villes, forteresses et châteaux jusqu'à quatre lieues de Toulouse se rendirent paisiblement à lui. Le roi, nommant en son lieu, pour gouverner tout ce pays, Imbert de Beaujeu, se hâta de revenir en France. Le jour avant la fête de la Toussaint, comme le roi s'en retournait chez lui, il fut saisi d'une maladie mortelle, et le dimanche suivant, à savoir l'octave de la Toussaint, à Montpensier, en Auvergne, l'an du Seigneur 1226, il quitta ce monde pour aller vers le Christ. Il fut pendant tout le temps de sa vie bon catholique et d'une admirable sainteté. Là on dit que fut accomplie la prophétie de Merlin, qui dit : « Le lion pacifique mourra dans le ventre de la montagne. » On n'a pas ouï dire qu'aucun roi avant lui fût jamais mort en ce lieu. Son corps fut transporté par les siens dans l'église de Saint-Denis en France et enterré avec honneur auprès de son père, le roi Philippe-Auguste.
Contre-sceau de Louis VIII.
(Archives nationales, n''4i.)
Crypte de la Sainte-Chapelle, d'après une photographie.