Cf. Renan, Ilist. littér., t.XXIV, p
4. Voy. sur la cathédrale de Noyon la belle monographie de L. Vitet qui, à ce propos, touche à tous les points importants de l'architecture gothique aux douzième et treizième siècles. {Revue des Deux-Mondes, 15 décembre 1844 et 1" janvier 1845.)
La cathédrale de Paris avait été commencée, en 1100, sur l'emplacement de deux petites églises, l'une de Saint-Étienne, l'autre de la Vierge Marie, par Tévêque Maurice de Sully qui en bâtit le chœur et la nef, au moins jusqu'à la troisième travée; elle se continua sous ses successeurs, Eudes (Il 96) et Pierre de Nemours (1208). A la mort de Philippe Auguste, le portail était élevé jusqu'à la base de la grande galerie à jour qui réunit les deux tours. L'église fut achevée dans ses parties principales sous saint Louis : les tours furent portées à leur hauteur en 1235; les chapelles de la nef sont de 1245 ; le portail du sud, de 1257 (Jean de Chelles) ; les chapelles du chœur, postérieures à la mort du saint roi (1290).
La cathédrale de Chartres, brûlée en 1194, fut rebâtie avec le concours, non-seulement des habitants du diocèse, mais des populations d'alentour parmi lesquelles Notre-Dame de Chartres était en grande vénération. Les villages se levaient en masse pour y aller travailler, même en Normandie. Les rois Philippe Auguste, Louis VIII et saint Louis aidèrent de leur argent à la construire. Elle était achevée pour la plus grande partie en 1 240 ; les porches aux deux entrées du transsept sont de 1240 à 1250 : le jubé, qu'on y admirait encore il y a un siècle, était de la deuxième moitié du treizième siècle.
La cathédrale de Reims fut commencée en 1212 par Robert de Coucy; en 1230, les voûtes basses étaient faites ; en 1 240, les parties supérieures du chœur et les travées de la nef étaient construites. La façade ne fut achevée (moins les deux flèches) qu'au commencement du quatorzième siècle ; on y travaillait encore au quinzième.
La cathédrale de Bourges surtait de terre en 1220. La construction en fut ralentie, faute de ressources; puis on hâta le travail et, peut-être pour en finir plus tôt, modifia-t-on le plan primitif en élevant la nef moins haut qu'on ne se l'était proposé. La partie antérieure de la nef n'est que du quatorzième siècle ; le sommet de la façade et les deux tours du seizième.
La cathédrale d'Amiens avait été détruite par un incendie en 1212. Elle fut commencée en 1220 par Robert de Luzarches et continuée en 1223 par Thomas et Renaut de Cormont, père et ûls , sur les plans que Robert de Luzarches avait laissés. En 1240, il y eut interruption; en 1258, un incendie détruisit les charpentes des chapelles de l'abside et compromit les parties voisines. La dernière main ne fut mise aux voûtes qu'en 1288. C'est le plus beau vaisseau de toutes nos cathédrales. La partie supérieure des tours est du quatorzième siècle.
La cathédrale de Beauvais fut commencée un peu après celle d'Amiens, en 1225. Le chœur fut élevé sur un plan plus large, avec une hardiesse qui en fait un des morceaux les plus admirables de l'architecture gothique, mais aussi avec une témérité qui faillit être punie : une partie s'écroula ; le reste aurait eu le même sort, si, vers la fin du treizième siècle, des piles nouvelles n'eussent été intercalées entre celles des trois travées du chœur. La conception du chœur de Beauvais est regardée comme supérieure à celle du chœur de la cathédrale de Cologne, commencée un peu après, sous l'inspiration de cette cathédrale même et de celle d Amiens ; et l'église entière eût délié toute comparaison, si l'architecte avait pu disposer de ressources plus
considérables et de matériaux d'un volume plus fort'.
La cathédrale de Rouen, réédifiée dans la seconde moitié du douzième siècle, couvrait déjà tout l'espace qu'elle occupe aujourd'hui, à la mort de Richard Cœur de Lion. La tour Saint-Romain, au nord de la façade principale, les deux chapelles de l'abside, celles du transsept et les deux portes de façade s'ouvrant sur les collatéraux, remontent à cette première époque. La nef, le transsept et le sanctuaire durent être reconstruits après un incendie. On reconnaît dans le style des parties refaites de 1210 à 1220 les traces de l'influence française; le style gothique normand reprit ensuite le dessus. On continuait d'y travailler sous saint Louis. On y travailla plus tard encore; les chapelles de la iiefsont delà fin du treisième siècle. Les portails de la Calende et des Libraires, la chapelle de la Vierge, bâtie en 1302, sont justement réputés des chefs-d'œuvre.
C'est sous le règne de saint Louis ou très-peu auparavant, que l'architecture gothique prit l'ensemble des dispositions qui sont restées le type du genre '. « A dater de 1220 environ, dit M. Yiollet-le Duc, la travée de nef à collatéraux dans les édifices du Nord est déterminée d'une manière plus précise. Les piliers, égaux en épaisseur, portent chacun les nerfs complets des voûtes d'arête haute et basse. Les murs entre ces voûtes s'ouvrent largement et sont remplacés même par des fenêtres qui prenaient toute la surface comprise entre les piliers et les formerets. C'est d'après
1. Viollet-le-Duc , au mot Cathédrale et J. Quicherat dans la Revue ArchéoL, t. Xj p. 72, note.
2. Le gothique rayonnant, ainsi appelé parce que les ornements des fenêtres peuvent être compris danr un rayon du compas.
ce principe (ju'cst conçue la cathédrale d'Amiens'. » On trouvera dans le livre auquel nous empruntons ces détails des renseignements non moins curieux sur les autres cathédrales de France*. Les cathédrales