‹ Saint Louis et son tempsChapitre 152 sur 207 · VioUet-le-Duc, Dictionnaire du mobilier, t. I · texte numérisé non relu

VioUet-le-Duc, Dictionnaire du mobilier, t. I

2. M. Viollet Le Duc a reproduit la slatue de l'évêque Fulbert placée au portique méridional de la cathédrale de Chartres, avec deux autres statues représentant ses acolytes. C'est le costume ecclésiastique du treizième siècle {Dictionnaire du mobilier, t. I, p. 86). Willemin (t. I, pi. XC), a donné à la même fin la représentation du tombeau d'Évrard, évêque d'Amiens, précieux tombeau de bronze dont nous avons déjà parlé. Il a de plus emprunté à la cathédrale de Chartres des figures de rois et de reines, qui donnent une juste idée du costume laïque (t. I, pi. LXI et suiv.). Les verrières de Chartres et un manuscrit du treizième siècle ont été mis aussi par lui à profit pour l'étude du costume tant civil que militaire {ibid., pi. XCVUI et Cl.) Voy. sur ce sujet le beau livre que vient de publier M. J. Ouicherat, Histoire du costume en France depuis les temps les plus reculés jusqu'à la fin du xviir" siècle (1815) .

quelques escabeaux ; le buffet, qui était mobile et autour duquel on pouvait tourner pendant le repas, le dressoir en forme d'étagère où l'on plaçait la vaisselle de prix : voilà quel était en gros l'ameublement d'un intérieur seigneurial au treizième siècle'. Ajoutez la crédence, petit buffet où l'on déposait les vases destinés à faire l'essai, les landiers ou chenets, les lampesiers ou porte-lampes, les coffrets où l'on serrait plus particulièrement l'or et les bijoux, de petits oratoires en forme de triptyques, et aussi des reliquaires portatifs, indispensables, par exemple, aux pèlerins qui allaient en Terre Sainte.

Les progrès accomplis dansJes arts du dessin faisaient sentir leur influence dans le mobilier. Dès Je milieu du douzième siècle, les lits, les sièges prenaient des formes plus élégantes; le bois était façonné au tour. Au treizième siècle, des ornements sculptés d'un léger relief s'ajoutent au bois tourné; certains meubles qui n'étaient pas recouverts d'étoffe, comme les pliants, étaient peints, quelquefois ornés de figures sur fond d'or. La simplicité qui régnait à la cour de saint Louis retint pendant son règne l'essor que le luxe était tout près de prendre; mais pourtant on trouvait déjà des meubles plus curieusement travaillés; et dans le vêtement, des fourrures, des soieries s'unissaient ou se substituaient quelquefois à la laine. L'orfèvrerie ne réservait pas pour l'Église tous

1. Labarte, t. IV, p. 6'î4; voy. aussi la représentation que M. Violletle-Duc a donnée d'une grande salle de château aux douzième, treizième et quatorzième siècles (Dictionnaire raisonné du mobilier français, t. F, pi. CCCLX-CCCLXII), et son Dictionnaire du.mobilier eLUx. différents mots qui se rapportent à l'ameublement. Il reproduit entre autres une armoire de Bayeux du commencement du treizième siècle, et une autre de Noyon de la fin du même siècle, celle-ci avec des peintures à l'intérieur et au dehors; il fait remarquer que les tables étaient assez basses, les chaises étroites: les vêtements plus amples, les étoffes plus épaisses dont on fit usage au siècle suivant amenèrent à les élargir.

les objets de sa fabrication : il y avait à l'usaj^e de \i vie privée des vases non-seulement d'oi- ou d'arfijenl, mais encore d'autre matière précieuse, de cristal de roche, de sardoine, de jaspe, d'ajjtate'; c'était comme la parure des dressoirs. De plus, l'art céramique produisait, non pas encore des faïences, mais des poteries assez grossièrement décorées. Venise commençait à rapporter de FOrient ces verres colorés dont la fabrique se multiplia en Occident dès la fin du treizième siècle \ Disons aussi que la miniature n'était pas uniquement occupée à orner des missels ou des évangéliaires pour l'Église, ni même des livres d'heures pour les fidèles. L'art aussi s'était fait laïque et ne distinguait plus beaucoup dans le choix, des livres. On a du treizième siècle un certain nombre de manuscrits très-peu religieux où les choses ont peintes avec la même liberté qu'elles étaient di- .es\ La miniature s'applique de même à des livres de science, comme le Trésor de Brunetto Latini \ Une chose qui a été remarquée et dont il est facile de se convaincre, c'est qu'il y a beaucoup plus de finesse de coloris et de correction de dessin dans les manuscrits religieux que dans les autres. L'art s'était sécularisé, sans doute, mais il était né dans les couvents, il s'y maintenait toujours et il y conservait encore sa supériorité'.

1. Labarte, t. I, p. 95 et 213-216; il reconnaît d'ailleurs que cela était rare.

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