‹ Saint Louis et son tempsChapitre 200 sur 207 · Primat, p. 48, 49 ; Guill. de Nangis, p · texte numérisé non relu

Primat, p. 48, 49 ; Guill. de Nangis, p

2. Chronique anonyme française dans le Recueil des histor. de France, t. XXT, p. 85.

3. Primat, p. 50; Guill. de Nangis, p. 457. Les Sarrasins se faisaient un mérite de violer le droit des gens à l'égard des chrétiens. En voici un exemple à joindre à ce que l'on a vu plus haut : « Le samedi (2 août), trois Sarrasins vinrent à un serjant d'armes et fichièrent les pointes de leurs glaives en terre, et en signe de surelé ils tenoient leurs mains sur leurs têtes et l'appelèrent à parler à eulz deplusprez. Et ce serjant avoit nom Raoul l'Escot, et parlèrent moult longuement à li.... Et quand ils orent longuement parlé ensemble, ils firent signe de aller s'en arrière ; mais l'un d'iceulz qui avoient fichié sa lance en terre feri celi qui estoit tout désarmé et ne s'en doubtoit point et le perça tout oultre parmi les costes. » (Primat, p. 51.)

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Maladies dans rarm(;e. — Mort de saint Louis.

Ces délais devaiont être funestes aux Chrétiens pour d'autres raisons encore. On était au plus fort de l'été, sous le soleil d'Afrique. La dyssenterie se mit dans l'armée. Une des premières victimes fut le comte de Never.s, fils de saint Louis^ Jean-Tristan, nom qu'il reçut, en naissant, à Damiette, après le désastre de Mansoura, et qu'il devait justifier trop bien en mourant sur cette autre terre d'Afrique (3 août). Sa vie s'était écoulée tout entière, d'une croisade à l'autre, entre la captivité et la mort du saint roi. Le lé'iat du pape mourut quelques jours après (7 août^ : saint Louis et son fils aîné Philippe étaient eux-mêmes atteints de la maladie*.

On cacha pendant quelques jours au roi la mort du jeune comte de Nevers; mais le roi en était inquiet, et il requit un .frère qui était de l'iiostel de son fils de lui dire la vérité : « Et adoncques, dit Primat, commença frère Geoffroy à pleurer moult tendrement et à soupirer très fort; et après il lui dit toute la vérité de la mort du comte de Nevers son fils. Et adoncques le roy eut moult grand pitié de la mort de son fils, comme père, et fut parfaitement triste dedans le cœur; et comme ceux qui étoient là présents le témoignèrent, il dit un peu après une parole de patience comme Job; laquelle parole fut telle : Nostre

1. Primat, p. 51; Guill. de Nangis, p. 457; Geofîroi de Beaulieu, ch. XLiii, p. 23.

Seigneur me l'a donnée qui me l'a aussi osté ; et ainsi l'a fait comme il lui plait : le nom de Nostre Seigneur soit béni^ »

Au milieu de ces difficultés et de ces épreuves, et quand peut-être il sentait déjà lui-même ses forces défaillir, saint Louis voulut assurer de nouvelles ressources à ceux qu'il avait engagés dans cette entreprise et les mettre en mesure de la continuer heureusement. Il décréta un emprunt de 1 00 000 livres tournois (2 026 382 fr.) remboursable sur le produit de la décime ecclésiastique et sur les revenus du royaume; et comme il pouvait bien n'avoir pas le temps de le réaliser lui-même, il chargeait son successeur de parfaire la somme par des emprunts successifs, et de la consacrer tout entière à la croisade : c'était comme un dernier gage de son dévouement à la guerre sainte à laquelle il était près de donner sa vie*.

Avant même d'avoir éprouvé les premières atteintes du mal qui l'enleva, saint Louis avait voulu laisser à son fils ses dernières instructions, et c'est déjà comme en présence du tribunal de Dieu, qu'il lui trace la règle de ses devoirs comme chrétien et comme roi^

1. Primat, Histor. de France, t. XXIII, p. 52. J'ai un peu rajeuni la version de Jean du Vignay.

2. Voy. Servois, article cité: Bibl. de l'école des Chartes (1858) p. 122,

3. Les enseignements de saint Louis ont donné lieu à une discussion des plus intéressantes entre M. N. de Wailly et M. P. Viollet, archiviste paléographe. Les deux auteurs ont cherché à établir quels sont les textes qui nous reproduisent le plus fidèlement le texte original de saint Louis, et ils ont été amenés à distinguer :

I. Les grands textes qui dérivent du texte latin emprunté par l'anonyme de Saint-Denis (Gilles de Pontoise) {Historiens de France, t. XX, p. 47) à l'enquête faite pour la canonisation de saint Louis; ce sont: l"]a version publiée d'après le registre Nosler de la Chambre des comptes, par Theveneau en 1627, et par Moreau dans le tome XX de ses Discours sur l'histoire de France ; 2° le texte du Confesseur de la reine Marguerite {Histor. de France, t. XX, p. 84).

n. Les textes abrégés : en première ligne, le texte que Geoffroi de

a Cher fils, la première chose que je t'enseigne, c'est que tu mettes tout ton cœur à aimer Dieu. Garde-toi de faire chose qui à Dieu déplaise et spécialement de faire péché

Beaulieu dit avoir traduit, en l'abrégeant, du texte original de saint Louis. [Ilorum documentorum manu sua scriptorum post mortem ipsius ego copiam habui et, sicut melius et brevius potui, transtuli de gallico inlalinum. Ibid., p. 8.)

2° Le texte français quo l'on trouve à la suite du récit de Beaulieu dans plusieurs manuscrits et que l'on croit de l'auteur lui-même. {Ibid., p. 26.)

3° Texte latin de Guillaume de Nangis, qui n'est notoirement que le texte de Beaulimi. (Ilist. de France, ibid., p. 458.)

4" Texte français du môme G. de Nangis. {Ibid., p. 450.)

5° Texte de Primat, traduit par Jean du Vignay. (Ibid., t. XXIIl, p. .59.)

6" Texte des Grandes chroniques de Saint-Denis, conservé dans le ms. 261.S de la Bibliothèque nationale, et qui est antérieur à la canonisation de saint Louis (1297).

7° Autre texte des Grandes chroniques dans le manuscrit de la Bibliothèque Sainte-Geneviève, LF2, et dans le manuscrit de la Bibliothèque nationale, Fonds français, n° 2813.

8° Texte français de Joinville, tiré, comme il le dit, d'un roniant, c'està-dire d'une histoire en langue vulgaire, qui ne peut être qu'une forme des chroniques de Saint-Denis.

Le différend entre M. N'. de Wailly et M. P. Viollet consiste en ce point : M. Viollet croit que tous les textes abrégés dérivent de l'abrégé de GeofTroi de Beaulieu et que, par conséquent, s'il se trouve quelque trait qui n'est ni dans les grands textes ni dans Beaulieu, comme par exemple le conseil sur la conduite à tenir envers les bonnes villes, on doit le considérer comme apocryphe ; tandis que M. N. de Wailly signale comme un texte indépendant de Beaulieu le texte des chroniques de Saint-Denis, contenu dans le ms. 261") et dans le ms. de Sainte-Geneviève, texte où l'on trouve le passage incriminé de Joinville, et il croit que ces textes peuvent dériver, comme celui de l'enquête, de l'original français de saint Louis. Je ne donne que les grands traits de ce débat; je n'ai garde de toucher au détail : la fameuse question des synoptiques, comme on dit en Allemagne, c'est-à-dire des trois premiers évangélistes et de leurs rapports, n'a pas suscité un plus grand nombre de comparaisons. (Voy. les deux mémoires de M. P. Viollet, Bibt. de l'école des Chartes, 6" série; t. V (1869) et t. XXXV de la collection (1874), et ceux de M. N. de Wailly, ibid. , t. XXXIII (1872) et t. XXXV (1874).

M. N de Wailly, après avoir discuté la valeur de ces sources, en a tiré les éléments d'une restitution du texte français primitif dans les formes les plus probables et dans Torlhographe du temps, en prenant pour base le texte capital de l'enquête, sans se refuser d'y ajouter ou d'y substituer ce qui lui paraît plus sûrement dérivé de l'original. On trouvera ce travail important à la suite de son premier mémoire. {Bibl. de l'école des Chartes, l. XXXllI.) Nous nous bornerons ici à donner sous une forme plus moderne le texte français de Geofl'rui de Beaulieu, tout en y introduisant quelques corrections fournies par les autres textes, et en y insérant à leur place, avec l'indication d'un signe particulier, les principaux passages qu'il a omis.

mortel. Mais tudevrois souffrir toutes manières de tourments, [plutôt] que faire sciemment péché mortel. Si Dieu t'envoie adversité, souffre-la en bonne patience [et rends-lui en grâces]; et pense que tu l'as bieu desservi [mérité), et que cela tournera tôt à ton profit. S'il te donne prospérité, remercie-l'en humblement, en sorte que tu n'en sois pas pire ou par orgueil ou par autre manière de ce dont tu dois mieux valoir, car l'on ne doit pas Dieu de ses dons guerroyer [s^trmcr contre Dieu de dons qu'on en reçoit).

« Confesse-toi souvent, et élis des confesseurs prud'hommes qui te sachent enseigner ce que tu dois faire et de quoi tu dois te garder. Tu te dois en telle manière comporter et avouer que ton confesseur et tes autres amis t'osent sûrement reprendre et te montrer tes défauts. Assiste au service de sainte Église doucement, sans railler ni plaisanter, et sans regarder çà et là; mais prie Dieu ou de bouche ou de cœur, en pensant à lui doucement, et spécialement à la messe, à l'heure que la consécration est faite [du corps et du sang de N. S. Jésus-Christ] et un peu avant.

« Aie le cœur doux et miséricordieux aux pauvres et à ceux qui souffrent [de cœur ou de corps] et les conforte et leur aide selon ce que tu pourras.

« [Maintiens les bonnes coutumes de ton royaume et les mauvaises abaisse. Ne convoite pas sur ton peuple, ne le charge pas de toltes [impôts), ni de tailles, si ce n'est par trop grand besoin ^]

« Si tu as quelque trouble de cœur, dis-le tantôt à ton confesseur ou à quelque prud'homme : tu le supporteras plus légèrement.

« Garde que tu aies en ta compagnie tous prud'hommes, soit religieux, soit séculiers; aie souvent parlement [conférence) avec eux et fuis la compagnie des mauvais. Et écoute volontiers les sermons (la parole de Dieu) et en public et en particulier, et recherche volontiers prières et pardons.

« Aime tout bien et hais tout mal en quoi que ce soit. Nul ne soit si hardi qu'il dise devant toi parole qui attire ou excite à péché ni ne médise d'autrui par derrière ; ne souffre que

1. Joinville et les textes du ms. 2615 et de Sainte-Geneviève,

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l'on dise devant toi nulle vilenie de Dieu ni île ses saints, que tu n'en fasses tantôt vengeance.

« Rends grâces à Dieu souvent de tous les biens (ju'il t'a faits, afin que tu sois digne encore de plus avoir.

« Sois rigide et loyal à lenir justice et droiture envers tes sujets, sans tourner à droite ou à gauche, mais toujours tout droit, et [si un pauvre a querelle contre un riche] soutiens le pauvre [plus que le riche] jusques à tant que la vérité soit êclaircie. Si quelqu'un a atl'aire ou querelle contre toi, sois toujours pour lui et contre toi, jusqu'à ce que l'on sache la vérité, car ainsi tes conseillers jugeront plus hardiment selon droiture et selon vérité.

« Si tu retiens rien d'autrui, ou par toi ou par tes devanciers, dès que la chose est certaine, rends sans tarder; si c'est chose douteuse, fais faire enquête par sages hommes promptement et diligemment.

« Tu dois mettre toute ton attention à ce que tes gens et tes sujets vivent en paix et en droiture sous toi [mêmement les bonnes villes et les bonnes cités de ton royaume ; et les garde en l'état et en la franchise où tes devanciers les ont gardées. Et s'il y a aucune cnose à amender, amende-le et le redresse et les tiens en faveur et en amour. Car par la force et par les richesses de tes bonnes cités et do tes bonnes villes, les particuliers et les étrangers redouteront de se mal conduire envers toi, spécialement les pairs et les barons. Il me souvient de Paris et des bonnes villes de mon royaume qui m'aidèrent contre les barons quand je fus nouvellement couronné*].

« [Honore et aime] particulièrement les religieux et toutes personnes de sainte Eglise. On raconte du roi Philippe (mon ayeul) qu'une fois un de ses conseillers lui dit que la sainte Église lui faisoit beaucoup de tort et de dommage en ce que les clercs lui ôtoient de son droit et empiétoient sur sa justice, et que c'étoit grand merveille qu'il le souffrit. Et le bon roi répondit qu'il le croyoit volontiers ; mais quand il regardoit les bontés et les courtoisies [faveurs] que Dieu lui avoit faites, il aimoit mieux laisser son droit aller (se relâcher de son droit) que susciter contestation à sainte Église.

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