Joinville, ch. xxiii
90 CHAl'ITUE XVI.
liers, couime il y en a toujours : c'est dune uneiiji'uve perturbation jetée dans toutes les relations sociales. Saint Louis voulut restreindre autant que possible le droit de battre monnaie^ en limitant le clianip où il pouvait se produire : ce fut l'ojjjet de son ordonnance du carême i'2G'i. Le droit seigneurial n'était évidemment valable que dans les limites de la seigneurie. Saint Louis consacra ce principe en ordonnant, comme l'avait fait son père Louis VIII en 1226, que la monnaie royale fût re('ue dans tout le royaume, et la monnaie des seigneurs seulement sur leurs terres concurremment avec la monnuie du roi. Là où le seigneur n'avait pas le droit de battre monnaie (car là où il ne l'exerçait pas, il était censé ne plus l'avoir) la monnaie royale était seule admise. Ainsi la monnaie du roi avait sur toutes les autres un premier avantage, et un avantage considérable, celui d'une circulation universelle; et le roi lui en assura un second en la faisant meilleure qu'aucune autre. Les types de la monnaie de saint Louis acquirent dès lors la réputation qu'ils méritaient. Par ce double avantage, il rendit la concurrence presque impossible et dégoûta plusieurs seigneurs d'un droit qui ne leur rapportait plus le même profit. Saint Louis, tout en souhaitant que les seigneurs qui le gardaient en usassent de la meilleure manière et fissent d'aussi bonne monnaie que lui-même, ne souffrait pas d'ailleurs qu'ils imitassent ses types' : cette ressemblance aurait pu favoriser leur circulation hors de la seigneurie dans le royaume, aux dépens de la sienne. Il ne le toléra pas
1. Art. 1 de l'ordonnance de 126'2 : « Que nuls ne puisse (aire munoies semblant à la monoie le Roy, que il n'y ait dessemLlance apperle et devers croix et devers pille, et que elles cessent dès ors en avant. » Ordon., t. I, p. 93.
même de la part de son frère Alfoase de Poitiers. Ce prince ayant fabriqué des deniers tournois semblables aux siens à Montreuil-Bonnin en Poitou, à Riom, à Toulouse et dans le marquisat de Provence^, le roi lui députa le doyen d'Orléans pour le lui interdire. Alfonse envoya des excuses : il ne savait pas, disait-il, que sa monnaie fût frappée autrement qu'elle ne l'avait été dès les premiers temps de son règne. Mais saint Louis n'accueillit pas ces raisons, et Alfonse céda^ Toutefois on peut voir par les comptes de ce prince que, dès l'an 12G4, les ateliers de Montreuil-Bonnin avaient repris leur fabrication : Alfonse ayant donné satisfaction à son frère en modifiant le type de ses tournois-.
Le règlement de saint Louis sur les monnaies avait été fait de concert avec des bourgeois, et, circonstance digne d'être notée, leurs noms figurent à côté de celui du roi dans Tordonnancô.
Le système monétaire, au treizième siècle, n'était pas aussi simple qu'il l'est aujourd'hui. Il faudrait une dissertation spéciale pour tirer au clair tout ce qui concerne le titre, la taille, le poids et le cours des monnaies de saint Louis. Cette dissertation a été faite, après Le Blanc, et d'une main assez sûre pour que nous puissions nous borner à en signaler les résultats.
Le titre de la monnaie de saint Louis différait sensiblement du titre de notre monnaie actuelle, il était
^^ Twêo ^^ fi^ PO^^ ^'^1% '^^ li ^^^ ^^^ pour l'argent, tandis que chez nous il est de -f—^ de fin pour les deux matières : en d'autres termes, l'alliage était de j^ pour l'or, de 2V PO'-'i' l'^irgent, tandis qu'il est