‹ Saint Martin et son monastère de LigugéChapitre 90 sur 153 · Archiv de la Vienne (loc. cit · texte numérisé non relu

Archiv de la Vienne (loc. cit

de l'Université, et obtint de Dom François Aymoii, bachelier en décrets, sacristain de l'église de Maille* zais et vicaire général de Tévêque, des lettres dimissoriales qui lui permettaient de recevoir la tonsure de tout évêque catholique qu'il préférerait (2 novembre 1593). Il choisit Tévêque de Poitiers, de la main duquel il reçut successivement, outre la tonsure et les ordres mineurs , les ordres majeurs jusqu'à la prêtrise (2 et 23 mars et 6 avril 1602). Mais déjà, depuis près de deux ans, il avait été pourvu, en cour de Rome, de la charge de sacristain de notre monastère de Saint-Martin , par la H^ésignation de Frère Robert Rousseau.

Le pape Clément VIII, dans ses Bulles de provision, datées du lO^' jour avant les calendes de juin (23 mai), la ix« année de son pontificat (1600), déclarait élire ledit Laurent Fortin , sacristain dudit prieuré de Saint-Martin de Ligugé, à condition toutefois qu'il prendrait l'habit monastique, et qu'après un an de probation , il ferait profession de la règle de saint Benoit entre les mains d'un religieux de cet Ordre. C'est la première fois que nous voyons énoncer cette condition canonique relative à l'office de sacristain de notre prieuré. C'était justice cependant, atiu que, à défaut d'autres religieux, un membre , au moins, de la petite communauté représentât Tantique observance religieuse.

Laurent Fortin fut fidèle aux prescriptions pontificales. Il prit d'abord possession de son assez riche bénéfice , par Ventrée et sortie de V église dudit prieuré^ aspersion d'eau bénoiste^ baisement de f autel, ouverture du livre missel, son des cloches^ entrée et sortie de la maison dudict offlce, estant près de t église dudict

prieuré, et fait aultres solempnitez en tel cas requises et accoutumées , en présence de vénérables maistres Pierre Pelletier, Noël Hamon et Etienne Régnier , tous desservants audict prieuré et demeurant audict lieu de Ligugé, le 6 novembre de Tannée 1600. Puis il se présenta devant le Révérend Père Dom Austrégisile Froment, prieur claustral de Finsigne monastère de Saint-Cyprien de Poitiers , lequel, en vertu des pouvoirs à lui conférés par Tévêque de Poitiers, lui donna Thabit monastique de sa propre main, le 19 du même mois de novembre, dans l'église de ladite abbaye de Saint-Cyprien. Et Gaspard Le Franc , en qualité de prieur de Saint-Martin de Ligugé, lui donna de ce fait une attestation signée de sa main. Fait à Poitiers {Datum Pictavis), le 18 décembre de la même année 1600. Il est donc bien évident que le chantre de la cathédrale était eu. possession de notre prieuré longtemps avant d'avoir reçu ses provisions de la cour pontificale.

Enfin, un an après, le 14 novembre 1601, le même religieux Austrégisile Froment, prieur de Saint-Cyprien, se disant vicaire délégué, pour ses fonctions, de Révérend Père en Christ et seigneur Gaspard Le Franc, prieur commendataire de Ligugé, attestait que Frère Laurent Fortin, novice du prieuré de Ligugé, avait émis entre ses mains la profession solennelle 5^ton la règle et la tradition de S. Benmt, dans ledit prieuré de Ligugé, et s'était soumis au joug de ladite règle et dudit Ordre dans ledit prieuré, en proférant les paroles suivantes : t Moi, Frère Laurent Fortin, je promets stabilité et conversion de mes mœurs et obéissance, suivant la règle de saint Benoît, devant Dieu et ses saints, dans le prieuré de Saint-Martin de

Ligugé, en présence de vénérable et religieux homfue Frère Austrégisile Froment, prieur claustral du monastère de Saint-Cyprien, de l'Ordre de saint Benoît et vicaire délégué pour ce faire de Révérend Père en Christ, seigneur Gaspard Le Franc, prieur cammandataire dudit prieuré de Ligugé. »

Nous avons rapporté en entier cette formule, qui est celle de tous les bénédictins, parce que, en cette circonstance, elle revêt des caractères particuliers curieux à constater. Aussi bien , c'est un devoir pour nous de recueillir avec un respect religieux les paroles de cette profession solennelle, puis qu'elle fut prononcée dans Téglise même de Saint-Martin , et (ju'elle fut le dernier écho des anciennes traditions bénédictines. Il nous faudra attendre jusqu'après le milieu de notre xix« siècle pour les réveiller et les entendre.

Comme témoins appelés, figuraient Juste Lhomedé, sacristain de l'abbaye de Saint-Cyprien , ainsi que Noël Hamon, Pierre Pelletier et François Renouard, prêtres desservant le prieuré de Saint-Martin. L'acte est écrit et signé par (Pierre) Sueur, notaire apostolique, choisi pour secrétaire *, qui parait dans toutes les circonstances intéressantes de notre prieuré.

Cependant, un incident faillit compromettre la jouissance paisible de Gaspard Le Franc. A tort ou à raison, Claude du Four réclama contre la résigna-

1. Le prieur Gaspard Le Franc délivra, à la même date, une attestation du même fait , les trois mêmes prêtres présents. Datuvi Legiigiaci in, eedibvs twfitris prioraHhns^. {Archiv. dv ht Vienne,, loc. cit. Liasse 9.)

tion du prieuré; mais on sut lui imposer silence. Le sacristain Laurent Fortin fut lancé contre lui. Il obtint un arrêt de revendication de ses gages de sacristain à partir du milieu de Tannée 1603, date approximative des Bulles obtenues par le concurrent de Gaspard Le Franc (il avril 1606). Ces gages se montaient, chaque année, à 120 livres en argent, en ISseptiers de blé, 18 rortres de gros bois, 4 pipes et demie de vin, et 600 fagots. Or il y avait un arrérage de deux ans à payer. Laurent Fortin, sous ce prétexte, fit saisir les biens du prieuré et les lit mettre, comme on disait alors, entre les mains du roi. Évidemment notre sacristain n'était qu'un instrument en cette atfaii*e. Gaspard Le Franc, en faisant poursuivre son adversaire et même en s'assujettissant à obtenir das Bulles pontificales , avait eu un but très-louable en soi. 11 voulait transmettre la possession de son prieuré de Ligugé entre les mains des Pères de la Compagnie de Jésus.

Page 1