‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inédits (volume 2)Chapitre 14 sur 266 · DOM MARTINEZ · texte numérisé non relu

DOM MARTINEZ

cérémonies, quels moyens externes, le mystagogue étranger, dont le langage était fort défectueux, s'at*tacha-t-il des jeunes gens de si bonne naissance, un philosophe surtout d'une piété aussi tendre, d'un catholicisme aussi ferme en apparence et d'un âge déjà mûr? Car dès cette époque Saint-Martin, que j'entends ici , était philosophe et il avait le droit d'être écolier difficile à satisfaire. Il avait suivi tant d'autres maîtres au collège et à l'école de droite siégé six mois dans un tribunal comme avocat du roi, lu tous les philosophes à la mode, et fait une étude spéciale du savant Burlamaqui.

La doctrine de Martinez de Pasqualis et ses pratiques étaient donc bien séduisantes.

Faute de documents, on a été réduit jusqu'ici à des inductions ou à des conjectures. Les unes et les autres, on les a établies très-facilement, et une fois proclamées, elles ont passé pour des faits. On a dit que les opinions du maître devaient se trouver dans les écrits du disciple, surtout dans ceux que Saint-Martin a publiés les premiers et avant d'avoir fait avec Jacques Boehme cette connaissance qui marqua une époque dans sa vie. En un mot, on croyait être certain que l'ouvrage des Erreurs et de la Vérité était écrit dans les principes et dans les idées de Martinez de Pasqualis.

Cette voie, d'ailleurs la seule possible avant la connaigsance des manuscrits laissés par dom Martinez, était tou* tefois peu sûre. Chacun le sent, car chacun sait quelles idées on se ferait de la doctrine de Socrate en suivant les écrits de Platon, ou de la doctrine de Platon en suivant les écrits d'Aristote, ou d'Àristote en ne consul-

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tant que ceux de Théophraste. Et, pour prendre des es.emples plus rapprochés de uous, chacun sait aussi quel Descartes an aurait en écoutant Malebranche ou Spinoza, et quel Kant en s' attachant à Fichte, quel Fichte en le prenant dans Schelling. II en est absolument de même de Saint-Martin et de son maître : on n'aurait aucune idée juste de celui-ci en ne consultant que Saint-Martin, quoiqu'il insinue lui-même que, dans ses premiers écrits, il suivait les idées de Martinez.

Nous avons à la vérité l'ouvrage d'un autre disciple du fondateur de l'école de Bordeaux, l'abbé Fournie ; mais on ne le connaîtrait pas davantage en écoutant ce dernier. Il dit pourtant plus formellement encore qu'il nous expose les idées de son maître, mais il diffère de Saint-Martin, pour reprendre un exemple cité et compris de tout le monde, autant que les deux célè* bres disciples de Socrate, Xénophon et Platon , diffè* rent entre eux. On doit donc faire une profonde distinction entre le maître de Bordeaux et ses deux élèves, comme entre les deux élèves eux-mêmes.

Quelle a été la vraie doctrine du chef de l'école?

On a dit la science secrète de Martinez un mélange de gnosticisme et de judaïsme christianisé, nourris tous deux de la kabbale. Cela n'est pas absolument faux. Les gnostiques ayant professé ou consulté tous les systèmes de la Grèce et de l'Orient, y compris les textes juifs et chrétiens, il y a naturellement du gnosticisme dans toutes les spéculations théosophiques un peu savantes, «I il n'est pas de juif érudit, si chrétien qu'il soit devenu par ses études, qui n'ait quelque reste de familiarité avec les idées de la kabbale.

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