SICARD
Peut-être d'entre ces amis que Saint-Martin eut le temps de visiter à son aise avant l'ouverture de TÉcole, aucun, à l'exception de Tabbé Sicard dont il devait y suivre le cours de grammaire générale, ne se préoccupait de l'objet spécial qui l'avait amené à Paris ; et bientôt il s'impatienta d'autant plus des lenteurs qu'on apportait aux commencements des cours, qu'il sentait davantage les privations que lui imposaient, en l'absence de sa royale hôtesse, la médiocrité de sa fortune et les malheurs du temps. Il les senUiit en homme d'une organisation fort délicate ; mais, en se recueillant, il les supporta en philosophe.
« Nos entreprises studieuses, écrit-il au 4 janvier 179S, ne commenceront que dans quinze jours. On ne sçait même trop quelle tournure elles prendront , car le projet n'est pas mûr. Il s'éloigne déjà du but simple de son institution qui faisoit mon attrait. Ainsi , je ne puis vous répondre en rien de ce résultat, et pour cela faire, il me faut voir venir. En attendant, je gèle ici faute de bois, au lieu que dans ma petite campagne (à Chaudon) je ne manquois de rien. Mais il ne faut pas regarder à ces cboses-là. Faisons-nous esprits, il ne nous manquera rien ; car il n'y a point d'esprit sans parole , et point de parole sans puissance : réflexion qui m'est venue ce matin dans mon oratoire, et que je vous envoie toute fraîche. )»
On voit que ces privations ne lui ôtèrent pas sa douce gaieté. Son oratoire est une charmante figure. D'un autre côté, ses études ne lui ôtent rien de son goût pour les spéculations de la haute mysticité, qui se dessinent plus poétiques que jamais, et lui offrent, pour ainsi
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dire , plus d'attraits au milieu des arides travaux de la science que dans les solitudes enchantées de la campagne.
« Je crois bien , » dit-il à son correspondant, qui était si heureux de lui avoir fait connaître le général Gichtel et sa céleste épouse, — « je crois bien, lui dit-il, avoir connu celle dont vous me parlez , non pas aussi particulièrement que lui. Mais lors du mariage (projeté) dont je vous ai parlé, il me fui intellectuellement mais distinctement dit : c( Depuis que le Verbe s'est fait chair, nulle a chair ne doit disposer d'elle-même sans qu'il en donne « la permission. » Ces paroles me pénétrèrent profondément, et quoiqu'elles ne fussent pas une défense formelle, je me refusai à toute négociation ultérieure.... »
Aussi assure-t-il son ami que c'est toujours avec un nouveau plaisir qu'il l'entend parler de Gichtel, Seulement, comme il s'agit d'un général allemand et de secrètes alliances, il lui recommande de nouveau d'être très-prudent dans ses lettres, très-réservé et très-net dans son langage, pour qu'on ne prenne pas le change sur les affaires mystérieuses qui en sont l'objet. Il ne fallait qu'une phrase malvenue pour devenir suspect et compromettre la liberté, sinon les jours, même d'un élu de tout un district et d'un futur mattre de la jeunesse républicaine.
L'École fut ouverte à la fin de janvier. SaintrMartin, qui en avait mal auguré dès en arrivant, fut peu satisfait des débuts.
a Quant à nos écoles normales, dit-il, ce n'est encore que le spiritus mtmdi tout pur, et je vois bien celui qui se cache sous ce manteau. Je ferai tout ce que les