‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inédits (volume 2)Chapitre 16 sur 266 · I»ES ÊTRES · texte numérisé non relu

I»ES ÊTRES

la pensée de son auteur très-magistralement. Point de doute ni de difficultés sur rien; des révélations, du mystère, de l'obscurité partout.

Son point de départ est pris dans nos premiers textes sacrés, mais c'est moins un commentaire qu'une nouvelle révélation, du moins une dogmatique substituée à une autre. Tout le Pentateuque, toute l'histoire du peuple de Dieu y est à ce point modifiée et changée que, dans la personne d'Adam et d'Hévah, dans celle des patriarches, du législateur des Hébreux ou de leurs rois, l'homme diffère des types connus, autant que les anges, les démons et Dieu lui-même diffèrent des types bibliques. En un mot, la destinée de tous les êtres y diffère de tout ce que l'histoire ou la tradition consacrée nous apprennent sur ces grands sujets.

Le traité, dans les deux manuscrits que j'ai pu consulter et qui sont les seuls dont l'existence m'est connue, est divisée en cinq parties dans l'un, en deux dans l'autre. Mais il n'est pas achevé, et à la suite je trouve cette «note : «L'auteur n'a pas été plus loin dans ce traité, qui devait être beaucoup plus long. C'est surtout à la venue du Christ qu'il devait être plus important, selon ce qu'il a dit lui-même à ses amis. »

Cela se comprend. Continué sur le même pied, ce traité devenait très-long. Son auteur, en cessant d'écrire, n'en est encore qu'àSatil, et, s'il donnait dans sa pensée aux discours des prophètes, à ceux de Jésus-Christ et à ceux de ses apôtres la même étendue qu'à ceux de Moïse et de ses successeurs, il nous laissait toute une bibliothèque. Il s'y rencontrait peuV^tre avec les idées qu'on trouve dans les entretiens des apôtres avec leur maître

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tels que les donne la Sophia Pisiis^ qu'on a souvent attribuée au gnostique Yalentin, mais il leur donnait certainement beaucoup plus d'étendue.

Je crois pouvoir dire qu'à mon avis Martinez n'ajoutait rien à son enseignement en achevant son ouvrage et qu'il perdait peut-être plusieurs de ses adeptes.

En eflfet, son auditeur chrétien pouvait écouter avec plus ou moins de curiosité les harangues que Martinez y prête à Adam , à Noé , à Moïse , ou à la pythonisse d'Endor; mais il n'aurait pas accepté de même des discours prêtés à Jésus-Christ, à saint Jean ou à saint Paul. On donnerait sous des noms aussi vénérés des discours supérieurs ou égaux, si cela n'était pas impossible, à leurs paroles authentiques, qu'on ne satisferait pas les délicates et sévères exigences de la pensée chrétienne. Or ceux que Martinez prête avec tant de laisser aller aux personnages qu'il nous présente sont trèsfaibles, sans portée. Ils témoignent, de la part d'un homme de race orientale, une absence étonnante de goût et de sentiment en matière de style majesttieux. De l'éloquence hardie, impétueuse et sublime, des textes mosaïques, il ne reste pas trace dans les dissertations tantôt abstraites, tantôt familières qu'il nous offre. Que le langage d'un juif portugais, même converti, ne soit pas très-français, cela se comprend, et loin de choquer ses auditeurs, cela pouvait ajouter au prestige dont il savait les fasciner. Mais que de jeunes militaires du dernier siècle, appartenant aux bonnes familles du pays et ayant au milieu d'eux un spirituel magistrat qui s'était familiarisé dès le collège avec les philosophes du jour, aient accepté cet enseignement comme raisonnable ,

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