‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inédits (volume 2)Chapitre 19 sur 266 · LES MAJEURS · texte numérisé non relu

LES MAJEURS

dorf le disait expressément dans sa lettre du 30 juin. « Pour nous faciliter, autant que possible, notre union avec les Agents intermédiaires qui sont nos amis, nos aides et nos conducteurs^ je crois qu'il faut une grande pureté du corps et de Fimagination. »

Gela est clair. Il s*agit d'esprits supérieurs, ou, pour parler le langage de dom Martinez, de ces majeurs qui viennent assister le mineur, l'homme. Telle est, dans le traité de la Réintégration des êtres , la doctrine intime du mystérieux Portugais. C'est donc l'assistance des majeurs qu'il veut s'assurer par les opérations et les formules qui fatiguent l'impatience du jeune et pieux Français; et quand celui-ci a l'air de se révolter: « Il faut bien se contenter de ce qu'on a, » lui dit le maître. C'est-à-dire, en d'autres termes, il faut se contenter des Vertus et des Agents intermédiaires, parce que l'on peut disposer d'eux, tandis qu'on ne peut pas, au moyen de nos arcanes, disposer de Dieu ou de son Verbe.

Voilà le sens du mot remplacement. Ce ne sont pas les opérations qui remplacent; ce sont les puissances ellesmêmes mises en jeu par ki théurgie, et, si l'on se contente de ces Agents, c'est qu'on n'a pas mieux. Mais on aspire à autre chose. On sera bien autrement fort, et ce sera bien autre chose quand sera accompli le eycle complet , et quand sera achevée l'œuvre entière de la réintégration des êtres en leurs formes et puissances primitives.

Voilà la doctrine de ceux des théosophes et des mystiques qui vont jusqu'à la théurgie. Et telle est la doctrine constante de Saint-Martin lui-même.

Cela va beaucoup plus loin que les ambitions les plus

CE QVl SE DIT EN NOUS. 23

hautes du spiritualisme actuel. Celles-ci se bornent au commerce avec les défunts ; celles-là ramènent l'homme à sa primitive grandeur; elles le font semblable à Dieu.

Telle est la portée réelle du système de Saint-Martin. Telle est sa doctrine intime, non pas à Bordeaux seulement , à Paris et à Lyon , c'est-à-dire à l'école de dom Martinez et dans ses premiers écrits, mais encore après son séjour à Strasbourg et après son passage à l'école de Bœhme, longtemps après la mort de Martinez.

Et d'abord, pour ce qui est de la véritable théurgie, non-seulement il professe sa foi à des Agents en 1792, nous venons de l'entendre, mais il distingue des classes d'Agents et trace des règles de prudence pour le commerce de l'âme avec elles. « Nous devons recueillir avec soin, dit -il au baron de Liebisdorf , au sujet de ces Agents , nous devons recueillir tout ce qui se dit en wot/5. Vous croyez que c'est principalement sur nos corps qu'ils agissent — le baron, pour s'expliquer par une comparaison, avait parlé unpeu en chimiste de l'union de deux corps antipathiques au moyen d'un troisième — il y en a pour cette partie extérieure de nous-mêmes. Mais leur œuvre s'arrête là, et doit se borner à la préservation et au maintien de la forme en son bon état, chose à laquelle nous les aidons beaucoup par notre régime de sagesse physique et morale. »

La mission de ces Agents, selon Saint-Martin, est donc à ce point importante et principale, que c'est essentiellement à eux qu'il appartient de préserver notre organisme, et que, dans cette œuvre, nous ne sommes que leurs aides. Nous pouvon^les aider beaucoup.

Cela étant, notre rôle serait assez facile, n'était une

Page 1