‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inédits (volume 2)Chapitre 223 sur 266 · LA CHAPELLE · texte numérisé non relu

LA CHAPELLE

caché souvent. Il fuit les associations secrètes pour les avoir trop aimées ; il gronde ses amis qui lui demandent son opinion sur une école ou sur une loge fameuse à leurs yeux : c'est de la chapelle , selon lui. Il se lie plus volontiers avec le grand monde qu'avec les grands adeptes ; il renie ses amours mystiques à la Bibliothèque nationale, en se moquant tout le premier d'un livre qu'il y fait rechercher, et il ajoute au mérite de cette pudeur celui de se la reprocher comme une trahison. S'il se permet quelquefois le style un peu lyrique et épithalamique que le mysticisme de l'Orient a légué au mysticisme d'Occident, style qu'ont adopté d'ailleurs les plus grands saints et les plus chastes vierges de TÉgUse, son goût, génémlement plus piu*, rejette les excentricités du langage comme celles de la pensée. Mais jamais il ne sacrifie le fond h la forme, et quelquefois celle-ci s'échappe de sa plume plus conforme à l'usage général qu'à sa réserve particulière.

Cette réserve n'est pas de calcul; c'est sa vie, sa pensée, son éducation, son tempérament. Tout chez lui est déUcat, corps et âme; et s'il est toujours théosophe, toujours mystique, il ne cesse jamais d'être lui : né gentilhomme, il vit et meurt gentilhomme, si peu de cas qu'il fasse des privilèges de la naissance.

Ce fut surtout sur la question la plus nouvelle et la plus agitée de son temps qu'il se prononça avec le plus de délicatesse, j'entends les dons extraordinaires de divers genres qui apparaissaient alors sur les horizons mystiques, les dons de guérison par le magnétisme animal, les pratiques si diverses et si variées des partisans de Mesmer et celles plus merveilleuses encore de Caglios-

LA CLAinVOYANCE. * 377

tro ou de ses adeptes. A rappréciation de ces phénomènes essentielleiDent thérapeutiques, il apporta la même mesure qu'au jugement des opérations théurgiques ou magiques de don Martinez. Quoiqu'il fût loin de professer pour les deux thaumaturges venus de l'Autriche et de la Sicile les mêmes sentiments de respect et de déférence qu'il portait au mystagogue venu de Portugal, il voulait cependant, en vrai philosophe, qu'on fit des expériences. Sans jamais estimer les clairvoyances du somnambulisme, il plaida près de Bailly la cause du magnétisme animal. Impartial observateur, il accepta tous les faits incontestables ; mais si avide de merveilles et de mystères que fut sa pensée, jamais elle n'alla en un sens contraire à celui que les faits semblaient donner. Il fit des expériences lui-même , mais jamais il ne tenta un miracle, ne se vanta d'une guérison, n'eut une clairvoyance surnaturelle, une vue prophétique, une seconde vue.

La clairvoyance somnambulique n'était pas alors ce qu'elle s'est faite depuis. Elle se bornait à constater l'état plus ou moins normal du corps ou de l'âme humaine. Elle ne s'étendait pas encore fort loin dans ce domaine. Elle visitait encore moins les contrées éloignées de la terre et ne songeait guère à se promener dans les sphères élevées du ciel. Mais déjà elle formait des prétentions qu'elle n'est pas encore parvenue à justifier, et voici à ce sujet par voie de comparaison entre les lumières de la théosophie et celles du somnambulisme les jugements bien nets et bien définitifs que Saint- Martin prononce. Parlant, d'abord, du théosophe par excellence, de son maître Bœhme, il dit :

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