‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inédits (volume 2)Chapitre 225 sur 266 · DU SOMNAMBULISME · texte numérisé non relu

DU SOMNAMBULISME

ses yeux qu'on en est à Tétat normal , à Tétat de réintégration. Des oracles peuvent être rendus par des organes impurs, témoin le magicien Balaam, qui figure dans les textes sacrés. Â ses yeux, les démons et la région astrale ne méritent aucune confiance. Il s*en éloignait au nom de ces belles paroles apostoliques : a Examinez les esprits. » Sans doute, saint Paul avait dit ces paroles en un tout autre sens, mais elles se prêtaient bien à celui de Saint-Martin , et avec cette liberté que tous les mystiques prennent au besoin à Tégard des textes sacrés, il adaptait celui-là aux exigences de sa théorie.

Voir si clair sur une clairvoyance si douteuse, c'était un grand mérite de la part d'un mystique si croyant.

Quelques mystiques de l'ordre le plus élevé , le plus puritain, se vantent d'une clairvoyance plus directe, indépendante du magnétisme et du somnambulisme ; et ceux de Strasbourg, les deux initiateurs de Saint-Martin à la science de Bœhme suHout, lui citaient des faits si positifs que, sur leurs conseils, il vit lui-même une des plus célèbres de ces voyantes. Il en sourit bien un peu, mais au fond il fut satisfait de ce qu'elle lui dit. Et cependant, sur cette question comme sur toutes les autres de même nature, jamais il ne sortit de sa réserve naturelle. J'ignore comment sa pensée se serait modifiée s'il avait pu être le témoin personnel de quelques phénomènes postérieurs à son séjour dans la même ville, et que des traditions respectables présentent comme élevés au-dessus de toute suspicion, mais j'ai lieu de croire que sa parole ne se serait pas modifiée.

Le mérite d'une appréciation aussi calme est d'autant

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plus frappant, que Saint-Martin admettait, pour son propre compte et pour son avancement personnel, des dons d'intelligence et des clartés de conception extraordinaires.

En effet, en parlant d'une de ces * découvertes qu'il fait jaillir si aisément du sein des nombres, il dit à Liebisdorf, qui le presse un peu à ce sujet, comme à son ordinaire, une chose à remarquer :

tt Je n'en ai trouvé aucune trace dans Bœhme, et j'avoue que c'est une clarté qui m'a été donnée personnellement lors des instructions que je faisois à Lyon, il y a vingt ans. »

C'était donc depuis 1782 qu'il recevait des clartés^ et depuis 1767 qu'il avait à\x physique. On a souvent qualifié Saint-Martin d'illuminé, et, certes, dans ce texte, comme en une infinité d'autres, il admet une illumination d'en haut ; mais d'abord, en l'état où il est parvenu, c'est là un fait tout naturel; ensuite, ici encore, Saint- Martin reste bien au-dessous de Philon et de beaucoup d'autres, qui attribuent à des illuminations extraordinaires des vues ou des solutions qu'ils ont obtenues, et font cet honneur même à des inductions dont l'origine est assurément beaucoup plus simple que ne le feraient croire leurs paroles.

J'aime à le dire, il y eut toujours dans la vie de Saint- Martin deux côtés très-distincts : le côté exotérique ou la parole qu'il communiquait, et le côté ésotérique ou la pensée qu'il réservait. Celle-ci était à la fois trèscroyante et très-hardie, mais essentiellement portée vers le surnaturel, ultra -cosmique, et ennemie de la matière comme il convenait au Robinson de la Spiritualité.

l'amtituèsg. 381

CVst toujours ainsi qu'elle se révèle et qu'elle se dessine surtout dans quelques-unes de ses lettres, dans son traité des Nombres et dans les écrits encore inédits qui demandent à être traités avec une délicate intelligence. Sa parole, au contraire, très-rationnelle dans ses allures, et aussi logique qu'il convient à un disciple de Descartes et de Bacon, se tient aussi constamment qu'il lui est possible dans les limites de la simple philosophie, trèscroyante, à la vérité, mais essentiellement respectueuse pour les droits d'une saine critique.

Il en résulte une antithèse qu'il ne faut pas vouloir nier ; et il est certain que ce n'est pas dans la parole destinée à tout le monde, que c'est, au contraire, dans la pensée réservée qu'il faut savoir prendre le secret du théosophe; car si la forme de sa doctrine est à la philosophie, le fond en est au mysticisme et à la théosophie, Saint-Martin dit plus d'une fois à son ami le plus intime, que , dans la question la plus haute , -dans celle de nos rapports avec Dieu et de notre communion avec Lui, tout est personnel; nul ne peut rien donner ni enseigner à aucun autre.

Or, c'est là non plus seulement le vrai mysticisme, c'est la vraie théosophie, c'en est le fond.

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