LE TYPE
sérieusement et sincèrement attentifs à la vie intérieure, j'entends Maine de Biran, Royer-Collard et de Gérando (dont la biographie complète reste à faire), il s'est mis au-dessus de tous les trois à un degré qui la met à part. Sans doute chacun de ces hommes éminents a jeté un éclat plus vif que lui ; mais, si supérieurs qu'ils lui fussent, soit dans la spéculation métaphysique, soit dans la connaissance des systèmes , leurs idéalités éthiques étaient très-inférieures aux siennes, je veux dire beaucoup moins ambitieuses. Aussi n'en peut -on égaler aucun d'eux à Saint-Martin sous ce rapport, et comme il n'est pas dans les temps modernes de vie comparable à la sienne, qui a le cachet d'un type, on ne doit pas négliger d'en tirer tout ce qu'elle .donne d'instructions ou même de solutions. Certes, je ne veux pas soulever à ce sujet , et en son entier, le difficile problème, à savoir, D'où vient que notre morale y celle de P espèce humaine , est si belle , et la moralité si imparfaite; mais je veux, du moins, laisser tomber sur ce problème, le plus haut de la philosophie des mœurs, tous les rayons que présente la vie de l'illustre mystique. Quand un penseur aussi brillant et aussi sincère a consacré son existence à la solution pratique d'un problème; quand il a pris soin lui-même de nous indiquer, dans des notes écrites avec une rare droiture, le travail qu'il a fait et les moyens qu'il a mis en jeu, esquissé ses plus grands projets et avoué ses plus grandes chutes , proclamé toutes ses idéalités et flétri toutes ses imperfections, le moins qu'on doive faire c'est de s'emparer d'un tel exemple et de le prendre, sinon dans toute sa richesse et dans toute sa pro-
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fondeur^ du moins dans ses grandes aspirations. Tel est notre dessein.
Il est un point qui domine cette vie et qu'on doit bien établir au point de départ, comme on doit y revenir au terme ; c'est le point lumineux de la vie humaine, étoile du matin, soleil du jour et flambeau du soir : c'est cette vérité à la fois humble et sublime, que la science n'est pas un but, qu'elle n'est qu'un moyen. Cette vérité, nul ne l'a mieux prise pour guide que Saint -Martin. Toute sa science, toute sa théosophie n'est que le moyen de sa vie morale, et la vie morale elle-même, que la préparation à l'illumination divine. A la seule école du perfectionnement éthique se trouve la sagesse, et nul n'a de lumières s'il n'en a cherché là : nul ne sait un mot vrai sur la vie humaine, s'il n'a mis la sienne au service de son auteur; nul n'est rien, s'il n'a Dieu, et nul n'a Dieu, s'il ne sert en rien à Dieu.
Voilà les principes de tout ce que pense et veut Saint- Martin , le commencement et la fin de ses aspirations.
Saint-Martin n'est pas moraliste de profession, et, si le mot est permis, je dirai qu'il s'est occupé de la morale comme tant d'autres penseurs très-religieux : il. a regardé ce que nous appelons la science des mœurs comme une chose toute simple, donnée par la religion, n'ayant ni principes propres, ni conséquences indépendantes du dogme. Il a semé un grand nombre de belles pensées et formulé quelques saintes maximes; mais il n'a pas plus songé que Maine de Biran, Royér-CoUard ou de Gérando, à esquisser une doctrine. De son opinion, que la morale est faite par la religion, qu'elle n'est que la religion appliquée, il est résulté que les maximes