‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inédits (volume 2)Chapitre 238 sur 266 · DE SAINT-MARTIN · texte numérisé non relu

DE SAINT-MARTIN

a peine à les recevoir d'une telle bouche ; mais, vues de près et prises en leur véritable portée, elles révèlent un penseur aussi méthodique qu'élevé.

En effet, voici comment il nous apprend lui-même à traduire son petit code :

1. Tu es homme, n'oublie jamais que tu représentes la dignité humaine; respecte et fais-en respecter toujours la noblesse : c'est ta mission la plus générale e la plus haute sur la terre.

2. C'est en toi, dans la lumière qui rayonne en ton être, image de Dieu, ce n'est pas dans les livres, qui ne sont que les images de l'homme, qu'est la règle de ta vie.

3. Veille sur cette lumière, et ne souffre pas qu'elle se dissipe en vaînes paroles. Qui veille sévèrement sur sa parole, veille sur sa pensée; qui veille sur sa pensée, veiUe sur ses affections ; et qui veille ainsi, gouverne bien sa personne.

4. Qui se gouverne bien, se laisse mener par Celui qui mène tout et qui mène notre âme en la purifiant dans la souffrance de ce qu'elle a d'impur, en la fortifiant dans ses faiblesses par l'exercice de combats incessants, en nous poussant de relais en relais jusqu'à ce que la course des épreuves soit accomplie.

5. Il nous fait triompher au sein même des tentations et par elles ; elles sont le plus vif de ses moyens au milieu de ce monde où se trouvent en présence deux ordres de choses et deux ordres d'attraits. Nous succombons aux séductions du mal quand nous y suivons nos propres entraînements, qui sont égoïstes et sensuels; nous faisons un autre choix, et nous sommes vainqueurs quand c'est l'Esprit divin qui nous y mène.

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Ce code est essentiellement mystique, mais il n'en ofre pas moins un enchaînement de pensées très-logiques, n n'y a pas à se tromper, ni sur sa haute portée, ni sur le prix qu'y attache le théosophe. Fort différent en cela de Descartes, l'émule de Rousseau revient sans cesse sur les règles « qui lui ont été données, qu'il a reçues par la bonne voie. » Il les met en relief sous mille formes nouvelles, et, soit pour les éclaircir, soit pour leur imprimer Je sceau d'une irrécusable autorité, il ajoute sa vie à sa parole. Son célèbre compatriote, qu'A aimait à citer comme tel et comme créateur de doctrines, ne développa point ses maximes de morale avec autant de soin ; car, quoi qu'en pense Descartes luimême, les trois règles pour s'assurer le contentement, qu'il donne à la princesse Elisabeth, en 1645, n'ont qu'un seul point de commun avec les maximes provisoires du Discours de la méthode. «Tâcher de savoir ce qu'on doit faire ; faire ce que veut la raison ; ne pas désirer les biens qu'on ne peut pas avoir, » voilà celles qu'il recommande à la princesse. — ce Se conformer aux lois, à la religion et aux opinions reçifes ; être ferme dans ses résolutions, même en suivant des opinions douteuses; tâcher de se vaincre soi-même plutôt que la fortune, » voilà celles de la Méthode, qui parut en 1637. Il est permis de le dire , d'abord, ces conseils se ressemblent peu; ensuite, ce sont des lieux communs auxquels leur auteur n'a jamais pu attacher une valeur sérieuse. Ce qui le prouve, c'est « qu'il lui parait prudent de se régler plutôt sur ceux avec lesquels il aimait à vivre, encore que parmi les Perses et les Chinois il pourrait y en avoir de mieux sensés. »

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