AMBITIEUSE
Saint-Martin n'eut plus qu'une seule affaire et qu'un seul but dans ce monde , celui de le vaincre au nom d'un autre et d'être tout à cet autre. « Mettre le monde tel qu'il est devenu à ses pieds, pour s'attacher à la plus glorieuse conquête de l'homme, la rentrée en possession de sa grandeur primitive, ce rapport normal de l'homme avec Dieu où nous participons à la puissance comme à la volonté divines : » voilà son éthique , telle qu'elle lui est dictée par sa métaphysique. Et si jamais homme fut appelé à un haut degré de moralité par ses dispositions innées et par son éducation, par ses principes éthiques et par sa doctrine spéculative, par toute sa personne et par toutes les circonstances de sa vie, ce fut Claude de Saint-Martin.
Si donc, pour être équitable en l'appréciant, il faut rester sur le terrain de l'humanité, ce serait cependant lui déplaire un peu que de ne pas le suivre aussi dans ses transcendances supra- terrestres. Ne lui appliquer que la mesure commune , ce serait refuser d'admettre les lettres de grande naturalisation, celles que la Providence, c< en lui donnant un simple projet de corps et en le faisant naître avec si peu d'astral, «lui avait délivrées pour un monde supérieur : né homme d'exception, Saint-Martin réclame une balance d'exception.
Mais sa gloire, qui est moins dans sa doctrine de haute mysticité que dans sa vie de haute et mystique moralité, gagnera-t-elle à la distinction un peu ambitieuse qu'il réclame par tout ce qu'il nous dit lui-même sur son compte? Et, en lui appliquant des exigences trop élevées , ne courrons-nous pas le risque de le trouver audessous de nos hommages ?