‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inédits (volume 2)Chapitre 252 sur 266 · Que trop longtemps la morale humaine a été utopiste · texte numérisé non relu

Que trop longtemps la morale humaine a été utopiste

2. Que, n'ayant jamais pu être pratiquée réellement ou atteinte par la moralité en son vol ambitieux et en ses idéalités pures , ne pouvant l'être en aucun temps par aucun homme, le moment est venu pour l'humanité de renoncer à ses aspirations icariennes?

3. Qu'elle doit se donner enfin des théories faites à sa taille ou proportionnées à ses moyens?

4. Qu'à partir du jour où elle l'aura fait, ou bien notre moralité à tous sera égale à notre morale, ou bien chacun de nous se sentira sérieusement responsable de la différence que la sienne pourra présente^ avec celle qui est faite pour tous?

LA PERFECTION. 43 i

Je ne le pense pas. Car, si c'est la vérité elle-même qui parle dans les faits et dans les considérations que nous venons de présenter en ce qui concerne le degré de perfection qu'il convient d'exiger de l'homme, ce n'est plus du tout elle qui parle dans les conclusions qu'on en prétend tirer. Au contraire, au lieu d'abaisser la morale, il faut la mettre d'accord avec la moralité qu'il nous est possible d'atteindre, c'est-à-dire élever celle-ci au niveau delà morale conçue dans les limites que permettent nos facultés, et que , par-là même , elles indiquent comme voulant être atteintes et comme devant l'être.

Sans nul doute la perfection d'un être fini n'est pas du tout celle de l'Être infini. Il y a perfection absolue et perfection relative. Nul de nous ne peut, sans une inconséquence extrême, aspirer à celle-là, ni sans une abdication coupable de lâcheté renoncer à celle-ci ; mais la perfection relative ou humaine est exigible de chacun. Quelle que soit entre le fini et l'infini l'infranchissable distance, il est dans le monde moral trois vérités fondamentales qui le constituent et qui sont des évidences : la première, c'est qu'il a une loi ; la seconde, c'est qu'il ne peut en avoir qu'une; la troisième, c'est que, dans la sainteté de l'Être infini, la moralité de tous les autres trouve son type suprême. Voilà ce que la raison veut, puisqu'elle nous dit que Dieu est le Bien, et ce que la révélation, qui est la raison suprême, exige lorsqu'elle nous dit : Soyez parfaits comme Dieu lui-même est parfait. Certes , cela ne veut pas dire, soyez égaux à Dieu ; mais cela veut dire : De même que vous êtes faits à l'image de Dieu, prenez son image pour type de votre perfection à vous. Et en effet, la nature humaine a bien son

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