‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inédits (volume 2)Chapitre 52 sur 266 · LE VERBE · texte numérisé non relu

LE VERBE

cultes et une recherche sérieuse du meilleur emploi qu'il convient d'en faire. Voilà ce que demandait le titre du premier ouvrage de Saint-Martin.

Toutefois ce n'est pas tout à fait dans ce sens ni à cette élévation que le théosophe de trente ans prend son sujet. Il s'attache essentiellement au point de vue religieux. Il a lu un livre fort médiocre, celui de Boulanger, Y Antiquité dévoilée^ où l'auteur développe la vieille eiTeur, que la crainte est la mère de toutes les religions et que les catastrophes delà nature ont eu la plus grande part à ces terreurs. Révolté de cette théorie , il publie son ouvrage pour en faire justice. Une réfutation sérieuse devenait une apologie du christianisme, mais elle demandait une connaissance de l'antiquité, de sa philosophie et de^ ses religions que ne possédait pas Saint- Martin.

Dans son ouvrage, essentiellement agressif, il s'en passe. Son point de vue est autre. Il réfute les théories du matérialisme et montre que la grande puissance qui se manifeste dans l'univers et qui le mène , sa cause active, est la Parole divine, le Logos ou le Verbe. Ce point de vue, il l'indique dans le titre même de son travail. C'est par le Verbe, c'est par le Fils de Dieu que le monde matériel a été créé tout aussi bien que le monde spirituel. Le Verbe est l'unité de toutes les puissances morales ou physiques. C'est par lui, si ce n'est de lui, qu'est émané, qu'est venu tout ce qui est.

Arrêtons-nous un instant pour dire ce que vaut ce début. C'est la doctrine apostolique, que tout ce qui est a été fait par le Fils de Dieu, que par lui a été réalisée la création de l'univers, né de la parole de Dieu ou du

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Logos. Ainsi le portent les textes de saint Jean et ceux de saint Paul, que tout le monde connaît parfaitement.

Rien de plus légitime, de plus apostolique que cette doctrine de la part d'un philosophe qui professe pour les Écritures un culte aussi absolu que le fait Saint- Martin. Mais rien de plus étrange, de plus hardi que la libellé avec laquelle il mêle au dogme chrétien de la création, inconnu à la philosophie grecque, Téiément favori de la philosophie orientale, Y émanation, inconnue au christianisme. Or, émanation et émané, ce sont les mots favoris de Saint-Martin, comme c'étaient ceux de son maître Pasqualis. A ne s'en prendre qu'à sa terminologie, V émanation, cette vieille théorie spiritualiste, aujourd'hui si bruyamment rajeunie au nom et au bénéfice du matériaUsme, serait donc le système de Saint- Martin. Il y a plus, avec la théorie mère, le théosophe aurait adopté l'inévitable enfant, ^e panthéisme. On lui a souvent reproché cette déduction. Le reproche n'est pas fondé. Le panthéisme de Saint-Martin n'est pas plus celui des autres panthéistes connus que sa théocratie n'est celle des pubUcistes connus du droit divin. Mais sa théorie d'émanation jette le vrai jour sur sa théorie des Agents du monde spirituel. Émanés du Verbe, les Agents répandus dans les espaces créent et vivifient, règlent et mènent tous les êtres moraux, en leur communiquant l'étinceUe de vie que le Verbe luimême a prise au sein de Dieu. On se dirait parfois dans ces deux volumes en plein gnosticisme, et Saint-Martin s'y montre plus disciple de l'Orient qu'il ne pense.

Aussi les adversaires que Saint-Martin prenait à partie dans ces volumes, Voltaire à leur tête, le traitèrenjt avec

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