DE WURTEMBERG
d'un devoir de politesse, ni un ^Igaire moyen de distraction, mais un intérêt que nous devons complètement ignorer. Il borne sa note à quelques détails que nous nous laisserons conter par le voyageur lui-même, car on ne saurait ni mieux peindre, ni parler pleurs avec plus d'enjouement.
« En 1788, j'allai avec un très-digne ami à moi, M. de Eachelof, à Montbéliard, chez madame la duchesse de Wurtemberg, que j'avais connue précédemment à Paris. Elle nous traita comme elle avait traité le grand-duc de Russie^ son gendre. Pendant les deux jours que nous y fûmes, on ne cessa de nous fêter. Je me rappellerai toute ma vie le déjeuner que nous y fîmes tous les trois, dans la grotte, au châXeau d'Étupes. J'y éprouvai un sentiment si pur et un attendrissement si vif que.je ne pus m'empêcher de pleurer. »
Cela marque évidemment un entretien sur les objets de prédilection de Saint-Martin.
(( Comme on ne peut approcher les grandeurs royales sans être titré, la duchesse me faisait comte toutes les fois qu'elle me parlait. Alors je disais gaiement à mon compagnon de voyage : Il faut sûrement que nous soyons quelques empereurs déguisés, à la manière dont on nous traite. »
Saint-Martin, qui aime ces sortes de détails dans l'occasion et qui brille comme peintre quand il s'y lance, aime aussi à glisser ainsi sur l'essentiel. Pas un mot sur le motif de cette excursion, sur l'entretien de la grotte, si touchant pour lui, et où ne fut admise aucune des dames de la princesse. Mais cette circons-
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tance et son émotion laissent deviner une conférence sérieuse que le narrateur ne veut pas indiquer.
Saint-Martin ne nous apprend pas où il a quitté le prince Galitzin et Thieman. Il ne nous dit pas non plus d'où il vient en allant visiter Étupes avec son ami russe, M. de Kachelof, ni où il va en quittant la résidence d'été de madame la duchesse de Wurtemberg, résidence qui, depuis, a complètement disparu du sol de la France, les acquéreurs du château d'Étupes n'ayant su le convertir ni en une fabrique ni en une filature.
Plusieurs écrivains parlent d'un voyage en Allemagne et en Suisse que Saint-Martin aurait fait en société du prince, à la suite ou au début de leur voyage d'Italie. Mais a-t-on traversé l'Allemagne et la Suisse pour passer les Alpes? s'est-on un peu arrêté dans ces deux contrées? Je l'ignore. Ce qui me frappe, c'est que Saint-Martin est allé à Rome par Gênes dans l'automne de 1787 et qu'il se retrouve, comme^nous venons de voir, dans le pays de Montbéliard dès 1788, et au milieu de la belle saison, puisqu'on y dtne dans une grotte. Je ne vois donc pas, entre cette visite et le voyage d'Italie, un intervalle suffisant pour un voyage d'Allemagne. Saint-Martin serait -il allé en Allemagne avant de se rendre à Strasbourg? Je ne le pense pas, par une^son très-simple, c'est que je ne trouve aucune de ces traces réelles qu'un peu de séjour en Allemagne aurait infailliblement laissées après lui. Des mystiques et des théo^ sophes célèbres, MM. Jung Stilling et d'Eckartshausen à leur tête, faisaient alors parler d'eux dans toutes les contrées germaniques. Lavater remplissait la Suisse du bruit de sa renommée. Or Saint- Martin, qui aurait