‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inéditsChapitre 134 sur 360 · LE DÉCRET DES SDSPECTS · texte numérisé non relu

LE DÉCRET DES SDSPECTS

portait arrestation de tous les suspects et déclarait suspects : 1° les partisans de la tyrannie ou du fédéralisme ; 2° ceux qui ne pouvaient pas justifier de l’acquit de leurs devoirs civiques ; 3° ceux à qui l’on avait refusé des certificats de civisme; 4° les fonctionnaires destitués et non réintégrés ; 5° ceux des anciens nobles, ensemble les femmes, mères et filles, qui n’avaient pas constamment manifesté leur attachement à la révolution. Nous passons le reste. Ce que nous rappelons suffit pour faire comprendre toute l’élasticité de l’acte. Élasticité terrible, qu’expliquait, mais sans la justifier, la situation du pays, élasticité que n’affaiblit pas l’application dans certaines localités , et que l’histoire même, devenue impartiale, devra toujours reprocher d’autant plus vivement à cette énergique et violente assemblée qu’elle sut voter pour toutes sortes d’intérêts publics une plus belle série de décrets, et les jeter au milieu des mesures les plus vulgaires avec une plus magnifique grandeur et une plus téméraire suffisance.

Saint-Martin, surpris par ce décret à Petit-Bourg, était bien convaincu, et avait lieu de l’être, qu’il ne le regardait pas. 11 écrivit cependant au procureur de sa commune, dans le style du temps et comme il le fallait, avec une grande noblesse. C’est une des plus belles lettres qui nous soient restées de lui, disons même la plus belle, puisque nulle autre n’est à ce point empreinte des deux plus pures vertus du citoyen, la soumission aux lois du pays et le plus ferme sentiment de la dignité personnelle. Cela n’exclut ni l’habileté de la rédaction ni la finesse de la pensée. Nous y frisons même de

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très-près le plus gai des sophismes. La voici textuellement1 :

Au citoyen Calmelet fils, ■procureur de la commune, à Amboisc, département d'Indre-et-Loire.

A Petit-Bourg, près Ris, à Ris, département de Seino-et-Oise.

Le îî septembre 1793.

Quoique je ne me croye suspect sous aucun rapport politique, cependant, citoyen, depuis le décret dernier sur les gens suspects je pense qu’il est prudent à moi de prendre les précautions qui sont en mon pouvoir.

Vous connoissez mes sentiments patriotiques, mais vous connoissez aussi mes œuvres civiques, et quoique j’aimasse mieux les taire que de les publier, je crois que le moment est venu de les avouer. En conséquence, je vous rends la parole que je vous avois demandée , et je viens vous prier de demander en mon nom à la commune l'attestation de cette contribution volontaire de 1250 h dont elle ne connaît pas l’auteur ; et en outre l’attestation de deux autres dons antérieurs pour lesquels je suis porté sur ses registres, sçavoir pour les 200 h que j’ai données le 16 septembre 1792, et pour deux autres cent livres que j’ay données dans le courant de l’hiver : pour que je puisse m’en rappeler la date.

Je vous serai infiniment obligé de m’envoyer au plus tost l’attestation de ces trois articles revêtue de toutes les signatures et formalités requises. Cette pièce peut me servir en cas de besoin.

Je ne sçais s’il seroil à propos de demander un certificat de

1. Je dois une copie de ce document et l'autorisation de le publier à l’heureux possesseur de l'original, M. Taschereau, administrateur en chef de la Bibliothèque impériale.

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