‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inéditsChapitre 15 sur 360 · LES SOCIÉTÉS SECRÈTES · texte numérisé non relu

LES SOCIÉTÉS SECRÈTES

tefois n’ose pas, dans la savante Alexandrie, prêter autant de discours apocryphes à ses personnages sacrés que leur en prête dora .Martinez à Bordeaux, trop audacieux dans la patrie de Montesquieu. Ce fut sans doute cette audace, jointe à la hauteur des problèmes, qui fascina des adeptes tels que l’abbé Fournié et Saint- Martin, déjà séduits à moitié, l’un par les aspirations passionnées d’une àrae tendre et pieuse, l’autre par les misères et les souffrances d’un esprit que tourmentait le scepticisme des sages ou la négation des incrédules du temps.

On le sait par le témoignage de tous les siècles, partout où le sensualisme amène à sa suite ses deux grossiers compagnons , l’athéisme et le yiatérialisme , le rationalisme et le spiritualisme, ses adversaires légitimes, se jettent alarmés dans les bras du mysticisme et de la théosophie , qui les entraînent rapidement , dans ces mauvais jours, vers des régions qu’en des jours plus heureux ils n’aborderaient qu’en tremblant.

Sur la fin du dernier siècle ces contrastes se produisirent avec éclat en France comme dans le reste de l’Europe ; on aimait alors bien des associations mystérieuses qui depuis ont été appréciées sévèrement.

Dans la société secrète où Saint-Martin fut introduit tout à coup à Bordeaux, il y avait alors, comme ailleurs, autre chose qu’un simple enseignement antisensualiste ou spiritualiste. Martinez offrait un ensemble de symboles et de leçons qui se complétaient par des pratiques ou des opérations théurgiques correspondantes. A cette vaste théorie d’une chute arrivée dans les cieux comme sur la terre, à cet enseignement d’un tribut

l’école DE BOIlDEAUX.

solidaire payé à la justice divine par les habitants du monde divin et par ceux du monde terrestre, se joignaient des actes, des œuvres, des prières, une sorte de culte. Entre les esprits terrestres et les esprits célestes, la communauté des destinées éternelles et des hautes aspirations garantissait aux yeux de dom Martinez la communauté de l’œuvre de réintégration imposée à tous, et il fallait par conséquent , pour obtenir l’effet, la communauté des travaux. L’assistance des majeurs ou des esprits supérieurs était donc assurée aux mineurs, si ces derniers savaient intéresser les premiers à leur sort et en conquérir la bienveillance au moyen de savantes pratiques.

Voilà à la fois les principes et l’origine de la théurgie, la légitimité de son idée et la nécessité de ses opérations.

A l’école, de dom Martinez ces opérations jouaient un grand rùle. Ce qui me porte à croire qu’on les y considérait comme une sorte de culte, c’est que ce terme est resté cher à Saint-Martin, qui, par une singulière contradiction, n’aimait guère ces opérations et adoptait néanmoins le mot opérer pour désigner la célébration de la sainte cène et du baptême.

Dire ce qu’étaient réellement les opérations de l’École de Bordeaux est difficile. Ou ne nous l’apprend guère.

Étaient-ce des cérémonies secrètes qu’on pratiquait pour se mettre en rapport avec des puissances supérieures, à l’effet d'arriver à des réalisations ou des œuvres surnaturelles avec ou sans leur concours ?

C’est là l’antique prétention de la théurgie, delà science d’Iarablique et d’autres néo-platoniciens, de la science de Basilide et d’autres gnostiques, de la science de

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