‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inéditsChapitre 167 sur 360 · INFERNALE · texte numérisé non relu

INFERNALE

à son immuable autorité, » a-t-on dit. C’est une erreur

que je me fais un devoir de relever. Il y a pour Saint- Martin deux ordres de choses : l’un divin, où règne la loi de celui qui est le prince de la lumière ; l’autre, infernal, où règne celui qui est le prince des ténèbres. C’est cet empire-ci qu’il appelle la théocratie infernale.

Cela doit modilier singulièrement, du tout au tout, les jugements excessifs qu’on a portés sur quelques-uns dessiens. Ce qui est le véritable sujet de son travail, c’est la destinée de l'humanité sur la terre, bien plus qu’une simple révolution faite en son sein.

« Ne croyez pas que notre révolution française, dit l’auteur à son ami, soit une chose indifférente sur la terre; je la regarde comme la révolution du genre humain, ainsi que vous le verrez dans ma brochure. C’est une miniature du jugement dernier, mais qui doit en offrir tous les traits, à cela près que les choses ne doivent s’y passer que successivement, au lieu qu a la fin tout s’opérera comme instantanément. La France a été visitée la première, et elle l’a été très-sévèrement, parce qu’elle a été très-coupable. Ceux des pays qui ne valent pas mieux qu’elle ne seront pas plus épargnés quand le temps de leur visite sera arrivé. »

« Je crois plus que jamais que Babel sera poursuivie et renversée progressivement dans tout le globe, ce qui n’empèchera pas qu’elle ne pousse ensuite de nouveau un rejeton qui sera déraciné au jugement final; car, dans l’époque actuelle, elle ne sera pas visitée jusqu’à son centre. » (Lettre de Saint-Martin à Liebisdorf, du 30 prairial an III.)

Quelle est cette Babel?

BABEI..

C’est ce que Saint-Martin n’a pas besoin de dire à son correspondant de Berne, et ce qu’il ne se souciait pas de dire dans sa brochure. Nous ne pouvons que l’approuver pour une réserve qui est de bon goût. Peutêtre les mystiques, qui aiment à être prophètes, à comprendre les signes du présent et à y déchiffrer l’avenir, feront-ils encore mieux de renoncer enfin à tous ces oracles qui ne se lassent pas, mais se discréditent à prédire des fins qui font toujours défaut, y compris celle du monde, si souvent annoncée depuis dix-huit siècles, et toujours ajournée de génération en génération.

Saint-Martin ne parlant que politique fut au contraire vraiment prophète, et il le fut dans un style magnifique quand il s’écria : « La marche imposante de notre majestueuse révolution et les faits éclatants qui la signalent à chaque instant ne permettent qu’aux insensés ou aux hommes de mauvaise foi de n’y pas voir écrite en traits de feu l’exécution d’un décret formel de la Providence.

Quelle sensation cet écrit a-t-il faite? quelle influence a-t-il exercée?

Les amis de l'auteur, madame de Bœcklin à leur tête, accueillirent la brochure avec les plus sincères éloges, et l’auteur, qui avait consacré plusieurs années à la méditer, fut d’accord avec eux du fond du cœur. Mais, ainsi que ses amis, il fallut bien se résigner à voir les grandes affaires du jour absorber l’attention publique. Saint-Martin vit tout aussitôt qu’il ne fallait pas compter sur un grand succès en France ; mais il espérait mieux de l’Allemagne, et demanda à son savant ami de Berne ce qu’il attendrait lui-même d’uue traduction. Ce qui explique cette idée, c’est une proposition que son ami

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