UNE MORALITÉ
• non pas sur la grandeur du but choisi, mais sur celle du but atteint et sur celle des difficultés vaincues comparées aux moyens du vainqueur. Aussi la question des moyens de Saint-Martin offre une étude des plus curieuses. 11 dit lui-même que la nature ne lui a\ait donné qu’un projet de corps. Ce mot, rapproché d’un autre où il nous apprend qu’il jouait mal du violon à cause de la faiblesse de sou organisme, semble indiquer que la nature l’avait traité sous le rapport organique en vrai maître. Mais ce n’est pas tout à fait ainsi qu’il veut qu’on l’entende. Saint-Martin, dont la figure était charmante, voyait dans sa constitution physique, si faible qu’elle fût, une grande marque de faveur divine. Il ne faut que l’écouter pour comprendre la joie ou l’orgueil qu’il en ressent : « La Divinité ne m’a refusé tant d’astral, dit-il, que parce qu’elle vouloit être seule mon mobile, mon élément et mon terme universel. » (Portr., 24.)
On n’est pas plus heureusement organisé, plus moralement constitué que cela; ou n’est pas appelé plus directement et plus impérieusement, ce semble, à un haut degré de pureté. Car cette constitution même indiquait pour quelle région Saint-Martin était fait, à quel ordre d’idées et d’aspirations il était destiné, pour quelle lin et quelles œuvres il se trouvait installé sur la terre. C’est ce que le jeune lecteur de l 'Art de se connaître soi-même entrevit de bonne heure, si bien que le sentiment de sa naissance privilégiée lui donna bientôt celui de toute sa dignité, et sentir sa diguité, c’est toujours sentir pour soi une véritable estime. Aussi, depuis lors, et à travers toutes les phases de sa vie, qui se succédèrent toujours plus mystiques et plus ambitieuses de moralité élevée,