‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inéditsChapitre 28 sur 360 · DÉBUTS · texte numérisé non relu

DÉBUTS

de clerc tonsuré, ne fut choqué de rien de ce genre. Dans une ville du Nord, travaillée par le scepticisme, on est naturellement plus froid que dans une cité méridionale où règne encore la foi. 11 est possible aussi que M. Fournié, dans les renseignements qu’il nous donne, nous traite un peu comme Martinez de Pasqualis traitait ses élèves et ne nous dise que ce qu’il veut. Mais son récit sur la manière dont il fut saisi, recruté et initié, est très-simplement écrit, sans arrière-pensée et sans calcul de secte. 11 ne se conçoit rien de plus naturel de la part d’un théosophe qui est en même temps théurgiste au degré que nous avons vu, et qui est même un peu plus , qui est émule de Swedenborg pour le domaine des visions. Voici ce récit.

« Quant à moi, chétif instrument de Dieu, en écrivant ce Traité dont je publie aujourd’hui la première partie, j’annonce sans déguisement, pour sa plus grande gloire et pour le salut de nous tous, hommes passés, présents et à venir, que par la gr&ce de Dieu je n’ai aucune connaissance des sciences humaines, sans pour cela être contre leur culture ; que je n’ai jamais fait d’études, et que je n’ai pas lu d’autres livres que les saintes Écritures, l’imitation de notre divin Maître Jésus-Christ et le petit livre de prières en usage parmi les catholiques sous le titre de Petit Paroissien. À quoi je dois ajouter que j’ai lu depuis environ un au deux ou trois volumes des œuvres de l’humble servante de Dieu, madame Guyon.

« Après avoir passé ma jeunesse d’une manière tranquille et obscure selon le monde, il plut à Dieu de m’inspirer un désir ardent que la vie future fût une réalité.

DE FOL'RMÉ.

et que tout ce que j’eutendais dire concernant Dieu, Jésus-Christ et ses Apôtres, fût aussi des réalités. Environ dix- huit mois s’écoulèrent dans toute l’agitation que me causaient ces désirs, et alors Dieu m’accorda la grâce de rencontrer un homme qui me dit familièrement : « Vous devriez venir nous voir, nous sommes « de braves gens. Vous ouvrirez un livre, vous regaru derez au premier feuillet, au centre et à la lin, lisant « seulement quelques mots, et vous saurez tout ce qu’il « contieut. Vous voyez marcher toutes sortes de gens « dans la rue ; eh bien! ces gens-là ne savent pas pour- « quoi ils marchent, mais vous, vous le saurez. »

« Cet homme, dont le début avec moi peut sembler extraordinaire , se nommait don Martinets de Pasquallys.

*< D’abord je fus frappé de l’idée que l’homme qui m’avait parlé était un sorcier, ou même le diable en personne. A cette première idée en succéda bien vite une autre à laquelle je m’arrêtai : « Si cet homme est. « le diable, me disais-je intérieurement, donc il y a un « Dieu réel, et c’est à Dieu seul que je veux aller; et « comme je ne désire qu’aller à Dieu, je ferai autant « de chemin vers Dieu que le diable croira m’en faire « faire vers lui-même. » De sorte que j’allai chez M. de Pasquallys, et il m’admit au nombre de ceux qui le suivaient.

« Ses instructions journalières étaient : de nous porter sans cesse vers Dieu, de croître de vertus en vertus, et de travailler pour le bien général. Elles ressemblaient exactement à celles qu’il parait, dans l’Evangile, que Jésus-Christ donnait à ceux qui marchaient à sa suite,

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