‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inéditsChapitre 34 sur 360 · SWEDENBORG · texte numérisé non relu

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familièrement avec eux. Dieu le permettant ainsi pour qu’il fût à même de nous instruire en écrivant leur histoire physique et morale, pour nous détacher par ce moyen de nos pensées matérielles et terrestres où nous avons indignement ravalé nos esprits et nos affections, et pour nous rappeler ainsi peu à peu aux idées spirituelles seules dignes d’occuper notre être spirituel de vie éternelle.

« Or nous devons avoir d’autant moins de peine à concevoir que Swedenborg a réellement été parmi les esprits bons et mauvais, et qu’il a rapporté ce qu’il a entendu en conversant avec eux , que c’est exactement de la même manière que nous serions entre nous si tout d'un coup Dieu venait à nous décorporiser entièrement. C’est-à-dire qu’étant ainsi décorporisés, nous concevons qu’étant des êtres de vie éternelle nous pourrions continuer à uous voir les uns les autres, et à parler des vérités éternelles et divines comme chacun de nous les regarde, les croit, les voit et en parle actuellement. »

Jamais Saint-Martin n’eut souscrit à de telles appréciations. Cependant, si différentes que fussent les vues des deux disciples les plus distingués de don Martinez, elles se touchaient en certains points. C’était de part et d’autre, dans deux voies parallèles, la même et sérieuse ambition de sortir du sensualisme ou du matérialisme en sortant du terrestre. Seulement le clerc tonsuré venait de plus loin que l’ancien officier.

En effet, pendant les années où les deux aspirants théosophes se rencontraient dans les réunions de dom Martinez, soit à Paris, soit à Lyon, Fouruié n’était pas

CAZ01TE.

seulement un sceptique, comme il y en avait tant d’autres, c’était un incrédule, c’est-à-dire tout ce que Saint- Martin, qui n’avait jamais douté, comprenait le moins et détestait le plus. Tandis que son cri de guerre à lui était, Il y a un Dieu et j'ai une àme, le cri de combat qui retentissait dans la pensée du prêtre égaré se formulait audacieusement ainsi : « 11 n’y a pas de Dieu ; il n’y a pas d’autre vie ; il n’y a que moi et néant. » Qu’y avait-il là pour attirer le jeune enthousiaste d’Amboise, avide de répandre l’exubérance de sa foi, impatient de conquérir, dans de nobles Ames, de vives sympathies à la grande cause pour laquelle il venait de quitter son uniforme ?

Saint-Martin n’eut pas non plus de rapports intimes avec un autre membre du groupe parisien de Martinez, Cazotte, qui doit figurer dans l’histoire de la théosophie sous un jour nouveau et plus favorable qu’il n’a fait jusqu’ici.

Le très-digne et très-excellent Cazotte, qu’on prend tantôt pour un bonhomme fort crédule, tantôt pour une sorte de devin ou de prophète, suivant qu’on écoute sur son compte soit les inventions d’un spirituel mystificateur, soit les phrases traditionnelles de quelque recueil d’anecdotes, Cazotte, disons-nous, était un homme fort distingué.

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