LA -VÉRITÉ
d’ordinaire théosophe grave, humble avec l'air d’un inspiré, il jouissait de toute la déférence que cette attitude donne dans les régions féminines. Il plut môme en dehors de celles que séduit toujours la haute mysticité. Dans les cercles qui ne professaient que l’amour de cette philosophie un peu superficielle qui dominait le siècle, dans les cercles où l’on était ami de lumières faciles et favorable aux devoirs professés avec un air de supériorité et de bon ton, le titre de philosophe inconnu qu’il prenait était peut-être le meilleur à porter. Saint- Martin, pour le justifier en partie, exposait une doctrine d’autant plus propre à frapper les esprits qu’elle était plus opposée à celle du jour et mieux calculée pour en arrêter les frivoles aberrations. Dans l’occasion il irritait celles-ci en les heurtant avec autant de violence que d’amertume.
Au milieu de ces relations si multipliées où le jeune officier, car on est toujours homme d’épée quand on l’a été, se vit engagé, il mit en ordre le fruit de ses anciennes études et de ses nouvelles méditations sur le plus grave des problèmes, la Vérité. Dès qu’il fut un peu prêt, dès 1773, il imprima son travail à Lyon, sous ce titre, Des erreurs et de la vérité , par un philosophe inconnu, Édimbourg, 2 vol. in-8°.
Un traité sur la grande question de la nature de nos erreurs et de leur cause doit nécessairement aussi être un traité sur la nature et les sources du vrai, indiquer les moyens et les voies qui y mènent. C’est-à-dire qu’un ouvrage complet sur ce vaste sujet ne serait rien de moins qu’un système de philosophie, une théorie de l’intelligence humaine, une analyse complète de ses fa-