‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inéditsChapitre 8 sur 360 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

La carrière de» armes. — La garnison de Bordeaux. — !. 'initiation a l’École de Martinez de Pasqualis. — La doctrine secréte de Martinez. — Son Traité inédit. — La chute et la réintégration. — Les opérations théurgiques et le commerce avec les esprits supérieurs. — Une discussion entre Martinez et Saint-Martin. — Appréciation des Illuminés de France par M. de Maistre.

De la magistrature Saint-Martin était passé dans la carrière des armes sans préparation aucune, sans transition. Le duc de Choiseul, pour obliger sa famille, lui avait fait délivrer, selon les usages du temps, un brevet d’oflicier dans le régiment de Foix, comme il avait fait donner à d’autres des brevets de chambellan.

On ignore si le jeune lieutenant improvisé, rendu à son corps qui tenait garnison à Bordeaux, s’y appliqua à quelques études de science militaire , ou bien s’il se borna tout simplement aux devoirs communs de son grade et de son métier. Dans ses notes, je ne trouve trace de rien de ce genre. Ce qui explique quelque peu, dans la vie de M. de Saint-Martin, l’absence de toute préoccupation militaire, c’est que le traité de Versailles,

LA GARKISON.

en mettant fin à la guerre de sept ans, avait assuré à l’Europe un état de paix auquel l’opinion générale donnait une longue durée et que l’Amérique ne vint troubler qu’au delà des mers quand déjà le jeune officier n’était plus au service. D’ailleurs, toutes les puissances de son àme et de sa pensée étaient enchaînées autre part, et ses vives aspirations vers les deux sciences qu’il préférait à tout trouvèrent à Bordeaux un aliment plein de séduction. Il y rencontra un de ces hommes extraordinaires, grand hiérophante d’initiations secrètes, qui , pour communiquer leurs mystères, cherchent moins Je grand jour que les ténèbres , Martinez de Pasqualis, Portugais, à qui nul ne peut reprocher d’avoir recherché, sous le masque de sa science secrète, soit la renommée, soit la fortune. De race orientale et d’oririgine israélite, mais devenu chrétien comme le devenaient les gnostiqucs des premiers siècles, dom Martinez initiait depuis 1754, dans plusieurs villes de France, surtout à Paris, à Bordeaux, à Lyon et ailleurs, des adeptes dont aucun ne fut entièrement épopte, c’est-àdire n’eut tout son secret, mais dont plusieurs ne cèssèrent de professer pour lui des sentiments d’admiration et de respect. Saint-Martin, qui devait être le plus illustre de ses disciples, nous dit lui-même que le maître ne les trouva pas assez avancés pour pouvoir leur faire ses communications suprêmes. Aussi ne leur a-t-il pas achevé les dictées de son enseignement.

Quand Saint-Martin lui fut amené par les officiers ses camarades, il lui arrivait dans les meilleures dispositions.

Comment, par quelles doctrines, quels talents, quelles

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