CHAPITRE VH
il est en forme de croix latine. Santiago (Saint- Jacques de Compostelle) a également son église Saint-Martin, attenante à un cloître bâti, vers 8GG, par l'évêque Sisenand, et transformé en séminaire depuis l'expulsion des religieux, en 1833. Les relations qui unissaient dès l'origine les pèlerinages de Tours et de Saint- Jacques ont évidemment amené l'érection de cette belle basilique , et peut-être même ont-elles été la première source des hommages rendus à l'apôtre des Gaules par les anciens habitants de l'Espagne. Mentionnons encore , parmi les sanctuaires qu'ils lui ont consacrés, l'ancien monastère placé par Grégoire de Tours entre Sagonte et Carthagène, pillé en 583 par les Goths, et devenu célèbre ensuite; les églises de Valence, de Saint- Pierre de Roses, au diocèse de Girone; de Huesca en Galice; de Burgos, où le Cid reçut, dit-on, le baptême; de Ségovie, de Cordoue, et, en Portugal, celle d'Oporto, une des plus anciennes de toutes, connue aujourd'hui sous la dénomination légendaire de Cedofeita {Cito fada) '.
Asie, Afrique, Amérique. A Jérusalem, une église, construite par les croisés français au xu'' siècle, fut dédiée à saint Martin en souvenir de la patrie absente. Peut-être aussi ce vocable renferme-t-il une nouvelle trace de l'espèce de confraternité qui reliait ensemble tous les grands pèlerinages, ou de l'afFdiation particulière qui unissait l'église de Jérusalem, comme celle de Compostelle, à la collégiale de Tours. L'édifice était situé dans la rue de l'Arc-Judas, qui menait de la rue du Temple à la porte de Sion, et, d'après le cartulaire où il est mentionné, se trouvait entouré de maisons payant un cens annuel au Saint-Sépulcre. Son emplacement a disparu sous les constructions modernes. Ainsi, même en face du tombeau du Sauveur, le tombeau de son serviteur fidèle a fait sentir son infiuence-. L'Asie centrale
1 Commun, de M. l'archidiacre d'Orensc et de M. da Silva, de Lisbonne. Grég., Virl. S. Marl.,l,\i , et III, 8; Ilist., V, 38; Glor. Conf., 12. Pertz, IV, 373; etc. = 2 Commun, du P. Élie F.oger, missionnaire à Sainte-Anne de Jérusalem.
a reçu les bénédictions de saint Martin par l'entremise de plusieurs de nos missionnaires, entre autres François et Etienne Fallu, chanoines de sa basilique, morts, l'un en 1684, au Tonkin, Tautre deux ans plus tard, à Siam ^ De nos jours, les courageux apôtres que la France envoie périodiquement à la Chine ont achevé de porter jusqu'aux extrémités du monde oriental les reliques et la gloire de leur plus parfait modèle.
En Afrique, les chrétientés du littoral ont dû certainement lui rendre un culte, puisque le livre de Sulpice Sévère était, comme nous le savons, dans les mains de tous les fidèles de Carthage et des environs, et qu'il excitait leur enthousiasme. Cet écrivain nous raconte luimême qu'un habitant de FEgypte, encore païen, ayant été surpris en mer par une tempête, l'apaisa en invoquant le Dieu de Martin-. Il a fallu la grande inondation des Vandales pour effacer du sol de ces contrées les témoignages publics de leur dévotion envers le grand saint de la Gaule.
En Amérique enfin, le nom de saint Martin a fait son apparition avec les pionniers de la civilisation européenne. Deux des premières îles découvertes par Christophe Colomb dans son second voyage, en 1494, ont reçu de lui ce nom vénéré, qui s'est communiqué ensuite à diverses terres du nouveau continent. D'autre part, le séminaire de Québec, incorporé au S(';minaire des Missions étrangères de Paris, a obtenu de la collégiale de Tours, en 1689, des lettres d'association qui ont créé des liens plus étroits entre le Canada, cette France d'outrc-mcr, et l'évangélisateur de la mère patrie ^
Nous avons fait le tour du monde entier : partout nous avons trouvé la mémoire de ce grand bienfaiteur gravée dans le cœur de la terre comme dans le cœur de l'homme.
' V. Gervaise, p. /i02, 407. = 2 Dhd. III, \h. = 3 v. le texte des lettres échangées à cette occasion dans Gervaise , p. ■'lO? et suiv.