CHAPITRE VIII
aujourd'hui saturé conduisent les masses à raveuglement, à la ruine, au massacre : la foi les amenait aux pieds du thaumaturge, d'où elles s'en retournaient guéries, consolées, réconfortées. On ne peut s'empêcher de reconnaître dans ce secours permanent une faveur exceptionnelle ménagée à notre pays par le Dieu qui aimait les Francs et qui avait décrété leur grandeur. Et saint Martin avait si bien été créé en vue de la France , que les principaux traits de notre caractère national et de notre rôle historique se trouvent réunis et préfigurés dans sa personne, comme l'image de l'Eglise universelle se réfléchissait par avance dans la destinée des anciens patriarches. Il a été soldat : la France est devenue à son tour le soldat de Dieu {bellator Domini), et la valeur guerrière a été de tout temps son apanage. Il a été moine et pontife : elle a donné à la chrétienté des légions de clercs illustres et vertueux, tant séculiers que réguliers. II a été apôtre et missionnaire : quelle race plus que la nôtre a semé l'Évangile sur les terres païennes? quel peuple a porté plus loin le flambeau de la foi et de la civilisation? Le type séculaire de la nation française existe vraiment en germe dans celui de son ancêtre spirituel; on dirait qu'il l'a réellement engendrée. II a du moins été placé en face de son berceau comme un vivant modèle, comme le moule de son esprit et de ses brillantes qualités. Doit-elle, après quinze siècles, cesser d'en offrir la fidèle reproduction ? Poussera-t-elle jusqu'au bout la tentative insensée de dépouiller sa physionomie naturelle pour contrefaire celle des peuples dont le front n'a pas été marqué du sceau de Jésus-Christ? Nul ne saurait l'affirmer; mais, le jour où elle ne serait plus la nation martinienne, elle serait bien près de n'être plus la nation très chrétienne, car ces deux titres ont toujours été inséparables chez elle, et dès lors sa raison d'être sur la terre disparaîtrait. Si , au contraire , elle sait renouer à temps la chaîne à moitié rompue qui l'unissait à son puissant protecteur, cette chaîne, n'en dou-