‹ Saint Nicholas IerChapitre 81 sur 104 · Ep. 86, col · texte numérisé non relu

Ep. 86, col

s'altachant à ce que Michel a dit contre le Saint- Siège et les Pères, il relève fièrement tout ce que Tempercur avait écrit dans l'intention de riuimilier et de lui faire sentir son infériorité vis-h-vis de Constanlinople; il ne peut tolérer que Michel ait osé lui donner un ordre etilTen blâme en opposant cette expression à celles de ses lettres précédentes, sa conduite à celle des empereurs qui ont régné avant lui; il le raille finement d'avoir traité la langue latine de barbare, prétendant qu'il est ridicule de se nommer empereur des Romains s'il ne connaît pas leur langue. Enfin, après plusieurs autres passages d'une rare intrépidité, il affirme de nouveau son indépendance dans des termes qui lui sont très familiers : « Il est assez évidemment prouvé que la puissance séculière ne peut ni lier ni délier le pontife romain, lui qu'il est certain que le pieux empereur Constantin a appelé Dieu, ainsi que nous venons de le rappeler longuement, et il est manifeste que Dieu ne peut être jugé par les hommes*. » Toutes les lettres adressées à Constantinople ne sont pas aussi vives que celle-ci ; mais toutes ont la même liberté d'allure, respirent la même indépendance aussi bien dans les expressions que dans les

I. « Satis evidenter ostenditur a sœculari potestale nec ligari prorsus nec solvi posse ponlifîcem, qiiem constat a pio principe Constantino, quod longe siiperius memoravimus, Deum appeliatum, nec posse Deum ab hominibus judicari inanifestum est. » Ep. 86, col. gGo.

idées. Plus Nicolas avait h cœur de reconquérir TOrieut qu'il sentait lui échapper, plus il affectait de manifester sa supériorité, de montrer combien il se croyait au-dessus du pouvoir temporel.

Il le dit aussi aux Occidentaux et, entre plusieurs passages, je prends ce significatif canon du concile de Rome :

« Si quelqu'un ose disputer aux évêqucs, aux principaux du peuple et h tout le clergé de l'Eglise romaine le droit crélire le Souverain Pontife, qu'il soit analbème, conformémentaux décisions du concile tenu par le bienheureux Etienne ^ »

N'était-ce pas suffisamment avertir les empereurs que la papauté ne dépendait plus d'eux et qu'à l'avenir ils feraient bien de ne plus intervenir dans les élections des Papes ?

Mais rien ne saurait mieux montrer l'indépendance et la puissance de la papauté dans Nicolas que la domination réelle qu'il exerça en intervenant dans toutes les affaires des rois, même dans les affaires temporelles.

I. « Si quis Siicerdotibiis , seii jirimatibus, nobilibus, seu cuncto cleio ejus sanctœ Romanœ Ecclesiaî electionem Jlomani pontificis contradicere prœsumpserit, sicut in concilio ])eatissimi Stephani statutiim est, anathema sit. » Ep. XIV, col. 795. — Cf. Muratori, in nota ad suppiementa coucilii romani, an. 8G3. Mignc. Ep. Nicolai, col. 795, notes b et c. (>'est au concile de 8G2 que Nicolas P"^ rappela la décrétale du concile tenu par le Pape Etienne. Elle avait été })romulguée au concile tenu à Rome en 816 par le Pape Etienne IV.

Tirons trabord sur ce point un enseignement du procès de Lotbaire; c'est bien l'un des événements dans lesquels Nicolas déploya le plus solennellement sa puissance. Jamais pareille lutte ne s'était encore élevée entre un Pape et un roi; jamais pontife n'avait parlé h un prince un langage aussi ferme et aussi dominateur, et jamais la royauté n'avait été h ce point écrasée par la puissance religieuse. Ce seul fait éleva d'année en année l'autorité papale, si bien que nous en mesurons le développement successif dans la longue correspondance que Nicolas entretint à ce sujet avec les évêques et les rois et que, arrivé à la fin, nous nous demandons s'il n'y a pas eu plusieurs siècles entre Cbarlemagne et Lotbaire. Dans les derniers temps du règne du grand empereur, le palais impérial n'avait-il pas été le tbéatre de bien des scandales? Le vieux souverain ne s'atlonnait-il pas avec fureurh des désordres de tout genre* ? Ses fdles ne menaient-elles pas la vie la plus déréglée^? Et qu'avait fait la papauté? Etait-elle intervenue ? Avait-elle menacé l'empereur de Texcommunication ? Avait-elle frappéd'anatbèmeles femmes coupables? Avait-elle convoqué des conciles, envoyé des légats pour réformer cette cour?L'heure de sa puissance n'était pas venue : Cbarlemagne l'avait encbaînée ; mais laquelle des deux puissances domine quarante ans après? Nous allons le voir.

Page 1