‹ Saint Nicolas IerChapitre 82 sur 108 · Ep. ii4) col · texte numérisé non relu

Ep. ii4) col

magne, qu'il était utile h la relig-ionde faire des traités avec les barbares pour assurer le bonheur des peuples chrétiens, et il n'excommunia pas Lothairepour éviter Teflusion du sang*.

Voilà des faits qui ont une valeur assez précise ; voici des paroles qui ont aussi leur signification : a Nous avons été constitués par la grâce de Dieu dans sa maison princes sur toute la terre*. » Il le dit à Rodophe, archevêque de Bourges; il le répète a Michel, àThomme qui se considérait comme l'héritier de Théodose, qui visait à une sorte de suprématie universelle ; c'est en lui écrivant qu'il interprète le martyre de saint Pierre et de saint Paul à Rome et qu'il se dit l'héritier de leur puissance qui n'a de limites que celles du monde : tt Nous sommes nés leurs fils, et nous avons été établis, bien que leur étant très inférieurs en mérites, princes sur toute la terre, c'est-à-dire sur l'Eglise, car la terre

c'est l'Eglise*. »

De même que les rois tiennent leur pouvoir de Dieu, de même ils doivent respecter les prérogatives de l'Eglise : « Les princes séculiers doivent rendre à Dieu

1. « Vindictam in eum, ue sanguis effunderetur et ne bella excitarentur, propalare distulimus. » Ep. 83, col. 924'

2. (i Dei sumus gratia constituti in domo ipsius principes super omnem terram. » Ep. 65. Migne, 1. c, col. 882.

3. « Naii sumus filii et constituti, licet eis longe meritis impares, principes super omnem terram, id est super universam ecclesiam ; terra enim ecclesia. » Migne, 1. c. : ep. 86, col. 949, ep. 29, col. 8i5.

riîonneur qu'ils veulent que Dieu leur rende, c'est-èdire que, de même qu'ils souhaitent que Diea leur conserve l'honneur de la royauté qu'il leur a conféré, de même à leur tour ils ne doivent pas dédaigner de respecter les prérogatives de l'Eglise du Christ*. »

Non seulement ils doivent respecter l'Église, mais encore la proléger etla défendre, parce que l'Église est le bouclier des rois et le soutien de leurs États, parce que c'est d'elle qu'émanent leur gloire et leur puissance : « Car comment pensez-vous que nous puissions, à l'occasion, seconder votre gouvernement, vos efforts, les églises de votre royaume, ou vous offrir la protection de notre bouclier contre vos adversaires, si, autant qu'il dépend de vous (puisque, après tout, ces choses-là peuvent être absolument brisées), vous laissez jusqu'à un certain point se diminuer cette puissance, à laquelle vos pères ont eu recours pour y trouver tout l'accroissement de leurs dignités, toute leur gloire' ? »

I. « Debent.cnim muadi principes honorem praestare Deo, qiiem sibi volunt prœstari a Deo, videlicet ut, quemadmodum cupiunt a Deo sibi collatum regni honorem conservari, sic Ecclesioe Christi suam non dedignentur servare legem. » Ep. 29, col. 817. J'ai cru devoir traduire ici legem pur prérogative. C'est le sens qui m'a semblé le plus satisfaisant, et c'est celui qu'il est nécessaire d'admettre si Ton examine attentivement les passages qui suivent et qui précèdent cette phrase.

a. (( Nam quomodo putatis, si opportunitas exegerit, ut vestro regno, vestris nisibus, vestri regni ecclesiis aliquod prœstemus solatium, aut contra adversarios protectionis clypeùm conferamus, si, quantum in regni vestri partibus est, quoniam illa

Encore un passage beaucoup trop expressif pour être omis :

« Que Charles n'aille pas forcer Tempereur à tourner contre les chrétiens le glawe quil a reçu de Pierre pour s'en servir contre les infidèles ; qu'on le laisse gouverner en paix l'empire qu'il a reçu en héritage, dont la possession lui a été confirmée par V autorité du siège apostolique et qui a été rendu plus glorieux var la couronne que le Pape a placée sur la tête de Vempereur. Qu'on le laisse administrer, pour le plus grand honneur de l'Église, son empire protégé de Dieu et quil a reçu avec les bénédictions et les oncxiou^ par Vintermédiaire du pontife supérieur apostolique. Quiconque combattra contre l'empereur aura pour ennemis Dieu et le siège apostolique*. » Quand nous n'aurions pour preuve de l'action dominatrice exercée par Nicolas que les faits et les paroles que je viens de citer, elle serait suffisante ; mais nous pouvons y joindre le témoignage des grands, des rois eux-mêmes; il en dira plus que toutes les réflexions générales que je pourrais faire.

Les épithètes magnifiques et respectueuses se multiplient dans le langage des rois, quand ils s'adressent

omnîno scÎDdi possunt, ea vos aliqiiatenus minorari sinatis, quibus usi patres vestri, omne siiarum dignitatum incrementum omnemque gloriam perceperunt? » Ep. 36, col. 836; cf. ep. 42, col. 842. Ep. ad Bulg. c. XVIII, col. 990.

i. Ep. 79, col. 914-915.

au Pape, aussi bien que les expressions de leur humble soumission :

a Au Seigneur vraiment bienheureux et très saint, a Nicolas, Pontife et Pape universel de toute la sainte Église de Dieu, rachetée par le sang de notre pieux roi le Christ, Louis le Grand et Lothaire, rois par la grâce de Dieu, paix éternelle, gloire et félicité suprême dans le Christ, chef des Pasteurs.

« Personne ne désire plus vivement voir votre Pontificat s'affermir et se développer que nous qui vous portons une même affection et qui, en fils spirituels et très dévoués, embrassons de toute l'affection de notre cœur votre Paternité bienfaisante.... Bien plus, d'esprit et de corps nous nous confions humblement à votre sainte Paternité... puisque Tapôtre dit : « Toute « puissance vient de Dieu*. »

Une autre lettre de Lothaire, rapportée par Baro-

I. a Domino vere beatissîmo ac sanctissîmo, totîusque sanctae Dei Ecclesîae, roseo pii régis C bris ti sanguine acquisitse, Pontifici et universali Papae Nicolao, Ludovicus magnus et Lotharius, (livinâ praeveniente graliâ reges, in principe pastorum CLristo sempiternam summae felicitatis pacem et gloriam.

« Nulliis mortalium sanctissimi apostolatus vestri sospitatem largius audire et uberius videre desiderat quam nostra iinanimis affectio et, sicut spiritales et devotissimi filii, almifluam palernitatem vestram toto cordis afFectu amplexamur... immo mente et corpore vestrae sanctœ paternitati nos bumiliter committimus... cum apostolus dicat : Non est enim potestas nisi a Deo. » Baronius, ad. ann, 860. — Cf. D. Constant : Bib. Nat. M. S. 16, 987, fol. 60.

nius, à Tannée 864, respire la même modestie, le même esprit d'humble soumission*.

Dans une troisième du même prince, nous lisons ce passage :

« Le don le plus agréable et le plus précieux que nous tenons de vos sacrées promesses, c'est que vous êtes décidé à ne nous préférer et à ne mettre au-dessus de nous, votre fils obéissant, aucun homme revêtu de la dignité ou du nom de roi, si ce n'est celui qui tient dans sa main toutes les puissances et tous les droits des trônes, et avec lui notre frère très auguste. Pour tout cela, nous désirons montrer de toutes façons une soumission plus empressée et plus fidèle envers votre Saint-Siège '. >»

Je ne citerai rien de Charles le Chauve, Personne ne pourrait douter de l'extrême soumission que dut avoir pour Nicolas P"" ce prince qui déclara en SSp, au concile de Savonnières, tenir la royauté de l'élection des évêques comme de celle des fidèles et être soumis à leur jugement. Qu'il me suffise de dire que Nicolas

Page 1