CHAPITRE QUATORZIÈME
L'ÉPITRB AUX ROMAINS.
La Lettre aux Galates était un coup d'éclat; jamais encore Paul n'avait parlé avec cette netteté et rejeté aussi complètement le mosaïsme. Plus de sabbats, de fêtes juives, d'observances, de circoni ision ' ; la liberté pour tous dans le Christ Jésus ^. b'en était fait de la Loi et de son rôle de pédagogue : l'enfance passée, le pédagogue reçoit congé'. Tout ce que l'on attendait vainement d'elle, ablution des péchés, rédemption, sanctification, tout cela ne se trouve qu'en Jésus, et, pour l'obtenir, aucune pratique, aucune œuvre légale n'est requise : il ne faut que croire en Lui, s'unira Lui et s'abandonner à sa vertu divine qui opère en nous le vouloir et le faire *. Telle était la maîtresse pensée qui absorbait de plus en plus l'apôtre, la révélation spéciale qu'il avait mission de répandre à travers le monde.
Elle l'avait saisi dès l'heure de sa conversion, car i Jésus, lui montrant la gentilité comme son champ
' Gai., IV, 9, 10.
» Id., IV, 31.
s Id., m, 24. '25 .
* Id., II, 16-20. Philip., II, 13.
l'épître aux romains. '371
d'apostolat, avait ajouté : « Par la foi qu'ils auront en moi, ils recerront La rémission de leurs péchés et auront part à la vie éternelle'. »
A mesure que se multipliaient les révélations célestes et que l'âme de Paul s'y ouvrait, ce dogme capital du christianisme lui apparaissait en lumière plus nette ; ces clartés étaient pleines au temps où il écrivit son Épitre aux Galates. 11 voyait, dans la foi qui sauve et justifie , tout ce que nous y voyons , non une simple adhésion de l'intelligence, mais la foi animée par la charité, un don du cœur, de la volonté, de l'âme entière au Christ. Il y voyait Dieu ne se bornant pas à absoudre, à oublier, à voiler en nous le péché sans le détruire, mais agissant en créateur tout puissant, de telle sorte qu'il renouvelle l'âme croyante , y efface le péché, la régénère, influe en elle son propre esprit, sa sainteté, sa justice.
Au spectacle de cette transformation merveilleuse , on comprend l'indignation de Paul contre les Judaïsants qui méconnaissaient un pareil don des cieux. Non moins vive était l'inquiétude que lui causaient leurs progrès chez les Galates, inhabiles aux discussions des écoles juives. Les confondre lui était aisé partout où il pouvait les joindre comme en Galatie; mais que de chrétientés où il ignorait leurs intrigues! Paul ne vit d'autre remède à cette contagion que d'exposer sa doctrine dans un écrit qui passerait d'Église en Église, et la montrerait à tous établie sur le solide fondement de l'Écriture.
» Act., ïxvi, 18.
Le calme où. il trouva Gorinthe était propre à ce dessein : rarement dans sa vie constamment traversée, l'apôtre avait joui d'un tel repos; il en usa pour rédiger un précis de ses enseignements, et le mit sous forme de lettre , seul genre d'exposition où sa pensée se mût à l'aise. Mais à quelle Église s'adresser de pré-, férence, dans un danger qui les menaçait toutes également? Il ne pouvait songer à Jérusalem , foyer des résistances judaïques; Ântioclie, Éphèse n'avaient point de relief hors de l'Orient : ses yeux se tournèrent vers Rome.
Cette maîtresse du monde n'avait jamais été plus puissante; en tout sa parole faisait loi. L'Église fondée dans ses murs avait emprunté quelque chose de ce prestige et pris ascendant sur les chrétientés- éparses de l'empire. On savait d'ailleurs qu'elle était l'œuvre, le siège de Pierre. A ce double titre, sa foi rayonnait dans tout l'univers'. Paul ne pouvait mettre en mains plus actives et plus sûres la propagation de sa doctrine; l'Église de Rome, en effet, « pleine de science, de charité, capable d'instruire les autres^ », était déjà initiée aux enseignements qu'il lui voulait confler. Elle les tenait de Pierre, auquel l'apôtre des gentils avait confié ses révélations'; elle les tenait aussi des nombreux disciples de Paul , qui , d'Éphèse , de Gorinthe , de Macédoine, étaient venus s'établir en Italie, et que l'apôtre saluera à la fin de sa Lettre aux Romains. 11 n'avait
' Itoin., I, 8.
s Id., XV, n.
* Act., XT, 2 i. Gai., I, 8; n, 2, C, 9, 14-19.
l'épître aux romains. 373
dune qu'à rappelt^r à cette Eglise ce qu'elle savalUdéjà et à la « fortifier' » dans ses croyances. Outre cette [ « communauté de foi'' », il trouvait chez elle ce qu'il ' cherchait dans les circonstances présentes , une chrétienté où les gentils dominaient^ et en laquelle il pouvait évenir et armer les fraternités de même origne. Ce choix d'ailleurs était un acte habile de la part de Paul, * car il se couvrait ainsi du patronage de Pierre, non seulement chef des Douze, mais encore chef prétendu des Judaïsants.
Un scrupule l'arrêtait néanmoins : il s'était posé la règle « de ne jamais prêcher l'Évangile aux lieux où le Christ avait déjà été annoncé* » ; or Rome était le domaine de Pierre, et là, comme ailleurs, Paul répugnait à « bâtir sur le fondement d'autrui'' ». Il s'y résolut à la un en songeant que, « ministre du Christ envers les
' Rom., 1, II.
' Nous arons montré ailleurs {Saint Pierre, chap. xtui) comment i'ÉTangile se propagea dans la capitale du monde; les premiers germes eu furent apportés par les Israélites de Rome qui, à la Pentecôte (Acl., u, 10) et aux pèlerinages des années suivantes, entendirent la prédication des apôtres ; la divine semence se trouva plus largement ré)>andue à la venue de S. Pierre, et fructifia d'ahord au milieu des Juifs, puis abondamment parmi les païens. Ces derniers étaient en roaiorité au temps de l'Épitre aux Romains, car l'apôtre en de nombreux endroits de sa littre ne s'adresse qu'à des gentils (Rom., I, 5, 6, 13; VI, 17 et sq.; xi, 13, 25, 23, 30; xiT, 1 et sq. ; IV, 7-16). Il les voit si influents dans la communauté , qu'il leur recommande plus de ménagements pour les scrupules des frèrej venus des synagogues (Rom., xiv).
* Rom., XV, 20
» Id.
gentils*, il était redevable à tous de son Évanorile, « aux Grecs et aux Barbares, aux savants et aux simples... et à vous aussi, ajouta-t-il , qui êtes à Rome' »; mais il prit soin, dans toute sa lettre, de ne traiter qu'avec grande réserve cette chrétienté qui n'était point sienne, s'excusant d« ?a hardiesse à lui écrire^, bornant ses projets de ministère au milieu d'eux « à les voir en passant » quand il irait en Espagne, à jouir un peu d? leur présence"'. Un humble vœu résumait toute son ambition à cet égard : « Dieu m'est témoin que je me souviens sans cesse de vous , lui demandant continuellement dans mes prières que , si c'est sa volonté , il m'offre enfln quelque voie favorable pour aller veii. vous, car j'ai grand besoin de vous voir pour vous faire t part de quelque grâce spirituelle^. »> {-
La démarche de Paul, réduite à ces modestes visées, \ n'avait rien d'une intrusion dans le domaine de ^ Pierre : tout entier pendant trois mois^, à la lettre | qu'il méditait, l'apôtre la dicta à Tertius", non d'un jet, comme l'Épître aux Galates , mais lentement mûrie , dans le calme et la retraite que lui ménageait la demeure hospitalière de Gains". Ce petit écrit est de singulière importance, caria pensée de l'apôtre s'y développe plus au large que partout ailleurs. Il noas suf- '^
' Rom., IV, 16.
» Itl., I, 14, 15.
» Id., iv; 15.
* Id.. XV. 24.
* Id.. I, 9-11.
« Acl., n, S.
' Rom., XTi, 22.
* Id., XVI, 23
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fira donc de Talléger des commentaires sur rÉcriture destinés à réfuter les Juifs, pour exposer presque entièrement la théologie de S. Paul. Ses enseignements sur la vie surnaturelle y sont résumés : impuissance de l'homme déchu à se relever de soi-même, h Rédemption, la Justiflcation par la foi en Jésus, Ihnaion au Christ transformant l'âme, y créant un être nouveau, sanctiûé, divinisé, et toutes ces merveilles, pur effet de grâce, prévues, prédestinées de toute éternité. La justiticalion par la foi est la condition essentielle, le principe de ces opérations de Dieu dans l'âme. Paul en établit l'absolue nécessité pour tous, Juifs comme païens. Que peuvent-ils , en effet, livrés à leurs propres forces? Se détourner de Dieu, et pécher.
Les gentils étaient capables de vérité et de justice naturelle. Ils avaient, pour s'y élever, le spectacle de la création où se reflètent « les perfections invisibles de Dieu, sa puissance éternelle, sa divinité »; ils avaient la loi morale gravée dans leur conscience. Ingrats à ces dons, les méconnaissant, « ils se sont égarés dans leurs raisonnements; leur cœur s'est obscurci; se disant sages, ils sont devenus fous; ils ont transféré l'honneur dû au seul Dieu incorruptible à des flgures d'oiseaux, de quadrupèdes et de reptiles. C'est pourquoi Dieu les a livrés aux convoitises de leur cœur... au sens dépravé » , aux vices honteux et contre nature * . Même impuissance , même déclin moral chez le Juif. Vainement * se targue-t-il d'être le conducteur des aveugles, la lumière de ceux qui sont dans les ténè-
i Rom., i, 18-32.
bres, le docteur des ignorants, le maître des simples et des enfants, d'avoir dans la Loi la règle de la science et de' la vérité ». Celte Loi, il la viole. Or « le vrai Juif l'est intérieurement, la vraie circoncision est celle d'.'. cœur qui se fait par l'Esprit », non celle de la chair'. « N'y a-t-il donc aucune prérogative pour les Juifs , aucun proflt de la circoncision? Grand au contraire est leur avantage et de toute manière , principalement en ce que les oracles de Dieu leur ont été conûés. » Les promesses qui y sont contenues s'accompliront, en dépit de l'incrédulité de plusieurs d'entre eux. Qu'Israël n'en conclue pas toutefois qu'il vaut mieux que les gentils ; car l'Écriture nous montre tous les hommes également dans le péché. La Loi ne donne aux Juifs qu'une vue plus nette du mal, mais nulle grâce de force et de relèvement, nulle vertu non plus aux œuvres qu'elle prescrit*. Dès lors, où est le salut? Dans la foi en Jésus, qui rachète l'homme du péché et le fait juste; foi offerte à tous, car tous ont péché ; offerte gratuitement, car le sang du Christ en a payé le prix ^.
1 Rom., u, 1-29.
■' Id., m, 1-20.
3 CeUe doclrine de la jusllûcalion par la foi , loin de détruire U Loi, la conûrme. Que lisons-nous, en effet, dans celle-ci? « Abraham crut et sa foi lui fut imputée à justice. » (Gen., xv, 6.) Ses œuvres par conséquent ne sont rien dans celte Justice, la circoncision non plus, car il reçoit d abord la justKication par la foi, <t ensuite la circoncision comme marque et sceau de la justilication. afin qu'il paraisse clairement l'ère de tous les croyants, circoncis comme incirconcis, justifiés les uns et les autres par la foi seule Abraham d'ailleurs nous montre, par son exem;>le, en quoi consiste cette foi justifiante : c'est croire sans hésiter contre toute raison humaine, et, par là, rendre grlce à la toute-puissance de Dieu.
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Et qu'admirables sont dans nos âmes les effets de cette opération divine! Justiflés par la foi, nous avons la paix avec Dieu , l'espérance non trompeuse de partager la gloire de ses enfants. Le gage en est l'amour de Dieu répandu dans nos cœurs par l'Esprit-Saint. Au souffle de cet amour, le Christ nous a aimés pécheurs et ennemis, jusqu'à mourir pour nous; que ne ferat-il pas maintenant qu'il nous a justifiés par son sang? Non seulement il nous réconcilie avec Dieu, mais il fait de notre salut une gloire, un triomphe. La justification, en effet, opère en nous par le Christ de la même façoa que le péché originel et la damnation par Adam. La désobéissance d'un seul homme nous avait tous perdus, l'obéissance du seul Christ nous sauve tous, mais par une grâce d'autant plus abondante que la Loi survenant a multiplié les préceptes et leur violation. Or, là où il y a eu surabondance de péché , Dieu a fait surabonder la grâce, « afin que , comme le péché avait régné en donnant la mort, de même la grâce règne par la justice en donnant la vie éternelle par Jésus-Christ Notre-Seigneur ' ».
Pécherons-nous donc pour donner lieu à cette surabondance de grâce? A Dieu ne plaise! car un autre fruit de la justification est de nous affranchir du péché.
« Or ce n'est pas pour lui seul qu'il est écrit que sa foi lui a été iiu;>utée à justice, mais aussi pour nous à qui elle sera iroputeede même, si nous croyons à celui qui a ressuscité d'entre les morts, Jésus Notre-Seigneur, lequel a été livré à la mort pour nos péchés et qui est ressuscité pour notre justifii.ation. » Rom., m, 21-31; IT, 1-25.
' Rom., V, 1-21.
Par le baptême, le chrétien enseveli dans la muil «t. le tombeau de Jésus ressuscite avec lui à une vie nouvelle; dès lors « le vieil homme » en nous, l'homm'^ charnel et pécheur, mort avec le Christ , est délivré à tout jamais de l'esclavage du péché; ressuscité avec le Christ, il doit « se tenir pour mort au péché et ne vivant plus qu'à Dieu dans le Christ Jésus ' ».
L'âme, par cette communion à la mort de son Sauveur, se trouve affranchie, non seulement du péché, maïs de la Loi. Celle-ci, en effet, n'a d'autorité sur l'homme qu'au cours de la vie. De même que la loi du mariage n'assujettit la femme à son mari que du vivant de ce dernier, le mari mort, la femm.e est libre ; ainsi est-il de nous chrétiens : morts avec le Christ, nous ne sommes plus sous le joug de la Loi , mais unis à Jésus ressuscité, nous produisons en lui des fruits pour Dieu. « Quand nous étions dans la chair, les passions criminelles, excitées parla Loi-, agissaient dans nos membres et leur faisaient produire des fruits pour la mort; mais maintenant, nous sommes affranchis de la Loi qui nous liait , de sorte que nous seryoos Dieu
' Rom., VI. 1-23.
'^ Il ne suit point de là que la Loi est péché et de soi porte an péché. A l'homme déchu, il est yrai, eJle devient occasion de péché, parce qu'elle fait connaître et excite la concupiscence sans donner la force d'y résister; mais en soi elle est sainte et bonne. La preurt* en est le combat que se livrent en nous l'homme intérieur, raisonnable, qui approuve cette loi et veut l'accomplir, et l'homme charne' qui s'y oppose. « Car je sens dans mes membres une autre loi qu: combat contre la loi de ma raison et qui me rend captif de la l; du péché qui existe dans mes membres. Malheureux homme que je suis! qui me délivrera de ce corps de mort ? h Rom., vu, 7-2"
l'épître aux romains. 379
dans la nouveauté de l'esprit, et non dans la vieillesse de la lettre ^ »
Paix, ferme espérance, amour divin répandu dans nos cœurs, délivrance du péché, affranchissement de la Loi, c'étaient là assurément de merveilleux fruits de la justification; il restait cependant à Paul d'en exposer le plus remarquable effet , la transformation qu'elle accomplit dans l'àme , en l'animant d'une vie surnaturelle et divine, de la vie du Christ. Par elle, l'Esprit de Jésus , l'Esprit de Dieu habite en nous ; il nous rend facile ce qui était impossible à la Loi ; de charnels, il nous fait spirituels, n'ayant plus de vie et d'amour que pour Dieu '. Ne vivons donc plus selon la chair, mais selon l'Esprit; car la chair engendre la mort, l'Esprit engendre la vie qui fait de nous en Jésus-Christ des fils adoptifs de Dieu. Fils de Dieu, nous sommes cohéritiers du Christ, certains dès lors, en souffrant avec lui, de partager sa gloire. Et quels gages de cette assurance! Que de signes de ce renouvellement! D'abord la création entière qui soupire , se débat dans
' Rom., vil, 1-6.
* « Ceux qui sont selon la chair ont leur pensée aux choses de la chair; ceux qui sont selon l'Esprit, aux choses de l'Esprit; la pensée de la chair est mort, la pensée de l'Esprit vie et paix, parce qae la pensée de la chair est l'ennemie de Dieu ; elle ne se soumet pas à sa loi, elle ne le peut même pas... Pour vous, vous n'êtes pas
dans la chair, mais dans l'Esprit l'Esprit du Christ.... Or. si le
Christ est en vous , le corps est mort en vous à cause du péché, mais l'Esprit est vie à cause de la justice. Et si l'Esprit de Celui qui a res<:uscité Jésus d'entre les morts habite en vous. Celui qui a ressuscité le Christ d'entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels, à cause de son Esprit qui habite en vous. » Rom. Iviu, 1-11.
l'angoisse d'un enfantement et qui ne peut secouer la servitude de la corruption que si les fils de Dieu entrent dans la gloire; puis nous-mêmes, « nous qui gémissons, attendant l'efFet de l'adoption divine, la rédemption et la délivrance de noire corps » ; et l'Esprit d'en haut qui, aidant notre faiblesse, prie en nous par 3es gémissements ineffables ; Dieu enfin qui, de toute éternité , nous a prédestinés à être les images de son Fils. Ceux qu'il a prédestinés, appelés, justifiés, il les glorifiera *.
« Après cela que devons-nous dire? Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous? Celui qui n'a pas épargné son propre Fils, mais l'a livré à la mort pour nous tous, comment ne nous fera-t-il pas don aussi de toutes choses avec lui ? Qui accusera les élus de Dieu? Dieu même les justifie. Qui osera les condamner? Sera-ce le Christ? Lui qui est mort, ou plutôt qui est ressuscité, qui est à la droite de Dieu, qui intercède pour nous î Qui donc nous séparera de l'amour du Christ? Les tribulations, les détresses, la persécution, la faim, la nudité, les périls, le glaive?... En tous ces maux, nous demeurons victorieux par celui qui nous a aimés. Je m'en tiens assuré : ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les principautés, ni le présent, ni l'avenir, nulle puissance, ni les forces d'en haut, ni celles d'en bas , ni aucune autre créature ne pourra noais séparer de l'amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus Jfotre-Seigneur *. »
Paul, dans ce transport de foi, avait perdu de vue Israël, sa Loi, ses puériles observances, leur inutilité pour le saluL C'était là pourtant le principal objet de sa lettre. Il y revient brusquement, prenant Dieu à
' Rom., viii. 12-30.
» Id., vni, 31-33.
l'éi'ître aux romains. 38J
léiia^iri que si Jésus et son règne dans les âmes est devenu tout pour lui, il n'oublie ni ne dédaigne ses frères de même sang que lui selon la chair. Si profonde est sa tristesse au spectacle de leur incrédulité, qu'il soulKiitorait être anathème pour leur salut; car c'est à eux qu'appartient en propre « l'adoption des enfants de Dieu, sa gloire, son alliance, sa Loi, son culte, ses promesses; c'est d'eux que sont les patriarches desquels, selon la chair, est sorti le Christ, qui est en toutes choses le Dieu béni éternellement * ».
Ces promesses divines s'accomplissent d'ailleurs malgré leur infldélité, car ce n'est point le sang seul qui fait le vrai Israélite , c'est le choix et la vocation de Dieu. L'histoire des patriarches en fait foi; des deux fils d'Abraham, un seul hérite de la promesse; des fils d'Isaac, nés à la même heure, ce n'est point le premier sorti du sein de la mère qui devient le chef du peuple élu, c'est l'autre, par une prédilection toute gratuite de Dieu. Et nulle injustice dans ce choix, car personne n'a de droit à être l'élu du Seigneur. Le salut dépendant non des œuvres, mais surtout du Dieu qui fait miséricorde, qui osera lui demander raison de son choix? « Le vase d'argile dit-il à celui qui le façonne : Pourquoi me fais-tu de la sorte? Le potier n'at-il pas pouvoir sur l'argile pour tirer de la même masse de terre un vase destiné à des usages honorables, un autre à de vils emplois? » L'homme n'est pas plus fondé à se plaindre si, d'une part, Dieu souffre patiemment devant lui des vases corrompus , devenus
> Rom., II, l-â.
par leur propre volonté vases de colère , si de l'autre il lire, non seulement d'entre les Juifs, mais aussi de la gentilité, des vases de miséricorde destinés à, le glorifler. Israël, en effet, ne doit point l'oublier : s'il est supplanté , s'il déchoit de ses privilèges , c'est que volontairement il s'ahcurte à la pierre d'achoppement , aux œuvres légales. Quelle folie de chercher vainement la justice dans l'accomplissement laborieux de toute la Loi^ alors que cette Loi elle-même nous montre le salut aisé à obtenir par la seule foi en Jésus ^ ? Dieu a pris soin d'ouvrir à tous cette voie, envoyant ses prédicateurs dans le monde entier. Les gentils y sont entrés; qu'Israël ne suit-il leurs traces ^?
Mais par suite de celte incrédulité Dieu a-t-il enliè-
u Jésus-Christ est la fin de la Loi pour justifier tous ceux qui croiront en lui. Or Moïse décrit ainsi la justice qui vient de la Loi : « L'homme qui en observera les ordonnances y troDTera la « vie. » (Lev., xviu, 5.) Mais pour ce qui est de la justice qui vient de la foi , voici comment il en parle : Ne dis pas en ton cœur : fl Qui pourra noonter au ciel? » pour en faire descendre le Christ. Ou « qui descendra dans l'abîme ? » pour appeler le Christ d'entre les morts. Mais que dit l'Écriture? a La parole qui t'est annoncée a se trouve près de toi, dans ta bouche et dans ton cœur. » (Deut., XXI, 12-14.) C'est la parole de la foi que nous prêchons, à savoir que si tu confesses de bouche que Jésus est le Seigneur, et que tu rroies de cœur que Dieu l'a ressuscité d'entre les morts, lu seras sauvé. Car il faut croire de cœur pour être justifié, et confesser sa foi par ses paroles pour obtenir le salut. C'est pourquoi l'Écriture dit : « Quiconque croit en lui ne sera pas confondu. » (Is., xxvm, 16.) Il n'y a point en cela de distinction entre le Juif et le gentil, parce qu'ils n'ont tous qu'un même Seigneur qui répand ses richesses sur tous ceux qui l'invoquent, car « quiconque invoquera r le nom du Seigneur sera sauvé » (Joël, ii, 32). » Rom., x, 4-13. - Rom., II, 6-1, 21.
l'épître aux romains. 383
rement rejeté son peuple? Non, certes. De même qu'il s'était réservé sept mille hommes qui ne fléchirent point le genou devant Baal, ainsi par grâce aujourd'hui tire-t-il de son peuple un noyau d'élus. Le pLus grand nombre à la vérité ferme les yeux et s'éloigne, mais leur aveuglement n'est pas définitif; grâce à celle défaillance , les gentils mis à la place d'Israël provoquent son émulation et l'amèneront un jour à suivre leur exemple. Or, si une chute passagère des Juif? , une éclipse de leur foi a été la richesse et le salut du monde, que sera leur conversion en masse? Un éclat de vie au sein de la mort. Car, « si les prémices sont saintes, la masse l'est aussi; si la racine est sainte, les rameaux le sont aussi. Si donc quelques-unes des branches ont été arrachées, et si toi, olivier sauvage, enté au milieu d'elles, tu es devenu participant de la racine et du suc de l'olivier, n'en prends point sujet d'orgueil et de dédain pour les branches retranchées..., car si Dieu n'a pas épargné les rameaux naturels, il ne t'épargnera pas non plus. » Israël d'ailleurs ne reste dans l'aveuglement que jusqu'à l'entrée de toutes les nations dans l'Église ; alors Dieu se souviendra des promesses faites aux patriarches , il se retournera vers leur race et l'appellera. Ainsi l'infidélité des Juifs aura servi à amener les gentils à la foi; à leur tour les gentils, par leur foi, amèneront les Juifs à croire, et Dieu, après les avoir tous enveloppés dans une commune incrédulité , les sauvera tous gratuitement les uns par les autres.
« 0 profondeur de la sagesse et de la science de Dieu ! que ses jugements sont insondables, ses voies impénétrables! Tout
384 SAINT pai.:l.
vient de lui, tout est par lui , tout est en lui : à lui seul soit j;loire dans tous les siècles! Amen *. »
L'apôtre ne manqua pas de terminer cette lettre, comme il le faisait toujours, par des conseils pratiques, car, après avoir tant répété que la foi justifie sans les œuvres, il importait de ne pas taire que cette foi , qui n'est point le fruit des œuvres , en devient le principe dans l'âme justifiée où elle opère constamment par l'amour. A cet effet , il rappela aux Romains la vie de sainteté que ce renouvellement de l'Esprit répand dans toute chrétienté digne de ce nom. Tous s'y regardent comme les membres d'un même corps : prophètes, diacres, docteurs, prédicateurs, distributeurs d'aumônes, guides spirituels, ministres des œuvres de miséricorde, agissent unis, avec simplicité et zélé, dans la joie de leur âme ^. Au-dessous d'eux, les frères à l'envi , faisant de leurs corps , de leurs passions , une hostie vivante et pure, digne de Dieu, lui offrent un culte raisonnable et spirituel '. De là l'ensemble des vertus auxquelles Paul convie les Rornains.
« Que votre amour soit sans hypocrisie; ayez le mal en horreur, tenez ferme au bien-, ayez l'un pour l'autre une affection fraternelle; prévenez-vous d'honneur et de déférence. Soyez actifs au devoir, en ferveur de l'esprit, car vous servez le Seigneur; joyeux dans votre espérance, patients dans les maux, persévérants dans la prière, charitables pour subvenir aux nécessités des saints, prompts à l'hospitalité. Bénissez
1 Rom., II, 1-36.
- Id., xu, 3-8.
' Id., xu, 1.
l'éiûthe aux romains. 385
cfux qui vous persécutent; bénissez et ne maudissez pas. Réjouissez-vous ovpc ceux qui se réjouissent, pleurez avec ceux qui pleurent, unis toujours de sentiment, n'aspirant point aux choses élevées, mais vous associant aux humbles... Vivez en paix, s'il est possible, avec tous les hommes. Ne vous vengez point vous-mêmes, mes bien-nimés... Si votre ennemi a faim, donnez-lui à manger; s'il a soif, donnez-lui à boire... Ne vous laissez point vaincre par le mal, mais surmontez le mal par le bien'. »
Paul ne s'en tint point à ces préceptes généraux. L'Église de Rome, bien que composée en majorité de païens convertis , comptait dans son sein des fidèles sortis des synagogues ou les ayant fréquentées. Plusieurs même en avaient emporté les idées fanatiques que répandaient alors dans le monde juif les Ébionites, aux yeux desquels le monde présent est le règne de Satan ^ , Judas le Gaulonite qui , proclamant Jéhovah seul Maître, prêchait la révolte contre Rome'. Sans aller jusque-là, ces disciples mettaient en doute la légitimité de l'impôt, le respect et l'obéissance dus aux lois de l'empire. Paul crut devoir les prémunir contre ces tendances séditieuses. Il savait par expérience quelles sûretés la foi nouvelle avait trouvées jusque-là dans l'équité des magistrats romains, mais c'étaient là des dispositions instables, passagères; s'élevant plus haut, l'apôtre montre aux Romains « toute puissance venant de Dieu * » , par suite , dans
' Rora., in, 9 21.
- Clémentine Homilix, iv, 6, 7, 8.
' Josèphe, Antiq. jud., XVIII, i, 6. Bell. jud... II, vui, 1.
* Rom., ini, 1.
toute autorité légitimement constituée , un ordre établi par Dieu, une effusion de la majesté et de l'autorité divine, digne de respect et d'une sorte de culte.
« II faut donc être des sujets soumis, conchit-U, non seulement par crainte du châtiment, mais par devoir de conscience. C'est pour cela que vous payez les impôts. Les prin- , ces, en effet, sont les miaistres de Dieu, toujours appliqués aux fonctions de leur emploi. Rendez donc à chacun ce qui lui est dû; à qui le tribut, le tribut; à qui l'impôt, l'impôt; à qui la crainte, la crainte; à qui l'honneur, l'honneur '. »
L'apûtre s'étendit plus longuement sur un autre point, l'ascétisme , l'abstinence de viande notamment, que pratiquaient certains membres de l'Église romaine. L'aversian pour la chair des animaux était commune à plusieurs des sectes religieuses auxquelles le déclin du culte officiel donnait alors grand prestige, Pythagoriciens, Esséniens ^ , Gnostiques, Ébionites'. Leurs adeptes devenus chrétiens ne renonçaient point à la sévérité de cette vie, aux abstinences surtout qui i constituaient pour eux une expiation de leurs péchés l et une manière d'assujettir le corps. Ils ne se bornaient | pas, comme les Juifs, à n'user que de viandes pures et légales; rejetant toute chair comme une souillure, ils vivaient de légumes , ne buvant jamais de vin *. Paul ne pouvait approuver cet excès de rigorisme qu'il tenait pour une faiblesse dans lafai '; mais c'est au nom
• Rom., xm, 5-7.
- Liglitfoot, Epistle to tke Colossians, Thk Essenks, p. 379.
- S. Épiphane, Adv. Hxreses, xxx, 16.
♦ Rom., xiT, 2, 21.
* Id., XIV, 1.
l'épître aux romains. 387
de la charité qu'il demanda « aux forts », plus nombreux, de respecter leurs frères moins éclairés, de ne point les mépriser, d'éviter même toute discussion , tant sur le choix des aliments que sur la distinction des j.)iirs, sur le sabbat en particulier'.
A Rome , un si grand nombre de Juifs , de prosélytes , de païens même attirés par le mosaïsme, observaient ce repos sacré , que l'aspect de la ville ce jour-!ù en était changé'. Des chrétiens les imitaient et tenaient d'autant plus à cette pratique que les assemblées du dimanche, établies dans les Églises de Paul ', n'étaient point encore en usage à Rome. « Les forts , » tiaitant de superstitieuse eette observance, proclamaient hautement que tous les jours sont également à. Dieu ■•. Paul les exhorta k ne pas condamner des frères qui ne distinguaient ainsi l«s jours que pour {flaire au Seigneur.
Il alla plus loin sur le choix des aliments : il demanda aux Romains , comme il l'avait fait aux Corinthiens, de s'abstenir, en compagnie des faibles, dei viandes que ceux-ci regardaient comme impures et d'éviter ainsi de les scandaliser.
« Je sais et je suis persuadé , leur dit-il , dans le Seigneur Jésus, que rieu n'est inapur de soi-même...; mais si en mangeant de quelque qhose vous attristez votre frère , tous ne
' Rom., HT, j-5.
2 Marquardi. Rômische Staatsverwaltung, t. III, p. 81. — Hauâralh, Neutestamentlicfie Zeitgeschichle, t. III ; Die Judtn ir 'Rom., p. 333-392.
3 1 Cor., ivi, 2. Act., II, 7.
* Rom., XIV, 5. ,
388 SAINT l'AUL.
VOUS conduisez plus selon la charité. Ne faites point périr pour une question de viandes celui pour lequel le Christ est mon... Car le royaume de Dieu n'est pas manger et boire, mais justice, paix, joie dans l'Esprii-Saint'. »
La précision de ces conseils montre que des relations intimes et constantes unissaient Paul à l'Église de Rome; évidemment tout ce qui s'y passait lui était connu, et rien là qui doive nous étonner, car l'apôtre comptait dans cette chrétienté de nombreux et fidèles disciples : c'étaient Priscille et Aquila, ses hôtes de Corinthe et d'Éphèse, que les hasards de leur vie voyageuse avaient ramenés à Rome ; c'était « l'assemblée de frères qui se réunissait dans leur maison » pour prier; c'était « Épénète sonbien-aimé, les prémices de l'Asie ; Marie qui avait beaucoup travaillé » pour l'Église de Rome , « Andronicus et Junie , ses compatriotes et ses compagnons de captivité, considérables entre les apôtres et conquis avant lui à la foi du Christ ^ , Amplias, qu'il aimait particulièrement dans le Seigneur, Urbain, son compagnon d'œuvre dans le Christ,Stachys le bien-aimé , Apellès fidèle au Christ, la famille d'Aristobule, son compatriote Hérodion, tous ceux de la maison de Narcisse ' qui étaient au Seigneur, Tryphène
' Rom., XIV, 14-17.
'^ Ces disciples, de même race que l'apôtre (toù; duvY^^^'î f*^'-") ^' convertis avant lui, étaient probablement au nombre des Juifs romains qui embrassèrent la foi à la Pentecôte (Act., u, 10) et aux pèlerinages des années suivantes. Ils connurent S. Paul dans quelqu'une des villes qu'il évangélisait, et s'attacbèrcnt à lui si étroitement, qu'ils parlagi-renl unf de ses nombreuses captivités (^v çu/axoiTt neficioTÉfO);, II Cor., xi, 23].
3 Narcisse, le célfibre affranchi de Claude, ayant été mis à mort
l'épître aux romains. 389
l Tryphose, actives au service du Seigneur, sa chère l'ersis, également zélée, Rufus, un élu du Seigneur et sa mi^re que Paul aimait à l'égal de la sienne, Asyncrite, Phlégon, Hermas, Patrobas , Hermès, tous les frères de leur compagnie; Philologue, Julie, Nérée et sa sœur, Olympas et de liombreux saints qui vivaient avec eux ^ ».
L'influence qu'exerçaient dans la communauté romaine de si nombreux disciples de Paul, explique en partie le ton d'autorité qui règne en toute sa lettre. Cette assurance, cette liberté de parole ne porte-t-elle pas aussi à croire que Pierre , en ces temps-là , se trouvait éloigné de l'Église qu'il avait fondée? Les vestiges de sa venue et de son séjour à Rome ne se rapportent à aucune époque déterminée ^ ; comme les autres apôtres apparemment, il ne s'attachait pas à une seule chrétienté, mais allait et venait, prêchant, créant de nouvelles fraternités, visitant celles qu'il avait établies. Paul , sachant la communauté de Rome laissée à ellemême, privée depuis plusieurs années peut-être de son guide infaillible, put s'adresser à elle aussi librement qu'à une de ses chrétientés, y parler, non en propre pasteur, mais en chef, en docteur de la genti- ;ité. C'est à ce seul titre qu'il s'engageait sur le do-
en 54, ses nombreui esclaves « la maison de Narcisse » passèrent probablement aux mains de l'empereur. Lif^hlfuot (PhUipiiians, p. 173) suppose que ce sont eux dont parle S. Paul. Il se peut toutefois que le Narcisse de rÉ|)îtri^ aux Romains soit l'affranchi de Néron que Galba fit tuer en 68 (Dion Cassius, LXIV, 3).
I Rom., XVI, 3-15.
• Voir Saint Pierre, cliap. xvm.
maine de Pierre ; avec quelle réserve : nous le savons déjà, et ces paroles de l'Epître l'exposent clairement : « Je vous ai écrit ceci, frères, peut-être avec un peu trop de liberté , voulant seulement vous faire ressouvenir de ce que vous savez déjà, selon la grâce que Dieu m'a faite d'être le minisire du Ghrisit Jésus parmi les gentils, exerçant la sacrificature dans l'Évangile de Dieu , afin que l'oblation des gentils lui soit agréable étant sanctifiée par TEsprit-Saint ^ »
Au contraire des autres lettres écrites dans le feu de l'action , celle-ci, nous l'avons dit, parait avoir été longuement élaborée. Les finales successives des derniers chapitres indiquent en effet que l'apôtre y revint à plusieurs reprises, ajoutant chaque fois quelque nouveau détail '. A l'une de ces revisions, prévoyant
» Rom., XT, 15, 16.
* Cette interpr*^tation nous paraît rendre compte siiffisamoieat de» salutations qui se suivent dans les chapitres xv et xvi de l'Ëpitre sans qu il ; ait besoin de recourir aux suppositions gratuites et Yariée» que ce fait a suggérées aux critiques modernes. La plus ingénieuse de cm hypothèses est exposée «n ces termes par M. Renan : u Nous supposons que le fond de l'épltre aux Romains fut une encyclique. Saint Paul, au moment de sa pleine maturité, l'adresse à ses plus importantes Eglises, au moins à trois d'entre elles, et, par excefition, il l'adresse aussi à l'Église de Rome. Le& quatre finales tombant aux versets xt, 33; xvi, 20; xvi, 24; ivi, 27. sont les finales des divers exemplaires expédiés. Quand on nt l'édition des Épltres, on prit pour base l'exemplaire adressé à lÉglise de Kome; mais, afîn de ne rien perdre, on mit à la soit» du texte ainsi constitué les parties variantes et notamment les diverses finales des exemplaires qu'on abandonnait. » Saint Paul^ Introduction, lxxii. On trouvera dans le P. Cornely {Introducli^ sneciatis in singulos Novi Testamenii libres, p. 479-482) un« r^!iitation très nette de toutes ces conjectures.
l'épître aux romains. 391
que les Judaïsants ne larderaient pas à porter dans Kome le trouble qu'ils semaient en Asie Mineure : '( Frères, écrivit-il, ayez l'œil sur ces honunos qui causent les divisions et les occasions de chute par des •enseignements qui ne sont pas selon la doctrine que vous avez apprise; éloignez-vous d'eux; car ces sortes de gens ne servent point Notre-Seigneur, mais leur propre ventre ' , et par de douces paroles et un beau langage ils séduisent les cœurs des simples.. Soyoz sages pour le bien, et innocents devant le mal, et le Dieu de paix brisera bientôt Satan sous vos pieds ^. » Trois fois l'apôtre, prenant lui-même la plume, avait mis comme sceau à sa lettre des souhaits de paix et de grâce '. Sa dernière et définitive signature fut cette belle doxologie :
u A celui qui est puissant pour vous affermir dans mon Evangile et dans la doctrine de Jésus-Christ que je prêche selon la révélation du mystère qui, étant demeuré caché à tous les siècles passés , est découvert m.aintenant , par le moyen des oracles et des Prophètes , selon l'ordre du Dieu éternel, et qui est venu à la connaissance de tous les peuples afin qu'ils obéissent à la foi, à Dieu, qui est le seul sage, honneur et gloire par Jésus-Christ dans les siècles des siècles. Amen^. »
' Ce goût da luxe et de la bonne chère était commun chez les Judaisanis, car l'apôtre le leur reproche constamment. II Cor., xi,. 20. Philip., m. 19. Tit., i, 12.
^ Rom., XVI, 17-20.
î Id., XY, 33; XVI, 20, 24.
* Id., XTi, 25-27.
Une chrétienne , Phœbc , diaconesse de Kenchrées , l'un des ports de Corinlhe , était appelée à Rome par ses affaires. Paul lui confia sa lettre recommandant aux Romains de l'assister dans ses besoins en retoui de la grande charité qu'elle avait toujours eue pour li^s frères et tout particulièrement pour lui-même '. L'humble sœur emporta respectueusement le message . mais sans se douter assurément qu'elle tenait en main un de ces écrits que le monde méditera jusqu'au dernier jour. Nul sage , en effet , nulle école ne jettera de pareilles lumières sur ce qu'il importe ici-bas de connaître; la vie morale, le mal, l'homme, ses luttes e sa destinée, son union surnaturelle à Jésus.
' Rom., XTi. 1. 7.