CHAPITRE SEIZIÈME
L'ÉilEUTE DE JÉRUSALEM. — L'ARRESTATION DE S. PAUL.
Paul entrait sans illusions dans Jérusalem , n'attendant qu'embûches des Juifs incrédules, que froideur de l'Église Mère. Dès son départ de Gorinthe, il faisait prier pour que son tribut trouvât bon accueil'; en route, il avait senti croître ses alarmes 2, càr chrétiens judaïsants et Juifs non convertis lui paraissaient également hostiles. Tous en effet tenaient pour avéré qu'il faisait œuvre d'apostat , que sa prédication aux Israélites en terre païenne allait à les détacher de Moïse'; chaque nouveau pas dans cette libre voie retentissant douloureusement à Jérusalem , le nom de Paul n'y inspirait plus que défiances et amertume. Au sein de cette 3 aversion générale, subsistaient néanmoins quelques 1 sympathies. Le groupe d'Hellénistes, d'où Etienne |; était sorti \ comptait encore des fidèles : ce furent 1 eux sans doute qui « reçurent avec joie ^ » l'apôtre et '•.
> Rom., IV, 30, 31.
* Act., IX, 3, 22, 24, 38; xxi, 4, 11-18. « 1(1., ixi, 21.
* Voir Saint Pierre, ciiap. iv.
» Alt., m, 17.
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lui ménagèrent, au soir de l'arrivée, quelques heures de repos et de vraie fraternité.
Le lendemain, il fallut aborder la véritable Église de Jérusalem. Paul, entouré de ses compa,^ons, se dirigea vers la demeure de Jacques, où les anciens, instruits et émus de sa présence, s'assemblaient de leur côté. L'apôtre « raconta en détail tout ce que Dieu avait fait par son ministère chez les gentils' ». Dans celte réunion privée, au milieu de pasteurs plus capables que leurs fidèles de porter la vérité, il épancha librement son âme, témoigna ce qu'il avait souffert des émissaires de Jérusalem, au prix de quelles luttes il leur avait arraché la gentilité pour l'amener à la pure foi du Christ. La joie des anciens éclata, à ce récit, aussi vive que sincère : l'Asie Mineure, la Macédoine, la Grèce, la moitié du monde convertie était une trop belle conquête pour qu'on méconnût la main de Dieu agissant avec Paul et le conduisant. Ils «e mirent en prière pour glorifier Dieu, et toutefois, ce preminr moment donné à l'action de grâces, ils ne purent réfléchir sans trouble aux paroles de l'apôtre. Qne penser de son peu d'égard au mosaïsme, de l'entier affranchissement qu'il réclamait pour les gentils? 11 importait sur tous ces points de ménager l'opinion des Juifs, convertis au nombre de plusieurs milliers. Rien qu'à voir Paul entouré des gentils qu'il avait amenés et vivant de leur vie , n'allaient-ils pas se répandre en bruyantes protestations et soulever la foule? Le plus sûr moyen de prévenir ce danger était d'obte-
> Act., III, 19.
4i5 SAINT PAUL.
nir que l'apôtre fît acte public de judaïsme : Jacques et ses frères s'y employèrent en lui suggérant une démarche qui témoignerait à la fois de son zèle pour la Loi et de sa charité pour les pauvres de la ville sainte. Nombre de ces derniers, après avoir formé le vœu de nazirat, ne savaient comment payer les sacrifices qui devaient les libérer; il leur fallait attendre qu'un riche bienfaiteur subvînt pour eux à de coûteuses dépenses'. Ces libéralités ne leur manquaient point, car les personnages opulents d'Israël se faisaient honneur d'y pourvoir : quelques-uns d'entre eux, en des occasions demeurées célèbres, avaient mis des centaines de nazirs à même de couper ensemble leur chevelun» et de cesser leur vie d'abstinence^. Les aumônes qva Paul apportait lui donnaient une apparence de ri-
1 L'Israélile, qui s'engageait par vœu à s'abstenir de toute boiston fermentée et à laisser croître sa clievelure pendant un certain nombre de jours, terminait son nazirat en offrant les sacrifices dont nous trouvons au livre des Nombres le détail suivant : « Voici la loi du nazir : au jour où le temps de son nazirat sera accompli, on l'amènera à l'entrée du tabernacle de l'alliance et il présentera •on offrande à l'Éternel, un agneau mâle âgé de moins d'un an, sans défaut, pour holocauste, et une brebis âgée d'un an, sans défaut, en sacrifice pour le péché, et un bélier sans défaut, pour l'hos cie pacifique. Il offrira aussi une corbeille de pains sans levain, des ,5âteaux de fleur de farine pétris à l'huile, et des galettes sans levain ointes d'huile, accompagnées de leurs offrandes de farine et de leurs libations .... Telle est la loi du nazir qui se sera voué, telle son offrande à l'Éternel pour son nazirat, sans les autres sacrifices qu'il pourra faire de lui-même. » Num., vi, 13-21. — Josè- Iihe, Bell, jud.. Il, iv, l. — Talmud de Jérusalem, Nazir, 1, 3.
* Jost^phe, Antiquit. Jud., XIX, vi, 1. — Bereschith rabba. c. XXI; Koheleth rabba, vn, 11. Talmud de Jérusalem, Nazir, v, b. Beracoth, vn, 2.
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chesse aux yeux des frères de Jérusalem ; elles mirent au cœur de Jacques et de ses anciens le souhait qu'il édifiât la ville sainte par quelques largesses de môme -sorto.
« Frères, lui dirent-ils , tu vois combien de milliers de Juifs ont cru, et tous sont zélés pour la Loi. Or, ils ont ouï dire que tu enseignes aux Juifs dispersés parmi les nations de renoncer à Moïse , les détournant de circoncire leurs enfants et de vivre selon les coutumes juives. Que faire donc? Infailliblement il y aura bientôt foule autour de toi, car de tous côtés ils vont apprendre ton arrivée : fais donc ce que nous allons te dire. Nous avons ici quatre hommes qui ont fait un vœu (de nazirat); prends-les, puriûe-toi avec eux, et fais les frais de la cérémonie, afin qu'ils se rasent. Tous sauront alors que rien n'est vrai de ce qu'ils ont ouï dire, et que toi aussi tu marches gardant la Loi. Quant aux gentils qui ont cru, nous en avons écrit, ayant décidé qu'ils n'ont rien de semblable à observer, si ce n'est qu'ils se gardent de ce qui est sacrifié aux idoles, et du sang, et de ce qui est étouffé, et de la fornication'. »
Nulle trace, dans les Actes, que Paul ait témoigné surprise ou répugnance à cette proposition. L'habitude de s'oublier pour ne regarder que le bien de ses frères l'élevait au-dessus de tout souci personnel. Il n'objecta point que, par cette profession éclatante de niosaïsme, il s'humiliait aux yeux de Jérusalem, démentait sa conduite, ses enseignenGtents aux païens;
1 Act., m, 20-25. ■
qu'affecter une dévotion qu'il savait vaine et stérile pouvait paraître un subterfuge. Si ces pensées traversèrent son âme fière entre toutes et délicate sur l'honneur, elles n'y eurent aucune prise; une passion plus généreuse la dominait, se faire tout à tous, afin de tout gagnera Jésus*. Paul n'était venu à Jérusalem que dans ce dessein, pour adoucir les cœurs aigris et réunir dans une fraternelle tolérance l'Eglise Mère aux chrétientés des gentils; tout moyen légitime d'établir cette concorde lui était bon. D'ailleurs, en tenant pour tel celui qu'on lui proposait, il n'entrait point en contradiction avec lui-môme, puisqu'il conseillait aux gentils de se soumettre aux observances judaïques plutôt que de scandaliser leurs frères. « Libre à l'égard de tous, écrivait-il aux Corinthiens, je me fais le serviteur de tous pour gagner plus de personnes. J'ai vécu à la juive parmi les Juifs, pour gagner les Juifs; avec ceux qui sont sous la Loi, je me suis soumis à la Loi, quoique je n'y fusse plus assujetti ^. » Plus récemment encore, nous l'avons entendu rappeler aux Romains que, la charité l'emportant sur tout, mieuxvaut s'asservir à quelque pratique inutile en soi que . d'attrister le moindre de ses frères^. C'est au nom d^ cette charité que les anciens de Jérusalem sollicitaie^ l'apôtre de participer à une cérémonie mosaïque : accepta.
Dès le lendemain, prenant avec lui les quatre fidèles
1 I Cor., II, 22.
» I Id., IX, 19-21, ' Rom., XIV et xt.
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;n'on lui désignait, il entra dans le temple, et après -ôtre purifié, il indiqua aux prêtres dans combien de ■emps les sacriGces prescrits seraient successivement
fferts pour chacun d'eux, à mesure que leurs vœux se termineraient : la puriflcation du dernier nazir ne devait s'achever que sept jours plus tard '. Paul demeura donc une semaine avec ses compagnons dans le temple, prenant part à leurs sacriGces et à leurs prières^, et :1 le fit d'âme et de cœur, en toute sincérité, car le nazirat était une des observances dont le sens mystique cadrait le mieux à ses vues habituelles de religion'. Dans cette consécration en effet où l'Israélite « se séparait pour être k rÉternel '' », tout tendait à la lutte morale tant préchée par l'apôlre *, à affranchir l'homme de la chair, « de la loi de péché et de mort^ », « à
' Le terme de ces quatre vœux différant, les sacrifices deraient iire offerts aux divers jours où chacun d'eux prenait fin , et au septième seulement pour le dernier nazir. Quelques intcriirètes confluent à tort, de ce passage des Actes, que les purifications du T^azirat duraient sept jours entiers. Rien dans les Écritures ni les traditions juives n'indique l'existence dune pareille coutume.
* Il est peu probable que Paul ait fait lui-même vœu de naziral pour les sept jours qu'il passa dans le temple, car on ne s'engageait pas à ce genre de vie pour moins de trente jours (Taimud , yazir, I, 3. — Josèphe, Bell, jud., II, xv, 1), et rien n'indique, dans les Actes, que l'apôtre ait contracté, par exception, une oi)ligation de moindre durée. II y est simplement dit qu'il se purifia (àfvKrtei;) en compagnie des nazirs, c'est-à-dire qu'il prit part à leurs ablu- «ions et à leurs sacrifices.
5 Nous l'avons vu faire, de lui-même, un vœu semblable à KencLrées. Voir chap. rx, p. 2iO.
* Num., VI, 5.
* Voir dans Philon [Opéra, vol. II, p. 249, éd. Mangey) l'explicalion mystique de cette cérémonie.
^ Rom., VIII, 2.
faire de son corps une hostie vivante, sainte, agréable à Dieu * ».
Les salles réservées aux nazirs qui se purifiaient: donnaient sur la seconde terrasse du temple, dans 1" parvis réservé aux Israélites^. Le commun des Juifs ne montait guère en ce lieu qu'aux heures des sacrifices, et fréquentait de préférence l'esplanade inférieure ouverte aux gentils. Paul ne paraît point, durant sa retraite, s'être mêlé à la foule qui allait et venait dans cette cour à demi profane ; il demeura en compagnie de ses nazirs dans le parvis d'Israël, tout entier aux cérémonies saintes, par suite respecté de tous.
Sur la fin des sept jours toutefois, des Juifs d'Asie l'aperçurent dans l'enceinte sacrée. Ces étrangers appartenaient aux SjTiagogues ennemies du Christ, donl les persécutions avaient troublé si douloureusement le séjour de Paul à Éphèse'. La crainte de Rome les avait contenus en Asie Mineure; elle les maîtrisait encore à Jérusalem, car à l'arrivée de l'apôtre en cette ville , l'ayant rencontré en compagnie d'un gentil d'Éphèse, Trophime, ils n'avaient rien osé contre lui*.
i Rom., xn, 1.
* La montagne du temple, le Moriah, offrait aux regards une suite de trois terrasses élagées. La plus basse formait une vaste esplanade où les païens avaient libre accès : de là son nom de parvis des gentils. Au nord-ouest de cette enceinte la seconde terrasse, haute dtt vingt coudées, réservée aux Juifs, portait le nom de parvis des I>raélites. Un escalier de quinze marches menait de cette seconde l'irrasse à la plate-forme supérieure, sur laquelle se trouvait le temple. Voir, pour plus de détails, notre Vie de IS'.-S. Jésus-Christ, t. I, Appendice, i.
J Act., XX, 19.
* Id.. ixi, 29.
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[Is se sentirent plus libres dans le parvis d'Israël, à la vue des inscriptions menaçant de mort tout païen qui franchissait l'enceinte sacrée '. Leur fanatisme s'y exalta; ils imaginèrent que Paul avait introduit avec lui Trophime d'Éphèse, et, tenant pour avéré ce qu'ils souhaitaient, ils coururent dans le parvis inférieur répandre que l'apôtre violait le temple. La foule soulevée les suivit; ils se jetèrent sur Paul en criant : « Au secours, fils d'Israël! Voici l'homme qui dogmatise partout contre le peuple juif, contre la Loi et ce saint lieu ; il a amené des Grecs dans le temple et profané le sanctuaire. » Toute la ville fut bientôt en émoi; de toutes parts on courait au temple. Les Asiatiques cependant avaient saisi Paul et l'entraînaient hors du parvis d'Israël ; le lieu était trop saint pour l'y tuer. Les lévites, de leur côté, redoutant une pollution du sanctuaire, les poussèrent tous dehors, sur les degrés qui menaient au parvis des gentils, et fermèrent les portes derrière eux. Ces fanatiques, tout en traînant l'apôtre, le chargeaient de coups; ils allaient l'assommer, quand des soldats romains, fendant la foule, accoururent.
1 Josèphe, Bell, jud., V, v, 2. Antiq. jud., XV, xi, 5. Une de ces inscriptions en langue grecque a été découverte par M. Clermont-Ganneau dans le mur d'une école de Jérusalem voisine de l'ancien temple d'Hérode. En voici la traduction : « Qu'aucun étranger ne pénètre au delà de la balustrade qui entoure le lieu saint et dans l'enceinte. Celui qui serait pris ne devra accuser que lui-même de ce qui suivra : la mort. » Clernionl-Ganneau, Fraudes archéologiques , p. 42. Journal officiel, 23 février 1885, p. 1006. Voir M. Vigouroux, le Nouveau Testament et les Découvertes archéologiques, chap. vu.
Ces légionnaires descendaient de la lour Anlonia, qui au nord-ouest dominait le temple '. Le tribun auquel le procurateur de Judée confiait la garde de Va ville sainte y résidait avec toutes ses troupes. Dans un centre de fanatisme comme Jérusalem, au temps des solennités religieuses surtout, cet officier vivait constamment en éveil , la main sur l'épée : « Tout Jérusalem est en bouleversement! » vint-on lui dire. Aussitôt, ramassant quelques centurions et un détachement d>' soldats, il accourut par l'escalier qui descendait de la tour au parvis des gentils '''. La foule s'apaisa à la vue des Romains , et les plus furieux cessèrent de battre Paul : l'officier, perçant droit à lui, l'arracha de leurs mains.
Ce tribun s'appelait Lysias; Grec d'origine, il avait acheté de Claude le titre de citoyen romain, et par suite ajouté à son nom celui de Claudius : naissance, profession , langage , tout faisait de lui un étranger au milieu du peuple qu'il avait charge de tenir en bride. D'où naissait cette soudaine émeute? Une seule pensée lui vint à l'esprit : quelques jours auparavant, des milliers de zélotes, entraînés par un Juif d'Egypte, avaient tenté une révolte, et s'étaient fait écraser par les légionnaires aux portes de Jérusalem ' : leur chef avait disparu, déjouant toutes les recherches. Lysias crut avoir mis la main sur cet imposteur; il le fit lier
' Josèphe, Bell, jud., V, t, 8. AntiquU.jud., XX, v, 3. ' Josèphe, Bell, jud., V, t, 8. — De Vogiié, le Temple de Jérusalem, p. 53, pi. XV el XVI.
* Josèphe, AntiquH. jud., XX, vni, 6.
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de deux chaînes \ et demanda à la foule qui il était et ce qu'il avait fait. Les uns criaienL une chose , les autres une autre; le tribun, désespérant de rien tirer de cette cohue, donna l'ordre d'introduire Paul dans la forteresse. A la vue du captif emmené par les légionnaires, le peuple, furieux de voir sa vengeance lui échapper, se précipita en criant : « A mort! à mort! •> La presse devint telle au bas àas degrés qui montaient àl'Antonia, que Paul, embarrassé de ses chaînes, ne put avancer; Lysias commanda à ses soldats de le prendre dans leurs bras et de l'emporter. Lui-même marchait près de son prisonnier; l'apôtre se penchant vers lui : «Puis-je te parler? » dit-il. « Eh quoi, reprit Lysias, tu sais le grec. N'es-tu donc pas l'Égyptien qui. ces jours passés, souleva et mena au désert avec lui quatre mille brigands? » Paul lui répondit : « Je suis un Juif de Tarse, citoyen de cette ville de Cilicie, qui n'est pas sans renom. Je t'en prie, laisse-moi parler au peuple. >» Lysias le lui permit.
Paul, s'avançant au haut des degrés , fit signe de ses mains chargées de fers qu'il voulait parler; la foule se tut :
« Frères et pères, » dit-il, car il avait reconnu des san-
• C'est-à-dire que deux garde» se placèrent à ses côtés et ne se conteatèrent pas de tenir en main les ctiaines de l'apôtre, mais qu'iis s'attachèrent par les bras aux fers passés à chaque poignet de leur prisonnier. C'était l'usage de la police romaine, auquel fait allusion le mot connu de Sénèque : a Eadem catena et custodiam et militeru copulal. » {Epist., 5.) Cf. Digeste, XLVllI, vni, 1, 12, li. — Josephe, Antiquit. jud., XVIII, ti, 7, 10. Tout soldat romain portait, entre autres objets d'équipement , une chaîne et dos courroies. Josiphe, Bell .jud., III, T 5.
hédritesaux premiers rangs, « écoutez, je vous prie, ce que j'ai à vous dire pour ma défense. » Il parlait en langue hébraïque ' ; cet égard acheva de calmer les esprits, et redoubla l'attention. « Je suis Juif, poursuivit Paul, né à Tarse , en Cilicie , mais élevé dans cette ville-ci aux pieds de Gamaliel , dans toute la rigueur de la loi de nos pères, zélé pour Dieu comme vous l'êtes tous aujourd'hui. J'ai persécuté jusqu'à la mort ceux qui suivent cette voie, liant les hommes et les femmes, et les mettant en prison. Le grand prêtre lui-même^ m'en est témoin, et tout le corps des anciens, desquels aj^ant reçu des lettres pour les frères de Damas, j'y allai, afin d'amener liés à Jérusalem ceux qui étaient là, pour qu'ils fussent punis. Mais il m'arriva, comme j'étais en chemin, et que j'approchais de Damas, que vers midi tout à coup une grande lumière venant du ciel brilla comme l'éclair autour de moi. Et je tombai sur le sol, et j'entendis une voix qui me disait : Saul 1 Saul 1 pourquoi me persécutes-tu ? Je répondis : Qui étes-vous, Seigneur? Et il me dit : Je suis Jésus de Nazareth, que tu persécutes. Ceux qui étaient avec moi virent la lumière , et ils furent saisis de crainte; mais ils n'entendirent point la voix de celui qui me parlait. Et je dis : Que ferai-je. Seigneur? Et le Seigneur me répondit : Lève-toi et va à Damas, et on te dira là tout ce que tu dois faire. Et comme le
> 11 faut entendre par là le dialecte s}ro-chaldaïque usité alors en Palestine.
* Le grand prêtre dont Paul invoque ici le témoignage était Théophile, fils d'Anne, qui occupa celte charge de l'an 37 à 42. Josèphe, Antiquit. Jud., XVIII, v, 3-, XIX, vi, 1, 2.
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grand éclat de cette lumière m'avait aveuglé, ceux qui étaient avec moi me prirent par la main et me menèîent à Damas. Or, un homme pioux selon la Loi, nommé Ananie, qui avait bon témoignage de tous les Juifs qui demeuraient là, vint à moi, et, sapprochant , me dit: Saul, frère, recouvre la vue. Et sur l'heure, levant les yeux, je le vis. Et il me dit : Le Dieu de nos pères t'a choisi d'avance pour connaître sa volonté et pour voir le Juste, et entendre de sa bouche la parole; car tu lui seras témoin auprès de tous les hommes de ce que tu as vu et entendu. Et maintenant que tardestu? Lève- toi , reçois le baptême, et lave-toi de tes péchés en invoquant le nom du Seigneur. »
Plus d'une fois , nous avons eu sujet d'admirer le sang-froid de Paul dans le péril, mais jamais nous ne l'avons vu aussi prodigieux qu'en cette occurrence. L'apûtre, échappé par aventure aux coups et à la mort, y demeure assez maître de lui-même pour garder tous ses moyens d'action sur la foule qui l'assiège. Non seulement il trouve sur l'heure les arguments les plus forts, mais il les ménage de la façon la plus propre à gagner son terrible auditoire. Quelle soudaine adresse de se présenter à ces fanatiques en zélateur déterminé de la Loi qu'ils veulent défendre ! Nul n'a poussé plus loin que lui la révérence au mosaïsme, puisque son ardeur l'entraîna jusqu'à la persécution. Si sa foi tend maintenant vers un autre objet, il n'a pas fallu moins qu'une révélation foudroyante pour en changer le cours, et même, dans cette rencontre, c'est à un observateur scrupuleux de l'ancien culte, à Ananie, révéré par tout Damas, que ce Jésus qui le terrassait a i>ris soin de l'envoyer.
L'apôtre n'avait plus qu'un dernier point à établir pour achever sa défense : montrer que s'il n'était point demeuré dans la ville sainte, tout à ses frères d'Israël, ce n'était point qu'il ne l'eût souhaité. Il avait lutté contre le Dieu de ses pères, qui l'envoyait au loin, lui représentant que , connu de tous comme persécuteur, sa conversion donnerait grand poids à sa parole ; il ne s'était incliné que devant l'ordre formel du Seigneur. C'était le point délicat de son apologie ; satisfait de s'être fait écouler jusqu'à ce moment, l'apôtre l'abordaavec une libre audace :
« De retour à Jérusalem, poursuivit-il, comme je priais dans le temple, j'eus un ravissement d'esprit, et je le vis me disant : Hâte-toi , sors au plus tôt de Jérusalem , car ils ne recevront pas ton témoignage à mon égard. Je lui répondis : Seigneur, ils savent que c'est moi qui mettais en prison et faisais fouetter dans les synagogues ceux qui croyaient en vous, et lorsque le sang d'Etienne, votre témoin, fut versé, j'étais présent, je consentais à sa mort, et je gardais les vêtements de ceux qui le lapidaient. Mais il me dit : Va, car je t'enverrai au loin vers les gentils. »
Malgré le sang d'Etienne, hardiment présenté par l'apôtre comme pour s'en couvrir, les clameurs éclatèrent au mot de « gentils » : « Enlevez-le ! criait-on, il est indigne de vivre. » La fureur, longtemps contenue , se fit jour de nouveau. Toute cette foule affolée de fanatisme hurlait et grinçait des dents; ils montraient le poing dans leur rage , jetaient la poussière en l'air, | déchiraient leurs robes et en agitaient les lambeaux. [ Lysias, voyant qu'il n'y avait plus rien à en attendre, ■,
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fit entrer Paul dans la forte^es^^e; mais n'ayant point compris son discour? , et voulant toujours savoir pourquoi l'on criait contre lui, il commanda à l'un dos centurions de lui faire donner la question par le fouet. Les soldats saisirent Paul et l'avaient déjà lié au poteau avec des courroies*, quand l'apôtre dit au centurion : « Vous est-il permis de fouetter un citoyen romain qui n'a point été condamné? » Cette parole arrêta court les exécuteurs, car le délit qu'ils allaient commettre était gTave et de conséquence-.
L'officier courut au tribun, l'avertissant de prendre garde à ce qu'il ordonnait. Grande fut la surprise de celui-ci, qui n'avait vu dans Paul meurtri et chétif qu'un Juif de la dernière classe ; il vint aussitôt : « Estil vrai , demanda-t-il au prisonnier, que lu es citoyen romain? — Oui, dit Paul. — Mais, reprit le tribun, j'ai acheté très cher ce titre'. — Et moi , je l'ai de naissance », repartit l'aputre. A ces mots, le tribun congédia les soldats : car toute atteinte à la personne d'un citoyen romain, le seul fait de le lier au poteau, constituait un délit''; une loi très humaine défendait même
1 L'instrument de torture employé dans la question, pour arracher l'aveu d'un crime, était non les lanières de cuir que désigne le mot ToT; t[iâ(nv, mais le fouet hérissé de pointes et de balles de plomb : « horribili flagello. » Horace, 1 Satine, m, 119. Et-ùv [xârrTiîiiv «vEtâ^EuSai a'jTOv. Act., xxii, 2i.
* Les lois Valéria et Porcia défendaient, sous les peines les plus sévères, de frapper de Tcrgcs les citoyens romains. Valère Maxime, IV, I, 1. — Tite Live, x, 9.
3 Le titre et les privilèges de citoyen romain furent, selon 1ns temps, vendus très chers ou à vil prix. Dion Cassitrs, lx, 17.
* n Facinus est vincire civem Roinanam, scelus verberare. » Cicéron, In Verr., II, v. ro.
de commencer aucune procédure par les tourments' : Lysias sentait sa responsabilité. Comment se justiOer devant le gouverneur? Quelle explication lui donner d'une affaire qui soulevait toute une ville sans qu'aucune charge fût produite?
Le lendemain, toujours embarrassé, il essaya de s'éclairer en confrontant Paul avec le sanhédrin. Ordre donc fut donné aux princes des prêtres et à tout le conseil de s'assembler, et Lysias, ayant délivré le prisonnier de ses chaînes , le présenta lui-même au tribunal'. Ananie^, le grand prêtre, présidait cette cause judiciaire*; c'était un des pontifes les plus scandaleux de
1 « Non essea tormentisincipiendum divus Âugustus constituit. » Digeste, xlviii, 18, 1.
^ Le sanhédrin ne s'assembla pas évidemment dans son antique liea de réunion, la salle en pierre taillée {le Gazith), située entre le parvis des prêtres et celui des Israélites (Mishna Sanhédrin, II, 2; Pea, m, 6; Middoth, v, 3, 4). Lysias et ses soldats n'eussent pu pénétrer dans cette enceinte réservée; le gouverneur de Judée lui-même ne s'y fût point hasardé. Depuis trente-huit ans il avait pris l'habitude de siéger à la porte du temple (Sabbatk, 15 a; Àboda Sara, 8 b).
' Ananie, fils de Nébédée, élevé au souverain pontificat par Hérode, roi de Chalcis, occupait ce poste depuis dix ans. Déposé peu avant le départ du procurateur Félix , il n'en garda pas moins une grande influence dont il ne se servit que pour satisfaire se» passions. Il mourut assassiné par les sicaires. Josèpbe, Antiquit. jud., XX, V, 2; VI, 2; viii, 8; II, 2. Bell, jud.. Il, xvii, 9, — Talmud de Babylone, Pesac/iim, 57 a; Kerithouth, 28 a.
* La présidence du sanhédrin n'appartenait pas de droit au grand prêlre. mais était confiée à celui des soixante et onze membres de I assemblée que les sufTrages de ses collègues désignaient (Kitto, Cyclopœdia, Sawuedrim). D'après le Talmud de B'dhyloBC (Sabbatk, 15 a), celte fonction, déférée par acclamation à Hillel, resta héréditaire dans sa famille. Mais ce ne fut là pour eux qu'un titre hono-
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cf^tle époque : avare, rapace, d'une sensualité prover biale, il ne reculait devant rien pour satisfaire ses payions, y employait au besoin le poignard des sicaires. 11 appartenait à cette famille d'Anne « aux sifflements de vipères' », qui avait condamné Jésus. L'injustice hautaine , les violences mêmes , lui étaient coutumières; elles ne se ûrent guère attendre. A peine l'apôtre, regardant fixement le conseil, eut-il prononcé ce peu de mots : « Frères, jusqu'à cette heure, je me suis conduit en toute bonne conscience devant Dieu. . . — Frappez-le sur la bouche, » cria Ananie. Paul frémit sous l'insulte. Ses yeux affaiblis distinguaient mal d'où venait cet ordre ; il vit seulement qu'il partait de quelqu'un des pontifes, reconnaissables à leurs blanches robes' : « Muraille blanchie, répondit-il. Dieu te frappera à ton tour. Tu es assis là pour me juger selon la Loi , et contrairement à la Loi , tu ordonnes de me frapper. — Oses-tu bien maudire le grand prêtre de Dieu? » dirent les assistants. Paul s'excusa : « Je ne savais pas, frères, que ce fût le grand prêtre^, car il est
ri&que, car nous voyons constamment les grands prêtres, depuis l'ère chrétienne, présider et diriger le sanhédrin. Act., v, 17 el «UÎT.; VII, 1; II, 1 et 2; IXII, 5; XXOI , 2, 4; XXIV, 1. — Josbjilie, Antiquit. jud., XX, x. Contr. Àpp., n, 23, etc.
' Pesachim, 57 a.
* Les grands prêtres, même sortis de charge, gardaient encore leur titre et continuaient de porter la robe blanche. Josèphe, Bell, jud., IV, m, 10.
' Nous avons dit ailleurs {Saint Pierre, ch. x, p. 233, éd. in-8», p. 209, éd. in-12) en quel discrédit était alors le souverain pontificat. Les grands prôlres se succédant rapidement, déposés tantôt par les Roinainî, tantôt par les HéroJes, le peuple donnait plus d attention aux rabbis illustres qu'à ces lévites dégradés. On conçoit
dit: Tu ne diras pas Je mal du chef de ton peuple'. » Cette adresse à citer et à respecter l'Écriture ramena vn peu de calme dans l'assemblée : les débats s'engagèrent alors. Au témoignage de Lysias', ils portèrent principalement sur les obligations légales : vainement Paul y opposa ses révélations et la parole de salut qu'il avait mission de porter à tous ; il ne put rien gagner sur des esprits entêtés de haine et de vengeance. Par bonheur, la discussion tourna à quelques points particuliers de la foi juive, à la résurrection, au monde des anges et des esprits^. Ces croyances, rejetées par les Sadducéens, demeuraient chères aux Pharisiens : l'apôtre en sut tirer habilement parti pour les opposer les uns aux autres, sans cacher d'ailleurs ses préférences : « Frères, s'écria-t-il , je suis Pharisien, fils de Pharisien. De quoi m'accuse-t-on ici? Est-ce d'espérer en la résurrection des morts? » Cette profession, soulevant une violente querelle dans l'assemblée , en mit une partie de son côté : « Nous ne trouvons aucun mal en cet homme, dirent plusieurs Pharisiens. Et que sait-on si un esprit ou un ange ne lui a pas parlé? »
Lysias suivait ces débats si étranges pour lui , protégeant J'apotre de sa présence, mais sans parvenir,
que Paul , absent depuis longues années de Jérusalem , n'ait point connu le grand prêtre alors en charge. A la vérité, quelque insigne extérieur distinguait probablement ce haut dignitaire des pontifes qui l'entouraient; mais la vue de Paul, malade et afEaiblie, ne lui permit point de faire ce discernenient.-
' Exod., XXII, 28.
» Act., XXIII, 29.
» Id., xxiu. 6-8.
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comme il l'avait espéré, à démêler ce qu'on lui imputait. Une seule chose devenait évidente, c'est que, !ans le tumulte, Paul risquait d'être mis en pièces par es furieux qui l'entouraient. Recommençant la malœuvre de la veille , il fit entrer ses soldats et leur commanda d'enlever le captif pour le mener à la forteresse.
Los forces de l'apôtre s'étaient affaiblies durant ces mortelles journées. Au soir de la seconde, seul dans l'Antonia, pensant au\ haines qui l'assiégeaient, il subit une des défaillances auxquelles il était sujet quand des mains amies ne venaient point le soutenir. En pareille occurrence , l'Église entière veillait et priait avec Pierre ' ; rien de tel pour Paul : les fidèles de la ville sainte croyaient faire beaucoup que de le supporter sans rompre avec lui ; leurs pasteurs eux-mêmes témoignaient grande réserve ; nulle trace qu'ils l'aient assisté dans celte terrible épreuve. Mais le Seigneur, pour qui Paul souffrait, n'avait pas cessé de lui « suffire ' » : il lui apparut la nuit suivante : « Aie bon courage, dit-il; comme tu m'as rendu témoignage à Jérusalem, ainsi faut-il que tu me rendes témoignage dans Rome^. »
Dès le lendemain, l'effet de cette promesse commença de se produire. Les zélotes étaient demeurés la rage au cœur d'avoir vu les soldats de Rome pénétrer dans le sanhédrin et sauver leur victime. Plus de quarante d'entre eux se réunirent au point du jour.
' Act., III, 5.
=« H CoT., m, 9.
* Act., XXIII, 11.
et s'engagèrent par serment , sous d'horribles anathèmes,à ne manger ni ne boire qu'ils n'eussent tué l'apôtre. Ils n'hésitèrent pas à rendre les princes des prêtres et les anciens du peuple complices du forfait en réclamant leur concours : « Vous, maintenant, ajoutèrent-ils, priez le tribun, au nom du sanhédrin, dé faire descendre cet homme demain au milieu de vous, comme si vous vouliez examiner plus exactement son affaire; avant qu'il approche, nous serons prêts pour le tuer. »
Un complot tramé de la sorte n'est pas pour demeurer secret; le bruit en vint aux oreilles d'un neveu de Paul, fils de sa sœur, et habitant Jérusalem. Ce jeune homme, sans doute chrétien, courut à l'Antonia et se fit admettre, en qualité de parent, auprès du prisonnier, auquel il conta la nouvelle. L'apôtre, appelant un des centurions, lui dit : « Conduis ce jeune homme au tribun, il a quelque chose à lui dire. » L'officier l'emmena et le conduisit près de Lysias. « Paul, le prisonnier, m'a appelé, dit-il, il m'a demandé de l'amener ce jeune homme qui a quelque avis à te donner. » Le tribun , prenant ce dernier par j la main, le tira à part : « Qu'as-tu à me dire? » Le^ jeune homme répondit : « Les Juifs se sont entendus] pour te prier de faire descendre Paul demain devant' le sanhédrin comme s'ils voulaient connaître plus exactement de son affaire. N'y consens pas, car plus de quarante d'entre eux lui dressent des embûches : ils ont fait vœu, avec de grandes imprécations, de ne manger ni boire qu'ils ne l'aient tué, et ils sont maintenant prêts, n'attendant que ta promesse. »
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Lysias congédia le jeune homme avec défense de découvrir à personne qu'il lui eût donné cet avis. Son parti était pris : mettre Paul hors d'atteinte en l'envoyant à Gésarée, et se décharger sur le gouverneur de la Judée d'une affaire inextricable. Appelant aussitôt deux centurions, il leur donna ses ordres avec autant de précision que de prudence : « Préparez deux cents légionnaires, soixante-dix cavaliers et deux cents hommes d'infanterie légère ' ; qu'on y joigne des ch>^vaux de rechange pour monter le prisonnier et le mener sûrement au gouverneur Félix. » Tout devait être prêt vers la troisième heure de la nuit (neuf heures du soir), car Lysias craignait que les Juifs, prévenus, n'enlevassent Paul sur la route, ne le tuassent, et qu'après cela lui-même fût accusé d'avoir reçu de l'argent pour le leur livrer^. Le tribun, ayant ainsi pris toutes ses mesures, écrivit au procurateur la lettre suivante
1 Ae^oXâëoi. La significatioa de ce mot est incertaine. La Vulgate le traduit par lancearios; les versions syriaques nàT jaculator es . jaculantes dextrd (îe^oSéXow;, leçon de l'Alexandrinus] ; Suidas Phavorinus par iiapa?y).axE;, officiers de police. D'après Meursius [Glossarium Grscobarbarum), ce terme désigne les licteurs militaires chargés de la custodia mililaris, c'est-à-dire de garder les prisonniers en attachant à leur main gauche la chaîne rivée a'i poignet droit du captif (napà tô XaSeîv n^v toO Ssctixîou SeÇtiv). Ce qui résulte de vraisemblable, de ces explications diverses, c'e>i qu'il s'agit de fantassins armés à la légère et par là plus aptes qn. Us légionnaires aux promptes manœuvres de la police.
* Leçon d'un manuscrit en lettres cursives (137) adoptée dans Li Vulgate. Le soupçon de se laisser corrompre exposait les magistrats ro. nains à de graves dangers. Celer, convaincu de s'être laissé acheter par les Samaritains, avait payé de sa vie cette prévarication. Josèphe, Àntiquit. jud., X\. vi, 3. Bell, jud., II, xii, 7.
i> Claudius Lysias , au 1res exctîTenl gouverneur Félix, salut! Les Juifs s'élant saisis de cet homme, et étant sur le point de le tuer, je suis arrivé avec des soldats et je le tirai de leurs mains , ayant appris qu'il est citoyen romain. Afin de savoir ce qu'on lui reprochait, je l'ai fait descendre devant leur conseil; mais j'ai trouvé qu'il n'était accusé que de certaines choses qui regardent leur loi , sans qu'il y eût en lui aucun crime qui méritât la mort ou la prison. Sur l'avis qu'on ma donné que les Juifs dressaient des embûches pour le tuer, je te l'ai aussitôt envoyé, commandant en même temps à ses accusateurs d'aller proposer devant toi ce qu'ils ont à dire contre lui. Salut M »
A l'heure fixée, l'escorte sortait de la forteresse. On marcha toute la nuit assez rapidement pour atteindre, vers le matin, la plaine du Sharon et Antipatris*. Les chemins de montagne, partie dangereuse de la route, étaient dès lors franchis ; d'Antipatris à Gésarée , en rase campagne, une tentative d'enlèvement ne paraissait plus à craindre^. Les quatre cents hommes d'in-
1 Cette missive est un Téritable rapport judiciaire, ce que les légistes romains appelaient l'eZo(?iUW. Digeste, xlviu, 3, 6;xlix, 16, 3. Daremberg, Dictionnaire des antiquités, Elocilh.
^ Le village de Kefr Saba indique l'emplacement et garde l'ancien nom d'Antipatris, Capharsaba (KaSapJaSi ; Josèphe, Antiquit. fiid., Xllf, IV, 1 ; XVI , V, 2). « Deux voies romaines menaient de Jérusalem à Anlipatris : l'une passait par Gibéon et Bétboron 'Josèphe, Bell, jud., ii, 19; viii, 9); l'autre par Gophna {Bihlio- Ibeca sacra, 1843, p. 481 et sq.). Il est impossible de décider laquelle de ces routes prit l'escoîte qui eminenait l'apôtre. » Robinson, Biblical researches, t. Jil, p. 138, 139.
' A Anlipatris d'aiileurs, on (Hait plus qu'à moitié de la route d«
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fanterie, devenus inutiles, reprirent le jour même la route de Jérusalem , laissant aux cavaliers seuls le soin de conduire le captif à Césaréo.
Quelques jours avaient suffi pour réaliser les tristes présages qui assaillaient Paul au sortir de cette ville : il y rentrait chargé de fers , qui ne devaient tomber que quatre ans plus tard. Heureuse captivité toutefois . et souvent bénie de l'apôtre, car elle allait le contraindre , à ce qu'il n'eût jamais osé de lui-même , à évangéliser deux années entières l'église de Pierre et la capitale du monde 1
Jérusalem à Césurée. L'Itinéraire de Jérusalem donne les distances suivantes : Civifas [<icopoU,lH. {ilUa) XXII. ; Civitas Lidda, M. X.; Mutatio AntipafrUla, M. A'.; Mutalio Betthar, M X Civitas Cxsarea, il. XVI.