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Saint Paul épitre aux Romains

Des obligations professionnelles m'ont oblige trois fois, depuis une quinzaine d'années, à prendre pour sujet de cours l'Epitre aux Romains. Si j'avais conçu d'avance le projet d'en écrire le Commentaire, j'aurais été détourné par les difficultés du sujet. Le premier contact fut écrasant. Ce n'est pas que malgré tout, et dès l'abord, ces pages fermes et ardentes ne dégagent une admirable lumière. Mais plusieurs questions m'ont paru et me paraissent encore malaisées à résoudre. L'église à laquelle Paul s'adresse était-elle composée en majorité de gentils ou de Juifs convertis? A-t-il voulu lutter contre des influences judéo-chrétiennes existant à Rome? La justification est-elle seulement une déclaration de justice ou une infusion de justice, ou comment peut-elle être les doux? Le don de la justice résultant clairement de la pensée de Paul, comment expliquer le chapitre iv où la justice parait imputée? Les raisons opposées à la Loi mosaïque ne tendent-elles pas à exclure toute loi positive de la vie chrétienne ? Puisque l'Apôtre ne traite directement, à propos des gentils et des Juifs, que de l'appel à la grâce, qu'en conclure pour la doctrine de la prédestination? Et ces points embarrassants ne touchent qu'à la façon dont Paul argumente ; il faudrait y ajouter les difficultés traditionnelles de la doctrine.

Il faudrait y ajouter aussi celles que soulèvent les auteurs récents, sur les rapports de saint Paul avec l'hellénisme, quant à sa langue, à son style, même quant à sa mystique. Pourtant ce dernier ordre de recherches avait quelque chose de provocant. Si l'on pouvait trouver dans un bon commentaire catholique, celui de Cor-

IV AVAXT-PnOPOS.

nely par exemple, la réponse aux préoccupations anciennes, il y avait intérêt à compléter ses démonstrations en montrant, dans Texégèse indépendante, un retour vers l'exégèse catholique sur les débris de l'exégèse luthérienne.

Le commentaire de l'Épître aux Romains par Luther, en 1515- 1516, est vraiment le point de départ de la Réforme. Elle s'est établie sur la négation de la justice intérieure et de la réalité efficace des sacrements, cause instrumentale de la grâce. De nombreux critiques modernes nés dans le protestantisme, professeurs dans des universités qui se disent protestantes, avouent que Paul a été mal compris. Ils continuent à exalter le génie de Luther, mais ce génie s'est exercé à propos de l'Epître aux Romains par des contresens exégétiques. Il y avait intérêt à insister sur ces points au moment où l'on va célébrer, sans doute avec éclat, le quatrième centenaire des débuts de la religion prétendue réformée.

Mais la tâche n'en dcA^enait que plus ardue, et plus les matériaux s'accumulent, plus il est difficile de les classer. Cet embarras se fait sentir de plus en plus dans l'exégèse. Il est d'autant plus sensible dans l'Epître aux Romains qu'elle constitue un véritable traité dogmatique, et que le principal soin de l'exégète doit toujours être de dégager les grandes lignes de la doctrine et de marquer l'enchaînement des déductions. Pour y parvenir sans détriment pour l'explication philologique, quelques savants ont scindé le commentaire, en présentant séparément une explication succincte de la pensée, en forme de paraphrase plus ou moins développée [Sanday et Headlam, KuJd), et séparément l'analyse des mots et des phrases. On pourrait encore mettre à part la mention des variantes et un compte rendu des anciennes opinions {Covnely). De plus le commentateur catholique ne peut négliger tout à fait la Vulgate. Cette fois Cornely a pris le parti de bloquer; en réalité il explique le texte grec; c'est le seul fondement de son commentaire; mais il a soin de le retraduire en latin en corrigeant la Vulgate.

Quel parti prendre?

Il m'a paru que la critique textuelle s'est tellement développée qu'elle constitue une science pour ainsi dire séparée, et dont les résultats généraux sont acquis. Je me suis contenté de traiter des

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