‹ Saint Paul épitre aux RomainsChapitre 26 sur 94 · La justificatiox par la foi fut déjà le fait d'Abraham · texte numérisé non relu

La justificatiox par la foi fut déjà le fait d'Abraham

1) ευρηχΕναι placé après ημών dans la tradition syrienne (K etPes/i.) a amené l'exégèse : « qu'a trouvé Abraham selon la chair? « qui s'est maintenue chez les latins. Mais ευρ^ζ^ναι avant Άοοαάα est attesté par l'accord des autres textes. L'omission dans Β et deux autres mss. n'est pas assez appuyée (contre Lietz.) et s'explique par la diiRculté du mot. D'après Lipsius, SH., c'est un objectant qui prend la parole, et Paul répond au v. 2 αλλ' où, κτλ. Mais il serait trop dur de couper l'argumentation du v. 2 (cf. infra). C'est donc Paul qui parle tout le temps, se posant à lui-même des questions, comme depuis m, 27, et, spécialement ici, au point de vue juif. Cependant même un juif n'aurait pas demandé ce qu'Abraham avait trouvé selon la chair, voulant dire « en recevant la circoncision ». Λ la question : « Quel est donc l'avantage d'Abraham selon la chair? » on répondrait : « aucun ! mais Abraham n'a pas cherché cela ». Il faut donc très naturellement joindre « notre pèi'e selon la chair » ; cf. Rom. I, 3; ix, 3. 5; I Cor. x, 18. « Selon la chair » n'est pas inutile; nous ne sommes pas encore au thème de la paternité spirituelle d'Abraham. Paul se met bien dans la pensée d'un juif. Abraham, type le plus accompli de la justice, a sûrement trouvé grâce devant Dieu. Comment lui appliquer le nouveau mode expliqué au chapitre précèdent?

Nous mentionnerons seulement pour mémoire la construction proposée par quelques exégètcs allemands et encore soutenue par Zahn. Il lit : « Que dirons-nous donc? Que nous n'avons trouvé dans Abraham un ancêtre que selon la chair? » Il faudrait sous-entendre ήμΐς, et pour aboutir à une impasse, car on ne peut rattacher cette phrase à ce qui suit. Dans les trois cas où Paul détache un τί ουν εροΰαεν suivi d'une proposition invraisemblable, il répond par un υ.Ϋι γένοιτο (vi, 1; vu, 7; ix, 14).

2) Les mots ont leurs dilUcultès, puis la construction.

ΐίρίΤΓ,Ε AUX r.OMAINS, IV, 2. 83

Γάρ, de l'aveu g-énéral, ne lie pas d'une causalité stricte. Ce n'est guère plus que « en effet »: une simple liaison du discours.

έοί/.αιοίθη ne se rapporte évidemment pas au moment où Abraham a comparu devant Dieu pour être jugé, non plus qu'à un jugement d'entrée dans les biens messianiques. Il s'agit d'un moment de la vie d'Abraham caractérisé par l'Écriture. Le sens de déclaré juste dans un jugement solennel qui convenait à II, 13 est donc exclu ici. On peut l'entendre au sens de reconnu juste, à savoir par l'autorité de l'Ecriture. Justin : ουδέ γαρ Άβραάα δ-.ά τήν περιτο^λήν δίκαιος εΐναι υπό του Θεοΰ ε^Ααρτυρτ^Οη, άλλα δ;ά τήν πίστιν (Dial. XCII, 3). Cependant nous prouvons plus loin, p. 125 ss., que διζαιοΰσθαι peut avoir le sens de « devenir juste » et ce sens conviendrait peut-être ici; on peut se glorifier d'être reconnu juste, mais combien plus d'être devenu juste! d'autant que εξ 'έργων aurait aussi son plein sens, devenir juste en accomplissant des œuvres. — καύ/ημα peut signifier glorification, presque comme καύ/ηαις (m, 27). Cependant il est incontestable que cette dernière forme exprime mieux l'action. Il est donc possible que καύ/η[χα signifie seulement un litre à l'honneur. Cette nuance n'a pas grande importance pour le sens.

Venons à la construction de ce verset qui suppose nécessairement qu'on pressent déjà le verset suivant. D'après Origène, Chrysostome, Augustin, Thomas etc., le raisonnement est celui-ci, très clairement énoncé par Aug. : Ait apostolus : Certe notiini est nobis et manifestum quia Abraham ad Deuin liahet gloriam; et si ex operibus iustificatus est Abraham, hahet gloriam, sed non ad Deum : ad Deum autcm habet gloriam; non ergo ex operibus iustificatus est. Voilà pour le côté négatif de la question. Voici pour le v. 3 : Si ergo non ex operibus iustificatus est Abraham, unde iustificatus est? Loquitur, et dicit unde : Quid enim Scriptura dicit? id est, unde dicil Scriptura iustificalum Abraham? Credidit aulem Abraltam Deo, et reputatum est illi ad iustitiam. Ergo ex fide iustificatus est Abraham (in psalm. xxxi, P. L. XXXVI, 259).

La difficulté de ce système, c'est qu'on doit sous-entendre qu'Abraham a de quoi se glorifier auprès de Dieu, ce qui n'est guère en harmonie avec ΙΠ, 27. Dans le système de la foi, la glorification est exclue.

Tous les modernes (sauf Zahn), même Cornely, Prat, Toussaint, aboutissent à la même conclusion essentielle que les anciens, mais en expliquant la construction autrement. L'objectant suppose comme une chose évidente que tout le monde rend gloire à Abraham pour ses œuvres. Paul ne le nie pas, et c'est pourquoi il emploie la forme positive ε/ει καύ/ηαα au lieu de l'hypothétique : εΐ^εν αν καύ•/η[Λα. Mais il ajoute cette restriction : αλλ' où προς Θεο'ν.

Quelques-uns [Soden] mettent un point après καύ/ημα. On supposerait que le début du verset appartiendrait à un objectant : Paul prendrait ici la parole et dirait vivement : mais il n'a pas lieu de se glorifier auprès de Dieu ! Cette tournure assez compliquée ne s'impose pas. 'Αλλά est l'apodose de la conditionnelle ει, dont il restreint le sens, comme dans Platon [Lach. 183 a) : ει δ' εκείνους ελελήΟει, αλλ' οΰ τούτους γε... λέλ7^θεν. On SOUS-entend naturellement έ'/ει. Corn, a répondu par un syllogisme à celui de saint Augustin : Si Abraham ex operibus iustificatus est, habet unde glorietur; ai non habet unde glorietur apud Deum... ergo ex operibus iustificatus non est.

Dieu. 3 Que dit en effet l'Ecriture? « Abraham a cru en Dieu, et

L'argument tient sans une confirmation que Corn, a cru devoir y ajouter et qui ne porterait pas. A la place où nous avons mis des points, il y a dans son texte : (προς θίον S. Aug. l. c. significandus : ad Deum, i. e. adversus Deum). Mais on a vu qu'Augustin ne donnait nullement à ad le sens a' adversus; ce n'est point non plus le sens de -^ος avec /αυ/άσΟαι, et si ces mots ne sont pas synonymes de καυ/ασθα; Iv Θεω, ils disent la même chose que καυχασθαι Ινώπιον του Θεού. On peut donc entendre προ'ς favorablement; cf. ooi'(iv) σοι ό Σάραπις κα'ι ή 'Ίτις επαφροο',σίαν "/.άριν , αορφήν προς τον βασιλέα καΐ τ/^ν βασίλισσαν [Ραρ. D Lcid. 11 ; cf. Κ Leid. 10, apud Herwerdex, Lexicon, verbo μορφ>5). De même dans Xénophon {Comm. I, ii, 61) : Σωκράτης και -pô; τους άλλους άνθρώ-ους κο'σαον τ^ "όλει παρεΓ/ε.

On peut donc préférer apud de la Vg. au ad de saint Augustin, et, en tout cas, ce dernier ne doit pas être synonyme de adversus. Mais gloriationein ou unde glorietnr rendrait mieux καύ/,τ-,αα que gloriani.

3) Ici γάρ a toute sa valeur ; qu'Abraham n'ait pas de glorification auprès de Dieu, cela résulte d'un texte formel.

La citation est empruntée à Gen. xv, 6, textuel sauf Άβραά;χ pour Άβράα ci oi dans Paul au lieu de καί dans nos éditions; mais comme οε' convient moins au contexte de Paul, c'est donc qu'on a corrigé dans les mss. des LXX le texte primitif grec pour obtenir plus de ressemblance avec l'hébreu. De plus, dans l'hébreu, le second verbe est à l'actif, non au passif : « et il crut lahvé [grec, syr. Vulg. en Dieu), et il lui compta cela comme justice ». C'est presque l'expression de satisfaction que lahvé accorde à ceux qui observent la loi (Dt. VI, 25; xxiv, 13); il n'est pas directement question de la justification première d'Abraham, mais du mérite de son acte de foi, mérite tel qu'il équivaut à une œuvre parfaite. L'acte de foi porte sur la i30stérité d'Abraham qui doit posséder le pays de Canaan. Depuis longtemps déjà il se conduisait en fidèle serviteur de lahvé. La traduction grecque rend assez bien le sens, malgré le passage de l'actif au passif, είς δίκαιοσύνην n'est point une locution hébraïque (contre Cornely); on trouve dans Xénophon : yoy]- [χατα... ε•ς άργύριον λογισθεντα [Cyr. III, ι, 33) « biens... valant en argent... ». La préposition εις pourrait paraître un simple équÎA'alent de l'hébreu S après ΖΧΰΆ, comme dans les cas suivants : έλογίσατο αύτην ΊΙλεΙ εις μεθύουσαν (Ι Regn. Ι, 13); έλογίσατο αβυσσον εις περί-ατον (Job, XLI, 23 [24]); ελογίαθη αύτω ε?ς δίκαιοσύνην (Ps. cv [cvi], 31); το Χερμελ είς δρυμον λογισΟ^Ισεται (Is. χχΐχ, 17; XXXU, 15), mais εις se trouve aussi sans S, tant la tournure paraissait exacte pour indiquer une équivalence, par exemple : τα νοαιμα αυτών είς αλλότρια έλογίσθησαν, où ε?ς remplace Λ'ίζζ (Os. νιιι, 12), et εις ούΟέν έλογίοΟησαν, où rien ne représente 'Λς (Is. XL, 17).

Dans aucun des textes qu'on vient de citer, la mise en compte, l'enregistrement d'une valeur ne suppose un défaut de proportion entre ce qui est fourni ou qui paraît tel et l'estimation. On peut se tromper, comme dans le cas d'Héli, mais nulle part le déficit de la prestation n'est constaté pour être comblé. La même formule est appliquée à Phinéès pour un acte de zèle (Ps.

ΕΡηΠΕ AUX ROMAINS. IV, ,) . bO

cv, 31). Le sens de la Genèse n'est donc certainement pas que la foi a permis d'imputer une justice absente, ni que la justice a été donnée en retour de la loi. Mais le texte n'aurait-il pas pris un sens ditVérent dans le contexte de Paul? On sait que les Luthériens appuient sur ce verset leur justice imputée : Abraham crut en Dieu et cette foi suffit pour que Dieu le déclarât juste sans qu'il le fût. C'est insérer ici un système aussi contraire au bon .sens qu'à la doctrine de Paul. Le P. Cornely, lui, introduit dans le texte une doctrine catholique et paulinienne, quand il dit en parlant de la foi d'Abraham : ici est a benignissinio Deo ita acccptata, ut illitis respecta altius donum (iustitiam) ei conferret et in eius rationes inferrct. Cette doctrine, si juste qu'elle soit en elle-même, est trop étrangère à la Genèse pour être le premier sens que Paul a vu dans ce verset. On s'appuie pour l'établir sur le sens de λογίζεσΟα^ plus loin. Mais ceci appartient aux vv. 4 et δ, qui commencent par os, non par γά•:. Nous avons le droit de prendre le verset 3 comme ayant une double portée : c'est la preuve qu'Abraham a été dit juste à cause de sa foi, non à cause de ses œuvres; c'est aussi le point de départ d'un raisonnement qui cherche dans les termes mêmes de l'Ecriture l'explication de la manière dont la justice a été acquise. Mais puisque la pensée de Paul est en mouvement, le devoir de l'exégète est de fixer avec précision chacun des moments de cette pensée. Au \. 3 nous n'avons aucune explication sur la manière dont Abraham a acquis ou reçu la justice, nous savons seulement que lorsque Dieu l'a déclaré juste, ce fut en suite de sa foi, non en suite de ses œuvres. Si Paul s'était arrêté au v. 3, on ne pourrait dire rien de plus. L'explication la plus exacte de la portée de son texte comme preuve de sa thèse principale est dans des textes analogues des Jubilés, à propos de l'action de Siméon et de Lévi à Sichem. Cette action « leur fut (comptée) pour justice, et cela est consigné en leur faveur par écrit pour justice... ». Et spécialement de Lévi : « Ainsi on écrivit comme un témoignage en sa faveur sur les tables divines, bénédiction et justice devant Dieu » [Jubilés, xxx, 17 et 19i. Seulement Paul remplace l'action par la foi. C'était donc la foi qui comptait, non les œuvres. La thèse du chap. m s'appliquait donc à Abraham. Mais en même temps un problème était soulevé ; d'où venait celte justice qui ne s'était pas faite par les œuvres? C'est le problème qui occupe Paul dans les versets suivants, et pour la solution duquel il se sert, en les glosant, des termes mêmes du v. 3.

Avant d'y arriver, disons un mot de la traduction latine : et reputatum est illi ad iustitiaiu. La tournure grecque λογίζβσΟα: il- ne pouvait pas sans inconvénient être traduite trop littéralement en latin. Par exemple Gen. xv, 6 eût dû être rendu et computavit id ei pro instilla ou iustitiam. S. Jérôme semble avoir évité ailleurs une transcription trop littérale. Dans les textes cités ci-dessus il a traduit : aestitnavit ergo eam Heli temulentam (Regn.) ; ncstimabit abyssuin quasi senescentem (Job); quae velut allenae coinputatae sunt (Os.); quasi niliilum... reputatae sunt (Is. xl, 17), mais cependant : in saltuin reputabitur (Is. xxix, 17 et xxxii, 15). Le traducteur de la Sagesse : ε•ς /.ίβοηλον ελογίσΟηίΑεν αΰτω, tanquam nugaces aestiniati sumus ab illo (Sap. ii, 16). Ordinairement cependant ε'.; est représenté dans l'ancienne latine par in, Ps. cv (cvi), 31; Sap. m, 17; ix, 6, sauf précisément dans le cas de Gen. xv.

86 ΕΡΙΤΓ.Ε AUX nOMAINS, IV, 4-5.

cela lui fut compté comme justice. » ^Or, à celui qui a des œuvres, le salaire n'est pas compté par faveur, mais selon ce qui est dû, •' tandis que celui qui n'a pas d'œuvres, mais qui croit en celui

6, reproduit I Macch. v, 52 et imité pour Phinéès, Ps. cv (cvi), 31, où l'ancienne latine a employé ad. C'est probablement parce que la tournure avait acquis droit de cité, surtout pour Abraham, et à cause de l'usage du N. T., que Jérôme a traduit Gen. xv, 6, credidit Abram Deo et reputatum est illi ad iustitiam, en serrant l'hébreu beaucoup moins qu'il ne le faisait d'ordinaire. L'ancienne latine, du moins dans son état primitif, portait, soit dans la Genèse (contre Sabatier], soit dans Romains : deputatum... ad iustitiam et non reputatum (de même le traducteur d'Irénée [IV, v, 5]; s. Cyprien, Ep. LXIII). On peut regretter le changement, d'autant qu'on a abusé de ce reputatum dans le sens luthérien : Reputatio enim eius non in nobis nec in potestate nostra est. Ergo nec iustitia nostra in nobis est nec in potestate nostra (Luther, Commentaire de 1515, II, p. 104). Reputare suggère l'idée de « regarder comme », tandis que deputare même avec ad signifie « mettre au compte de » : sanctae animae ad gloriae augmenta députant quidquid contra earum meritum accusator ingesserit (Ennodius. Opusc. 7, 4, dans Tlies.). TertuUien a toujours employé deputare et jamais ad : Abraham Deo credidit, et iustitiae deputatus ab illo est [De patientia, vi) ; quando credidit Abraham Deo, et deputatum est ei in iustitiam [Monog. vi) ; Si enim Abraham Deo credidit et deputatum est iustitiae [Adv. Marc, v, 3).

4 et 5). Nous avons tenu à laisser au v. 3 son sens propre. Du Λ'erbe XoyiÇeoGac on ne fera jamais sortir le don de la justice. Car ni en lui-même, ni dans l'emploi qu'en fait Paul, ce Acerbe ne signifie marquer à l'acquis plus qu'on n'a reçu; cf. Rom. ii, 26 : « son prépuce vaudra circoncision », sera vraiment l'équivalent de la circoncision; Rom. ix, 8 : « ceux-là sont estimés pour la race », sont la vraie race; Act. xix, 27 : « sera réduit à rien ». Mais ce qui ne sortait pas du verbe lui -môme pouvait sortir du verbe employé dans une certaine circonstance, c'est-à-dire quand il n'y avait pas d'œuvres. Paul ne se livre pas à un puéril midrach sur un mot, il table sur la conclusion déjà acquise : la justice mise au compte d'Abraham sans qu'il ait fait d'œuvres... Que doit-on dire en pareil cas? οέ indique à sa façon qu'il s'agit moins d'expliquer le texte qui précède (ce qui exigerait γάρ), que de tabler sur tout ce qui précède. Paul distingue deux façons de mettre au compte, soit qu'on ait rempli des obligations contractées, et c'est λογίζεσθαι •/.ατά (5φείλη[Αα^ soit que le maître ou le patron tienne quitte, et alors c'est λογίζεσΟαι κατά yapiv. La comparaison parallélique est parfaitement satisfaisante, et ce serait introduire arbitrairement une idée nouvelle que de suppléer οίοοται après όφΐίληρια. Il y a parabole et non pas allégorie; il est inutile de se demander si la récompense représente la justice ou le bonheur céleste. Nous savons seulement que dans le cas des œuvres il y a règlement do rigueur. Mais nous savons aussi que ce n'est pas le cas d'Abraham.

Le verset 5 amène un cas qui est précisément celui d'Abraham, puisqu'il ne comporte pas d'œuvres. Si l'antithèse eût été poussée selon un parallélisme

ÉPITUli AUX ROMAINS, IV, G. '^'^

qui rend juste l'impie, sa foi lui est comptée comme justice; ^' c'est ainsi que David proclame heureux l'homme auquel Dieu compte une justice qui n'a pas d'œuvres :

exact, on allait à cette conclusion : mais, quand l'ouvrier n'a pas travaillé, le compte est reconnu juste par une pure faveur. Mais, comme il arrive souvent, Paul a déjà en vue l'acte qu'il avait voulu éclaircir par une coniparaison, il quitte le terrain de la comparaison pour expliquer que celui qui n'a pas les œuvres, c'est quelqu'un qui ne peut que recourir à Dieu pour obtenir le compte de faveur. Il semble qu'en même temps sa pensée s'éloigne d'Abraham pour aborder le cas le plus scabreux, celui qui par conséquent mettra le mieux en relief les traits de sa doctrine. Oui, l'impie lui-même, s'il croit en celui qui peut rendre juste l'impie, on pourra dire de lui que sa foi lui est comptée comme justice, ce qui revient à dire, si Dieu no ment pas, que Dieu a donné la justice. On voit que nous donnons à δικαιοΠντχ le sens « rendant juste ». Il s'impose en effet. Car οικαιοω à l'actif ne peut signifier pardonner : il faut que ce soit déclarer juste ou rendre juste. Que Dieu déclare juste celui qui est impie, c'est une proposition blasphématoire. Mais de plus quand se ferait cette déclaration? dans quel jugement solennel? Si on disait que Dieu déclare juste l'impie, non pas en lui-même, mais parce qu'il le voit couvert par la justice de Jésus-Christ, ce serait toujours contraire à la doctrine de Paul, qui admet une justice intrinsèque, mais où y a-t-il le moindre indice de cette doctrine dans ce chapitre relatif à i'A. T.? Il faut donc comprendre que Dieu a le pouvoir de rendre juste celui qui ne l'est pas, et qu'il en use. Pour mieux établir l'accord des deux Testaments, Paul a choisi une formule qui rappelle ni, 26.

Notons aussi que cette fois λογίζεσΟχι suppose à lui seul une faveur, mais c'est en raison du contexte, et avec le sujet « la foi ». « La foi est comptée comme justice », signifie : la foi est tout ce que demande Dieu en donnant la justice. Aussi bien la pensée va toujours en avant, au lieu de remonter en arrière, et ces mots sont moins l'explication du ύ. 3 qu'ils ne sont une proposition prouvée par ce qui suit pour son sens particulier.

Dans la F^' . on préférerait que λογίζ^τΟαι soit toujours rendu par deputari, au lieu de imputari, reputari. Effacer secundiim propositum gratiae Z)eÎ(WW.,i.

6) Ce verset se lie étroitement au précédent. David ne vient pas là pour son exemple personnel, mais comme auteur inspiré, parlant au nom de. Dieu, et auteur des psaumes. Le [i.a-/ap'.7[j.dç n'est pas « le bonheur », mais presque « une déclaration de bonheur, une félicitation »; cf. Clém. R. l, 7. Paul aurait dit aussi bien ;ϋΐ.7.•/.αρ{ζει: sa tournure est seulement un peu plus solennelle. — Les protestants ont appuyé sur ce verset leur ju^ice imputée. S. Paul établit simplement que l'on peut être juste sans les œuvres, par le cas sans réplique de celui qui vient d'être pardonné. Puisque Dieu par la bouche de David le déclare heureux, c'est donc qu'il est juste, ou, d'après les termes de la citation de la Genèse, qu'il lui compte justice où il n'a pas d'œuvres.

Le Vg.-Clém. met un point avant siciit (de même WW.); c'est rompre

" « Heureux ceux dont les iniquités ont été remises, et dont les péchés ont été recouverts; ** heureux l'homme auquel le Seigneur ne compterait pas de péché! »

^ Cette félicitation donc s'applique-t-elle aux circoncis ou bien aussi aux incirconcis ? en effet nous disons : « la foi d'Abraham lui fut comptée comme justice ». "J Gomment donc a-t-elle été comptée?

l'enchaînement de la phrase. Elle a rendu cette fois λογίζετα•. par accepta fert, « il porte en compte » comme suffisant.

7 et 8) Ps. XXXI (xxxii), 1 et 2. Soden lit w ού et non oZ οϋ, qui est moins euphonique, mais a pour cela même plus de chances d'être original.

Cornely tient beaucoup à mettre en scène DaAid pécheur repentant. Mais la théologie enseigne qu'après le pardon les anciennes œuvres revivent. L'argument de Paul serait-il meilleur ainsi? En réalité, David, comme psalmiste et au nom de Dieu, déclare heureux celui dont les péchés sont pardonnés. C'est donc qu'il est juste aux yeux de Dieu, sans les œuvres. L'exemple d'Abraham prouvait mieux le côté positif de la question, que Dieu déclare juste celui qui a la foi, sans tenir compte de ses œuvres comme telles; l'exemple du pécheur justifié prouve mieux le côté négatif, qu'on peut être juste sans les œuvres. Cependant la foi est supposée, au v. 5, ce qui prouve la liaison des idées de 5 à 8.

Les péchés remis, les péchés couverts, les péchés non imputés, sont différentes manières de dire que le péché n'existe plus aux yeux de Dieu. Dire avec les luthériens qu'il existe encore, c'est supposer que Dieu use d'une fiction pour ne pas en tenir compte ou le recouvre pour ne pas le voir !

Imputabit (WW). est plus près du grec que imputavit; lire imputaret.

Page 1