‹ Saint Paul épitre aux RomainsChapitre 88 sur 94 · Salutations particulières · texte numérisé non relu

Salutations particulières

3-5») En tête de ceux qu'il veut être salués, Paul place Prisca et Aquila. Les noms sont latins. Gela est évident pour Prisca, le seul nom qu'emploie Paul (dans I Gor. xvi, 19 Vg.-Ciém. Priscilla, mais d'après \V\V. Prisca), et ipour Ρ riscilla qu'emploient les Actes (Act. xviii, 2. 18). Άχύλας n'est qu'une transcription d'Aquila, comme le prouve la forme Ά/.υΓλας [Thés, latin). Aquila étant un Juif du Pont (Act. xviii, 2), il est probable qu'il a pris ce cosnomen, lui ou un de ses ascendants, au service d'une famille romaine. Rien n'autorise à donner une condition beaucoup plus relevée à sa femme, qui fabriquait des tentes avec lui. Si elle est nommée la première ici et II Tim. IV, 19 et Act. xviii, 2, cela peut être à cause de son ascendant personnel et de plus grands services rendus aux églises ; ailleurs elle est au second rang (I Gor. xvi, 19 et Act. xviii, 2. 26). Paul rencontra le couple à Gorinthe (Act. xviii, 2), venant d'Italie, parce que Claude avait chassé les Juifs de Rome. Ensemble ils se rendirent à Éphèse (Act. xviii, 18) où Aquila et

*eux qui ont exposé leur tête pour me sauver la vie, auxquels je ne suis pas seul à rendre grâces mais toutes les églises des gentils, ^et [saluez] aussi Téglise qui est dans leur maison. Saluez Épaene-

Prisca se fixèrent et installèrent une église dans leur maison; si bien que Paul salua les Corinthiens de la part de tout ce groupe (I Cor. xvi, 19). Quand Paul écrivait II Tim. ils étaient à Éphèse (II Tim. iv, 19).

On en a conclu qu'ils n'avaient pas eu le temps dans l'intervalle de revenir à Rome et d'y fonder une église. Mais, pour avoir une église chez soi, il suffisait d'être en mesure de recevoir des fidèles (Col. iv, 15; Philem. 2) et d'avoir du zèle pour les instruire si c'était nécessaire, comme Aquila et Prisca l'avaient fait pour Apollo (Act. xviii, 26). Aquila et Prisca, venus de Rome, devaient être tentés d'y retourner et ce qu'il faudrait plutôt expliquer, c'est leur présence plus tard à Éphèse. Mais les Juifs se déplaçaient alors très facilement. M. de Rossi a cru trouver des indices de leurs attaches avec l'église de Rome; mais cela est sans importance pour la question de savoir s'ils y sont revenus, car personne ne nie qu'ils en étaient Avenus et, d'autre part, étant à Éphèse quand Paul écrivait II Tim., ils y sont peut-être morts.

Quant à la circonstance dans laquelle ils se sont exposés pour Paul, on ne peut rien avancer qui soit seulement probable. Paul a couru tant de périls ! Sur la tournure « offrir le cou », cf. dans les papyrus d'Herculanum : [Οπερ?] τοΰ μ,άλιστ' αγα~ωρ.ένου των αναγ/.αίων ή τών φίλων παραβάλοι αν ετοίμως τον τράχ^ηλον, cité par Deissmann, Licin vom Osten, p. 81. Des amis si fidèles devaient être disposés à aller avant lui à Rome, où ils avaient laissé d'autres amis, pour lui préparer les voies, sans se vanter de ce qu'ils avaient fait pour lui. C'est ce que Paul met en relief, et ce qu'il n'eût pas eu besoin de dire à Éphèse, où tout le monde savait quels étaient leurs rapports. II est aussi tout à fait dans l'esprit de lépître aux Romains de relever la dette contractée par toutes les églises des gentils, donc même celle de Rome, envers ces deux Juifs [Zahn).

Dans la Vg. on effacerait volontiers la parenthèse avec WW.

S**) Επαινετός, ancien nom grec, très répandu à Athènes, à Corcyre, dans l'Italie méridionale (Tarente), en Sicile. On le trouve à Éphèse peu après Alexandre {CIG. 2953 b). En latin Epnenetus, à propos d'un éphésien, à Rome : Dis man. Epaeneti (sic) Epaeneti f. Ephesio, I. Munius Priscianiis amico suo [CIL. VI, 3, 17171); cf. Epaenitus, adorateur de la Mère des dieux {CIL. IX, 734). Quoique le nom n'ait rien de mythologique, je ne sache pas qu'on cite uti Juif l'ayant porté. Celui de Paul était sûrement gentil, les prémices de l'Asie, comme Stéphanas était les prémices de l'Achaïe (I Cor. XVI, 15), c'est-à-dire le premier converti dans la province romaine d'Asie qui avait Éphèse pour capitale. Paul ne dit pas qu'il ait été converti par lui, et il se pourrait qu'il l'ait été par Prisca et Aquila qui exercèrent leur zèle à Éphèse avant que Paul y fût installé (Act. xviii, 26). Zahn estime qu'Epainetos et tous ceux qui sont nommés jusqu'au v. 13 étaient du groupement de l'église de Prisca et d'Aquila. Ce n'est vraisemblable que du premier.

Ce titre de prémices d'Asie serait plus significatif si Paul écrivait à Éphèse

tos, mon aimé, les prémices de l'Asie [offertes] au Christ. ^'Saluez jNIarie, qui prit beaucoup de peine pour vous. '' Saluez Andronicos et Junia, mes parents et mes compagnons de captivité, eux qui sont si considérés parmi les apôtres, qui même ont appartenu au Christ

(cf. pour Stéphanas I Cor. xvi, 15), mais surtout dans le cas où il recommanderait de lui obéir. La simple allusion à sa conversion peut n'être qu'une recommandation auprès des Romains. Sur l'importance de ces premiers convertis, cf. Clém. Rom. xm, 4 : χατά /ώρας ouv /.oà πόλεις κηρύσσοντες... καΟιστανον τάς άπαρ•/άς αΰτων, δοκΐ[Αάσχντες τω πνεύιχατι, εις Ιπισχο'-ους κα\ διακόνους των [μελλόντων πίστεύειν (cité par Λ7/. ).

Dans la Vg. à-ap/rj était delibatio dans xi, 16; au lieu de primitivus, lire primitiae comme I Cor. xv, 20. 23; et in Christum au lieu de in Cliristo.

6) Μαριάμ serait un nom hébreu simplement transcrit, mais cette leçon, presque uniquement antiochienue, est rejetée aussi par Soden qui lit Μαρίαν. Ce peut être un nom hébreu hellénisé; Zahn suppose que Paul n'a pas dit que Marie était juive parce que le nom le disait assez clairement. Pourtant ce peut être aussi le nom d'une personne d'orig^ine païenne, et alors le nom est certainement romain, fém. de Marius, très peu répandu en Orient. Il ne figure pas dans les Indices de Ditt. {Or. et Syl.); dans le CIG. (sauf les noms chrétiens) on ne trouve que le n°5319 (Cyrène) et 6337 (Rome). Dans les Inscr. grâce. XIV, il figure au n° 1833 qui est peut-être de Rome et au n° 1883 a qui en est certainement. Dans l'épigraphie latine, CIL. VI, 22223, cité par SH., unit deux noms de notre liste : D. M. Mariae Ampliatae...; cf. CIL. VI, 4394 (de la maison de César); XII, 1567 (taurobole de Die en France); plusieurs Maria dans la Prosopographia. — Cette Marie avait précédemment (έκοπίασεν, aor.) beaucoup travaillé; on ne sait en quelle manière. Pour qui? si on lit εις ήμα; (la recension antioehienne, mais non Pes., plus les correcteurs de Ν et de C et quatre mss. de la recension H de Soden, deux mss. importants de Vg. [D et W] in nobis) avec Zahn, elle a travaillé pour l'Apôtre et ses amis, ce qui rentre bien dans le thème de ses recommandations, et on devrait la tenir pour une juive venue d'Orient. Mais la leçon είς υμάς doit être préférée d'après les autorités mss., de sorte que l'origine de cette Marie demeure incertaine, d'autant que le nom hébreu de Marie n'était pas aussi répandu qu'on pourrait le croire d'après les femmes de l'Évangile; Josèphe ne cite qu'une Μαρία [Bell. VI, m, 4); pour l'Italie, dans une revue qui contient 146 numéros, Berliner [Geschiclue der Juden in Rom, I, 77 ss.) ne cite qu'un cas en grec et un en latin (d'après Zahn).

Dans la Vg. lire in vos au lieu de in vobis.

7) Άνδρόνικον, nom grec sans signification mythologique, porté par un juif dans Josèphe [Ant. XIII, m, 4); en latin Andronicus {CIL. IX, 6219), juif de Venouse. Nom fréquent parmi les atlranchis. SH. citent CIL. VI, 5326 qui contient deux noms de notre liste dans les columbaria : Dis manibus. C. Iulius Hernies... C. Iulius Andronicus conlibertus.

avant moi. ^ Saluez Ampliatus, mon aimé dans le Seigneur.

— Ιουνίαν, leçon de tous les mss. grecs; il n'y a donc pas à tenir compte de la variante Julia [Jérôme, VII, 763; Ambrst., mss. de Vg. etc.), si ce n'est comme témoignage que Jérôme et Ambrst. ont pu regarder Junia comme une femme apôtre, aussi bien que Chrysostome. Il est possible que nous ayons ici Ίουνίας ou Ίουνιας, nom abrégé de lunianus sous sa forme grecque Ίουνιάνος, mais si le nom est assez fréquent, l'abréviation n'a pas été rencontrée, de sorte que le plus prudent est de s'en tenir au nom féminin lunia. Andronicus et Junia seraient donc mari et femme.

Ils sont συγγενείς de Paul, ce qu'on entend généralement « Juifs », comme IX, 3. Mais, dans cet endroit, le sens est expliqué par le contexte, tandis qu'ici il est tout naturel d'entendre « parents ». Sinon il faut être logique (comme Ktihl) et regarder comme non-Juifs tous ceux que Paul ne donne pas comme συγγενείς, ce qui est impossible pour Prisca et Aquila et même pour Rufus et sa mère. D'autre part, Gornely notant qu'il faudrait donner à Paul beaucoup de parents dans cette liste (cf. v. 11 et 21), dont quelques-uns originaires de lieux fort distincts comme Jason de Thessalonique (Act. xvii, 5 ss.) et Sosipatros de Beroé (Act. xx, 4), voit dans les συγγενείς des Benjaminites. Mais les Romains auraient dû deviner ce sens spécial que rien n'indique. Il s'agit plutôt de la parenté orientale très large, qui peut comprendre des centaines de personnes, dispersées sans perdre le souvenir de leur origine commune, une sorte de clan. — Quand Andronicus et Junia ont été en captivité avec Paul, c'est ce qu'on ne sait pas. — Ils étaient επίσημοι εν τοις Άποστόλοις, ce que toute l'antiquité a entendu : « distingués parmi les apôtres », et c'est en effet le seul sens possible. Gornely et Zahn traduisent « estimés par les apôtres », pour la seule raison que le tilre d'Apôtres était réservé aux douze. Notre passage est un de ceux qui prouvent qu'il y avait deux acceptions de ce mot : les apôtres par excellence, et d'autres personnes consacrées à l'apostolat. Andronicos et Junia avaient été convertis avant Paul; il est donc probable qu'ils appartenaient d'abord à l'église de Jérusalem (γεγοναν, Sod. γεγονασιν).

La Vg. nobiles in apostolis ne peut être entendue que : nobiles inter praedicatores (ou plutôt apostolos) avec Thomas (qui lisait Juliam).

8) Ampliatus, d'après le Thés. : nomen cognomenve crebrum servorum et liumilium, in usu ab ineunte I p. Chr. saeculo, creberrimum in média Italia, multo rariiis in provinciis. On le trouve à Ephèse, CIL. III, 436 : Ampliatus successi. Aug. lib. verna vixit annis XVIII mens. IIII. H. S. Il est très fréquent à Rome. SH. et Zahn indiquent de plus d'après de Rossi [Boll. Arch. Crist., Ser. III, vol. 6, 1881) un rapprochement positif. Dans le cimetière de Domitille une chambre sépulcrale contient deux inscriptions dont l'une, AMPLIAT[I]) indiquerait le fondateur; l'autre nomme un Aurel. Ampliatus, sûrement descendant du premier. La seconde inscription est de la fin du ne siècle, mais la première peut être du F^ Il est plausible d'admettre que c'est l'Ampliatus dont parle Paul qui a été enseveli au cimetière de

'•Saluez Urbanus, notre coopérateur dans le Christ, et Stachys, mon aimé.

10 Saluez Apellès, qui a fait ses preuves dans le Christ. Saluez

Domitille. — Ampliatus est cher à Paul dans le Seigneur, ce qui suggère mais ne prouve pas qu'il l'ait connu personnellement.

Sod. lit Άμ-πλίαν contre les autorités les plus anciennes.

La Vg. a dilectissimum au lieu de dilectum.

9) Urbanus, nom romain, très fréquent dans les inscriptions latines. L'inscription CIL. VI, 4237, citée par SU., a : Urbanus Ltjdes Αιΐίζ. l. dispens. immiinis dat Hermae fralri. Donc deux des noms du ch. xvi. Pour un autre affranchi d'Auguste, cf. Dessau, 1815 : d. m. M. Ulpius Aug. lib. Urbanus adiutor ah auro geminato etc. — Paul ne dit pas συνεργόν μου comme au v. 3 mais τόαών, comme si sa coopération avec Urbanus étaient moins personnelle; ne serait-il coopérateur de Paul que par le bien qu'il fait aux Romains?

— Στά/υς (épi), nom grec, en latin Stachys. CIL. 8607 nomme un Stachys, esclave de César, qui a fait une tombe à son frère affranchi de Trajan. On peut citer encore à Rome VI, 14537, 28120.

Dans la Vg. omettre Jesum avec WW.

10) 'Απελλής, le nom grec du célèbre peintre, assez commun, passé en latin sous la forme Apella, puis Apelles; employé par les Juifs; Horace, Sat. I, v, 100 : Credat ludaeus Apella. On peut citer entre autres à Rome CIL. VI, 9183 : L. Calpurnio Daphno argentario macelli niagni, Ti. Claudius Aug. l. Apelles et Asconia Quarta propinquo carissimo fecerunt. La sculpture du cippe représente un homme vêtu d'une tunique, tenant d'une main une petite corbeille et de l'autre un poisson. Sans insister sur ce poisson pour faire de cet Apelles un chrétien, on peut noter que celui-ci était contemporain du nôtre. Ce dernier avait fait ses preuves comme chrétien (δόχιμον εν Χριστώ); Paul le savait éprouvé, mais ne dit pas qu'il l'ait connu.

— τους Ix των 'Αριστοβούλου indique ceux qui appartiennent comme esclaves ou même comme affranchis à un certain Aristobule, ou même ceux qui lui ont appartenu, car une maison gardait une certaine homogénéité même après la mort du maître ou patron. Comme Paul ne salue pas Aristobule, il faut que celui-ci ne soit pas chrétien ou qu'il soit mort auparavant; cf. pour Onésiphore II Tim. i, 16; iv, 19.

'Αριστόβουλος (en latin Aristobolus) est un très ancien nom grec qui jouit chez les Juifs d'une grande fortune, surtout dans la famille des Asmonéens et des Hérodes. Pour trouver sous l'empire un Aristobolus païen d'un rang élevé, il faut descendre jusqu'au proconsul d'Afrique vers 290. L'opinion de Lightfoot qui fait de notre Aristobule un prince juif vivant à Rome est donc vraisemblable. Mais lequel? Aristobule, frère d'Agrippa P•", mourut comme simple particulier [Bell. II, XI, 6), et l'on peut conjecturer que ce fut à Rome, car s'il était en Palestine sous Caligula [Ant. XVIII, vin, 4), c'est probablement à Rome qu'il a su gagner la faveur de Claude {Ant. XX, i, 2). Cette mort survint entre 45 et 48 ap. J.-C, d'après Walter Otto {Herodes, dans Pauly- Wissowa), donc

ceux de [la maison] d'Aristobule. '' Saluez Hérodion, mon parent. Saluez ceux de [la maison] de Narcisse, qui appartiennent au Seigneur. '2 Saluez Tryphaena et Tryphosa, qui prennent peine dans le Seigneur. Saluez Persis, l'aimée, qui prit beaucoup de peine dans

une dizaine d'années avant la lettre aux Romains. Le neveu du précédent, fils d'Hérode de Ghalcis, fut nommé par Néron souverain de la Petite Arménie en l'an 54 (Tac. Ann. XIII, 7 ; Jos. Bell. II, xiii, 2 et Ant. XX, vni, 4). Il a pu laisser à Rome une partie de sa maison, peut-être sous la direction de son troisième fils Aristobule {Ant. XVIII, v, 4). De ces trois Aristobule Zahn et SH. désignent le premier; on voit en tout cas que le choix ne fait pas défaut. C'est sûrement à Rome qu'on a le plus de chance de trouver un Aristobule d'un rang élevé.

La Vg.-Clém. ajoute pour la clarté domo, rayé parWW. De même au v. 11.

11) Ήρωδίων n'a pas été trouvé; mais le nom désigne un affranchi d'un Hérode; si Paul le cite après la famille d'Aristobule, n'est-ce pas un indice qu'il y était rattaché de quelque façon, et n'est-ce pas une confirmation de l'hypothèse qui rattache Aristobule à la famille des Hérodes?

— Νάρκισσος, nom grec d'une fleur, mais célèbre dans la mythologie; a-t-il été porté par des Juifs? Depuis très longtemps ce Narcisse est identifié avec le célèbre affranchi et ministre de Claude qu'Agrippine fit périr à l'avènement de Néron (oct. 54), environ trois ans avant que Paul écrivît aux Romains. Sa maison, très considérable, devint sans doute la propriété de l'Empereur, mais ce n'était pas une raison pour qu'elle perdît son individualité, et l'on retrouve plus tard des Narcissiani. La restriction τους δντας έν Κυρίω dit plus explicitement ce qui est déjà indiqué à propos de ceux d'Aristobule, que tous n'étaient pas chrétiens, sans insinuer pour cela que la maison de Narcisse fût plus considérable. D'ailleurs quoique Νάρκισσος soit grec, Narcissus fut beaucoup répandu. On citera CIL. VI, 9492, mari d'une Prisca : T. Cloelio Narcisse lanario de vico Caeseris (sic), Marcia Prisca uxor fecit (Rome).

12) Τϋύφαινα et Τρυφώσα, noms grecs, indiquant la délicatesse et même la mollesse. Formés d'après la même racine, ils ont probablement été donnés à deux sœurs. Τρυφώσα, qui passe pour plus rare (Lietz.), a été trouvée trois fois à Magnésie du Méandre. Les deux noms sous leur forme latine ont été trouvés à Rome dans les columbaria du temps : CIL. VI, 4866, D. m. Varia Tryphosa; 5035, D. m. Tryphaena Valeria; 5774 etc. Ces deux personnes prenaient encore actuellement (κοπιώσας) beaucoup de peine pour les intérêts de la foi.

— Πέρσις est un nom grec d'esclave ou d'affranchie, originaire de Perse. Le nom est rare. SH. citent CIL. VI, 32959 : Dis manib. Persidi L. Vedus Mithres uxori. C'est surtout à Rome qu'affluaient les esclaves d'origine étrangère; dans un seul columbarium on trouve Dardanus, Afra, Siculus, Cappadoca, Gilicissa, Sura (quater), Thraecida, Bilhynicus, Medus, Suebus, Germanus {CIL. VI au no 6343). Cette Persis semble avoir été connue personnellement de l'Apôtre; ses travaux, qui avaient été considérables, remontaient à une époque antérieure.

le Seigneur. '^ Saluez Rufus, cet élu dans le Seigneur, et sa mère, qui est aussi la mienne. ''* Saluez Asyncritos, Phlégon, Hermès, Patrobas, Hermas, et les frères qui sont avec eux. ^ ' Saluez Philologos et Julia, Néreus et sa sœur, et Olympas, et tous les saints qui sont avec eux.

13) Τοϋφος est le latin rufus; Τοΰφος se trouve en Orient, mais ordinairement associé à des prénoms ou à des noms latins. Rufus est extraordinairement fréquent comme nom de personne huinilis, d'esclaves ou d'all'ranchis. Paul connaissait la mère de ce Rufus depuis longtemps puisqu'il la nomme sa mère. La mère et le lils étaient donc venus d'Orient. On sait que Simon le Cyrénéen était père d'Alexandre et de Rufus d'après Me. xv, 21. Si l'on songe que l'évangile de Marc fut très probablement écrit à Rome, on jugera très vraisemblable que le Rufus de Marc, nommé à cause de sa notoriété dans la communauté chrétienne, est le même que celui de Paul, qui occupait un rang distingué (Ικλεκτόν). D'après nos usages occidentaux, on supposerait que la mère de Rufus a quelque peu servi de mère à Paul, donc dans son enfance ou sa jeunesse; mais l'Oriental donne plus aisément le titre de mère à une femme plus âgée.

14) Les cinq noms qui suivent sont grecs.

Άσύνχριτος « incomparable » (?) est fort rare; Asyncretus est le nom d'un affranchi d'Auguste, CIL. Y\, 12565 : D. M. Asyncreto Au<^. lib. fecit Flavia Successa patrono bene merenti. Le nom de Flavia suggère une époque un peu postérieure, du moins pour les funérailles à'Asyncretus (SH.).

— Φλέγων « ardent », nom de chien dans Xénophon {Cyn. VH, 5), et nom d'esclave. On le trouve dans la maison de César, CIL. VI, 8965 : P/degon ex paedagogio Caesaris.

— Έρ[Αης, nom mythologique ultracommun, columbaria, Priène, Magnésie etc.

— Πατροβας (pour Πατρο'βιος) ne se trouve que CIG. 6864 venant de Venise, mais d'origine inconnue. Dans IG. XIV, 1741, un Πατρόβιος à Rome. On a en latin Ti. Claudius Patrobius, donc affranchi de Néron à Rome, CIL. VI, 15189. Un affranchi de Néron qui portait ce nom fut mis à mort par Galba (Tac. Hist. I, 49; II, 95).

— Έριχίζ, soit forme secondaire d'Tpu.TÎ;, soit abrégé de noms commençant par 'Ep;i.. — Fréquent comme nom d'esclave en Orient, et à Rome sous la forme Herma plutôt que Hermas; on peut citer CIL. VI, 8121, dans les columbaria, parce qu'il réunit deux noms de cette liste : L. Abuccius Nereus L. Abuccio Hermae lib. suo dédit ollas duas.

On dirait que ces cinq personnes formaient un groupe, puisque d'autres étaient spécialement avec eux, moins connus. Etaient-ils esclaves ou affranchis de la même personne?

WW. lisent Phlegonta, Ilermen et Hermain.

15) Φιλόλογος, nom grec; on peut citer des columbaria CIL. VI, 4116 et 6215 : Philologus cellarius ex conlegio commorientes ; cf. 6308.

^β Saluez-vous les uns les autres par un saint baiser. Toutes les églises du Christ vous saluent.

— Ιουλία, nom romain, extrêmement courant à Rome, columbaria etc. et très répandu même en Orient.

— ^ΐρεύς, nom mythologique, cité au v. 14 dans les columbaria; de même CIL. VI, 4344, un Germain.

— Όλυιιπα;, forme contractée, peut-être de Όλυαττιοδωρο:, et rare sous cette forme courte. On peut citer un Olympas affranchi de l'empereur [CIL. VI, 536 et 30786 [la même], Rome?). Le nom eût pu être porté par un Juif, ayant à peine une saveur mythologique ; Όλυα-ιάς était le nom d'une fille d'Hérode le Grand (Jos. Bell. I, xxviii, 4 etc.i.

On dirait encore ici d'un groupe; Philologos est peut-être le mari de Julia, Nérée et sa sœur leurs enfants ; d'autres leur étaient associés d'une certaine façon.

La Vg. Olympiadem peut être l'ace. d'Olympias, nom féminin, mais aussi a! Olympiades, masc.

16) Cf. I Cor. XVI, 20; II Cor. xiii, 12; I Thess. v, 26; et I Pet. v, 14. Le •moment tout désigné pour se donner une marque de charité fraternelle était la réunion liturgique. Aussi voyons-nous le baiser échangé régulièrement après les prières dès le temps de s. Justin [Apol. I, 65 : αλλήλους φιλτ{[ΐα7ΐ άσ—αζο'αίθα -αυσάαΞνοι των ευ-/ων).

La deuxième phrase du ν. est propre à l'épître aux Romains. Paul parle au nom de toutes les églises. La meilleure explication de ce fait, c'est que l'église de Rome était pour toutes les autres l'objet d'une vénération particulière.

Note sur les noms des personnes saluées par Paul (δ-1δ).

A la suite de Lightfoot, Sanday-Headlam, Zahn, Lietzmann, et en les mettant largement à contribution, nous avons indiqué des rapprochements entre ces noms et ceux des inscriptions de Rome. D'après Deissmann [Licht vom Osten, p. 201, note 1), cela n'a pas plus déportée que si l'on tenait les noms de AVilhelm, Friedrich, Luise, pour spécifiquement berlinois d'après les pierres tombales de Berlin, car les noms de l'épître se trouvent partout sur les bords de la Méditerranée. Mais personne sans doute ne les a donnés pour spécifiquement romains.

L'argument est tout autre. Pour l'établir, il n'est même pas nécessaire de parcourir les inscriptions au nombre de plus de 30.000 qui sont contenues dans le vol. VI du Corpus inscriptionum latinarum, toutes d'origine romaine. Sans un index — et l'index manque toujours — ce serait un travail énorme et sans grand intérêt. Les recherches de Lightfoot se sont concentrées avec raison surtout sur les numéros 3926- 8397 recueillis dans des columbaria appartenant tous au i" siècle. On

EPITRE AUX ROMAINS, XVI, 5-i5. 371

y trouve presque tous les noms cités par Paul . C'est assurément remarquable. On peut cependant élever deux objections.

La première, c'est que ce nombre d'inscriptions est encore considérable, et que nulle part ailleurs on n'a chance de tomber sur un pareil choix de rapprochements. Mais précisément les inscriptions sont l'image de la réalité. Si l'on en trouve plus à Rome, c'est que nulle part ailleurs la population n'était aussi dense, comprenant des personnes venues de tous les points du monde romain et d'au delà. La liste de Paul contient en effet des noms juifs comme Maria peut-être et sûrement Hérodion; des noms grecs en grand nombre, et des noms latins comme Aquila, Prisca, peut-être Maria, Junia, Ampliatus, Urbanus, Rufus, Julia, Elle contient aussi des noms rares, comme Persis, Asyncritos, Patrobas, Olympas. Où avait-on chance ailleurs qu'à Rome de trouver tous ces éléments réunis?

Mais ici la seconde objection se présente. Si Paul salue ces personnes, c'est qu'il les a connues. Or il n'a pu les connaître qu'en Orient; c'est là qu'elles ont pris leur nom; qu'importent les analogies romaines? Elles importent comme indice d'un confluent. D'abord rien ne prouve que Paul ne salue pas des personnes célèbres à Rome pour leurs bonnes œuvres, dont il aurait entendu parler sans les avoir encore rencontrées. C'est même le plus grand nombre, si l'on range dans cette catégorie tous ceux dont il n'indique pas les rapports avec lui. Mais supposons qu'il les a tous connus ; il est tout à fait probable que ce n'est pas au même endroit. Toutes les villes évangélisées par Paul ont pu fournir ces noms, mais le problème se pose de nouveau : est-il vraisemblable qu'ils ont été réunis dans une ville autre que Rome? Voici, à titre d'échantillon, les noms que fournissent les inscriptions de Priène : 'Ανδρόνικος, 'Απελλής, 'Αριστόβουλος, 'Επαινετός, Έρμης, Φιλόλογος : aucun des noms rares, aucun des noms latins. Magnésie du Méandre donne 'Ιουλία Έφ(εσία), Στά/υς, 'Αριστόβουλος, Νάρκισσος, Τρυφώσα, Έρμης et Ρουφος, le seul nom latin, d'ailleurs très commun ; Στάχυς est relativement rare. Les Inscriptiones graecae de l'Italie et de la Sicile (t. XIV) sont plus riches, justement à cause de Rome : Άκυλάς (Naples), Πρεισκα (Rome), Junia, PriscilÎa (Naples), Επαινετός (Taormine), Μαρία (Rome), 'Ανδρόνικος fréquent, Ίουνία (Rome), Άμπλιατος (Rome), 'Απελλής (Sicile), 'Αριστόβουλος (Taormine), Νάρκισσος fréquent, ΤρυφαΤνα (Capoue), 'Ρουφος souvent, Ερμής et Έρμας souvent, Πατρόβιος (Rome), Ιουλία très fréquent; Άσύνκριτος ne figure dans V index que par erreur, c'est un nom commun (1318).

Éphèse contenait assurément une population plus dense et plus mélangée que Priène ou Magnésie; mais était-elle autant que Rome apte à devenir le point de réunion de ces Grecs, de ces Latins, de ces Juifs, dont quelques-uns ont des noms rares? C'est quelque chose que de les montrer presque tous en fait à Rome à la même époque.

1" Je vous recommande, frères, de prendre garde à ceux qui causent les dissensions et les scandales, à Fencontre de l'enseigne-

A ces vraisemblances indirectes se joint l'argument direct tiré des noms dAmpliatus, des maisons dAristobule et de Narcisse, et de Rufus. Pour chacun de ces personnages il y a une raison de le retrouver à Rome, Ampliatus comme chrétien ayant laissé un certain souvenir, Aristobule et Narcisse comme personnages ayant eu à Rome des maisons, Rufus à cause de l'indication de INIarc. Pris isolément, ces rapprochements ne donnent qu'une probabilité minime. Mais cette probabilité augmente si l'on met les quatre cas dans la balance. La solution romaine est en harmonie avec tous les quatre. C'est quelque chose.

Mais pourquoi tous ces Orientaux ont-ils afflué à Rome? D'abord, répétons-le, rien ne prouve qu'ils étaient tous orientaux. Et si l'on admet que Paul ne les a pas tous connus dans la même ville, ce qui paraît très clair pour Epaenetos, Andronique et Junie, Rufus et sa mère, c'est à Rome qu'ils avaient le plus de chance de se rencontrer, les uns à cause de son attraction, pour divers motifs, les autres parce qu'ayant été chassés de Rome sous Claude comme Juifs, ils s'étaient empressés d'y rentrer sous Néron.

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