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Et c'est bien en effet ce que l'Epître semble indiquer

Aujourd'hui le plus grand nombre des critiques reconnaît que Paul

έκέ)ευ(7ε μή συναΟροίζεσθαι, τάς τε εταιρείας έπαναχθείσας ύπό τοϋ Γαιου διέλυσε. Cf. KuRT LiNCK, De antiquissiiiiis reterum qiiae ad lesiini λ'αζαιαιιιηι speclanl lestimoniis, Giessen, 1913, p. 104 ss.

(1) Cela serait d'autant plus étonnant qu'il connaissait les chrétiens, et comme une secte nouvelle : afflicti snppliciis Christiani. genus hominum superstitionis novae et maleficae {.\ero, xvi, 2); il ne dit rien des .Juifs et ne renvoie pas à Chrestus.

(2) Poppée ne devint impératrice qu'en G2.

INTRODUCTION. XXIII

s'adresse à une église qui est en droit composée de gentils. Et cela paraît bien résulter les textes.

Dès le début, l'Apôtre s'autorise de sa mission auprès des gentils pour écrire aux Romains qui en l'ont partie (i, 5 s.); il tient à faire des fruits spirituels auprès d'eux comme auprès des autres gentils (i, 13-15). Et à la fin de l'épître il revient sur cette pensée. S'il a écrit aux Romains, c'est qu'il lui incombe d'offrir les gentils à Dieu comme un véritable sacrifice (xv, 15 s.).

Ces textes sont très clairs. Cependant M. Zalm tient toujours que Paul s'adresse à une communauté composée en majorité de Juifs convertis. Il est en effet d'autres textes qui paraissent supposer que les lecteurs avaient appartenu au judaïsme. Je ne compte pas parmi ceuxlà vu, 1, parce que la loi dont parle cet endroit n'est pas la loi mosaïque. Mais j'avoue que vu, 5 à G; vin, 15 m'ont longtemps paru présenter une grave difliculté. On dirait bien que ceux auxquels parle Paul ont été soumis au joug de la loi. On peut dire cependant que ce sont plutôt ceux dont il parle. Traitant du sujet de l'abrogation de la Loi, il est impossible que son imagination si vive n'ait pas envisagé la situation dans sa réalité; il voyait les Juifs assujettis et délivrés, il croyait leur parler, il leur parlait; c'est, comme on le dira plus loin, l'esprit de la diatribe (1). Mais, à pénétrer tout à fait dans son procédé, on constate qu'il a évité de dire : « lorsque nous étions sous la Loi »; il a préféré dire : « lorsque nous étions dans la chair » (vir, 5), et cette expression plus générale n'a-t-elle pas été choisie précisément parce que la majorité de ceux auxquels il écrivait étaient des gentils convertis?

Un autre argument de M. Zahn, sur lequel il paraît compter beaucoup, c'est que Paul interpelle directement les gentils, mais en les distinguant de la masse (xi, 13-32 et un peu xv, 1-13). Ils ne formaient donc qu'un groupe, et sans doute le moins nombreux, puisque d'ordinaire ce n'est pas à eux qu'on parle. Le raisonnement vaudrait si, dans les textes que nous avons cités en commençant, les Romains n'étaient pas désignés comme étant en droit une église de gentils. Le fait étant certain, il résulte seulement des passages allégués par Zahn que cette église, comme église composée en majorité de gentils, a des devoirs spéciaux que l'Apôtre lui rappelle, et qui incombent plus spécialement à ceux de ses membres qui sont des gentils convertis. En les interpellant, Paul leur parle de la même façon qu'à tous les frères de Rome (xi, 25-32).

S'il résulte bien de l'examen interne de l'Epître qu'au temps où Paul écrivit l'Eglise de Rome était en droit une église de gentils, cette conclusion s'accorde avec ce que faisait pressentir l'expulsion des Juifs, ses premiers fondateurs. L'Epître est muette sur le rôle de saint Pierre son

(1) Cf. Introduction, ch. v, ]>. lui ss.

XXIV INTRODUCTIOX.

premier chef, et ce n'est qu'en interprétant trop ingénieusement ce silence qu'on a conclu d'une part qu'elle suggérait, d'autre part qu'elle excluait la venue "du prince des Apôtres.

B. Tendances doctrinales des Romains.

On traite d'ordinaire des tendances doctrinales des chrétiens romains en recherchant le but que Paul se proposait en écrivant. Mais il y a avantage à déblayer le terrain en éliminant ce qui a toujours été la pierre d'achoppement dans cette discussion difficile. Les Romains étaient-ils plus ou moins judaïsants? Est-ce pour les guérir de l'erreur que l'Epître leur a été adressée?

Ainsi que dans la question précédente, nous devons nous demander s'il existe des renseignements historiques, avant de consulter TÉpître elle-même.

1. On a cru longtemps à luie tradition historique sur les débuts doctrinaux de l'Eglise romaine, attestant de graves controverses entre les gentils convertis et les judéo-chrétiens. Aujourd'hui on reconnaît que cette tradition n'existe pas ; ce qui présente cette apparence n'est (ju'une déduction exégétique dont les variations montrent assez l'origine et la valeur.

Jusqu'à ces derniers temps, le premier et le principal témoin allégué était VAmbrosiaster. La belle découverte de dom de Bruyne (1) nous permet de remonter beaucoup plus haut, jusqu'à Marcion, car c'est lui, ou du moins un de ses disciples, que le savant bénédictin belge a reconnu pour l'auteur de certains prologues transmis avec les manuscrits de la Vulgate, auxquels on n'avait pas prêté une attention suffisante.

Voici le texte de Vargnmentum qui se trouve dans près de quinze des manuscrits utilisés pour l'édition de Wordsworth et White, tel que ces savants l'ont édité : Romani siint in partibus llaliae. Hi pi'aeventi sunt a falsis apostolis, et sub nomine Domini nostri lésa Christi in legem et prophetas erant inducti. Hos i-evocat apostolas ad veram evangelicani fidem, scribens eis a Corinthis.

Rien de plus clair sur la position judaïsante de l'Eglise de Rome, et quand on songe à la diffusion énorme de ces prologues, on ne s'étonne pas que cette opinion se retrouve un peu partout, s'imposant comme un souvenir d'histoire, alors qu'elle n'est qu'un échantillon de l'erreur marcionite sur l'opposition entre Paul et les faux apôtres, la doctrine de

(1) Prologues bibliques d' origine Marcionite, dans la Revue bénédictine, 1907, p. 1 ss. M. Corssen a soutenu la même thèse en s'excusanl ensuite de ne s'être pas aperçu qu'elle n'était pas nem-e et on rendant pleinement hommage à la pénétration de son devancier. Elle a été admise par MM. llarnack, Zahn, Wordsworth et White, etc.

INTnODUCTIOX.

Paul et l'Ancien Testament, présenté cependant d'une façon assez dissimulée pour qu'on n'en ait pas discerné le venin.

DansV Ambrosiaster, les faits sont colorés d'une autre façon mais sans plus de fondement historique. Voici le texte (1) : Jam constat temporibi(s apostolorum iudeos propterea quod sub regno romaiio agerent romani habitasse ex quibiis lui qui crcdiderunt tradidernnt romanis ut christum profitentes legem servarent. Romani autem audita fama virtutum christi faciles ad credendum fuerant ut prudentes nec innierito prudentes qui maie inducti statim correcti sunt et manserunt in eo. hii ergo ex iudeis credentes christum ut datur intellegi non accipiebant deum esse de deo putantes uni deo adversum. quamobrem negat illos spiritalem dei gratiani consecutos ac per hoc confirmationem eis déesse, hii sunt qui et galatas subverterant ut a traditione apostolorum recédèrent, quibus ideo irascitur apostolus quia docti bene facile transducti fuerant. Romanis irasci non debuit sed laudat fidem illorum quia nulla insignia virtutum videntes nec aliquem apostolorum susciperant fidem christi in verbis potius quam in sensu non enim expositum illis fuerat misterium. propterea quibusdam advenientibus qui recte crediderunt de edenda carne et non edenda quaestiones fiebant et utrum nam spes quae in christo est sufficeret aut et lex servanda esset. [fine est unde omni industria id agit ut a legs eos tollat, etc.

D'après VAmbrosiaster les premiers Romains n'auraient donc pas môme cru à la divinité du Christ! D'ailleurs l'habile interprète a d'avance, réponse à tout, et il a expliqué très ingénieusement pourquoi : l'erreur des Romains étant la même que celle des Galates, Paul leur a parlé beaucoup plus doucement. C'est que les Galates avaient abandonné la vraie doctrine, tandis que les Romains auraient été élevés sans leur faute dans des idées fausses. On peut imaginer la portée de pareilles affirmations sur des siècles où l'on admettait si aisément l'autorité historique des anciens.

Cependant cette opinion ne triompha pas tout à fait, parce que d'autres prologues contenaient des explications sensiblement différentes.

Parfois les erreurs reprochées aux Romains sont un peu moins grossières (2). Par exemple dans un prologue attribué à Pelage (3) : Romanorum namque plerique tum rudes erant ut non intellegerent Dei se gratia et non suis meritis esse sal\>atos, et ob hoc duo inter se populi conflictarent.

(1) D'après WW., p. 33.

(2) D'après \ά praefalio publiée par ΛΥλΥ., p. 10, toute l'erreur des Romains est de se croire obligés à la Loi.

(3) WW., p. 3.

INTRODUCTION

Dans ce texte il n'est plus question de Terreur de toute une communauté : on parle d'un conflit, c'est-à-dire entre les Juifs et les gentils convertis. Cette opinion remonte peut-être à Origène, quoiqu'il ne se soit pas exprimé ex professa sur ce point. On lit dans la traduction de Rufin du commentaire sur l'épître (1) : In hac episto la Paillas veliit arhiier quidam inter ladaeos residens et graecos, id est eos qui ex gentibus credunt, utrosque ad fidem Christi ita ei>ocat et invitât, utneque ludaeos o/fendat penitus destruendo iudaicos ritus, neqiie gcntibus injiciat desperationem confirjuando observanliam legis et litterae; et sive de repromissionibus niemoret, sive de poenis, ad ulrumque populum dividit verbum.

Même note dans un prologue attribué à saint Jérôme (2) : scribit ergo nunc ad roinanos, qui ex iudaeis et gentibus credentes superba contentione volebant se alterutrum superponere. Et, après les plaidoyers pro domo des Juifs et des gentils : His ita litigantibus se médium interponit apostolus, ostendens ainbobus populis neque circumcisionem aliquid esse neque praeputium, sed fidem quae per caritatem operatuv etc. (3).

La controverse est encore plus réduite à une simple rivalité de préséance dans un autre argumentum (4) : Epistolae Pauli ad Romanos causa haec est. Ecclesiam e duobus populis, id est de Iudaeis et Gentilibus, congregatam exaequat meintis, ut causas ei auferat simultatis quae de voluntate praelationis mutuae nascebantur... l'auteur ne raisonne guère que d'après les trois premiers chapitres de l'Epître.

Saint Augustin, comme on devait s'y attendre, a pénétré beaucoup plus avant dans le but de l'Epître (δ) : hoc ergo docere intendit, omnibus venisse gratiam Evangelii Domini nostri Jesu Christi. Mais il ne dispose évidemment d'aucun renseignement sur la foi primitive des Romains. Il s'écarte nettement de V Ambrosiaster en supposant une situation semblable à celle des Galates; ce sont les judaïsants qui sont venus mettre le trouble : Coeperant enim nonnulli qui ex Iudaeis crediderant, tuniultuari adversus génies, et maxime adversus apostolum Paulum, quod incircumcisos et Legis veteris vinculis liberos admittebat ad Evangelii gratiam, praedicans eis ut in Christum crederent, nullo imposito carnalis circumcisionis iugo. Sed tanta moderatione, uti nec ludaeos superbire permittat, ianquam de meritis

(1) Sur Rom. m, 1, j\I. XIV, c. ί)Γι. Cf. le comiiienlaire de saint Jérôme ad Galatas d'après Origène, M. XXVI, c. 3ί».5.

(2) W\V., p. 5. Cf. psendo-Priinasius, M. LXVIII, c. Ίϋ, même texte, sauf siiperflua au lieu de superba.

(3) La même dispute dans un prologue attribué à Pelage, WW., p. 35. (4)\VW., p. 39.

(.5) Inclioala exposilio, M. XXXV, c. 2088 s.

INTRODUCTION. XXVII

operiim Legis; nec Ge/ites mei-ito fidei adversus Indaeos Ίιιβαιί etc.

Parmi des fluctuations exégétiques qui n'étaient nullement une tradition historique, saint Thomas a tiré lui aussi ses conclusions des textes. Tantôt il se rapproche de ceux qui admettaient des rivalités plutôt que des discussions doctrinales (1) : considerandum est qnod Judaei et gentiles ad fidem coiiversi se invicem iudicabant de pviore vita; tantôt il oppose ceux qui prétendaient imposer la Loi et ceux qui s'en tenaient à la foi du Christ (2) : De ulrisqtie tamen erant aliqui lîo/nae inter fidèles Christi.

2. L'Epître elle-même est donc, pour nous comme pour les anciens, la seule source d'information sur les tendances doctrinales de la communauté romaine. On devait s'en préoccuper d'autant plus qu'on prétendait faire droit entièrement aux exigences d'une interprétation historique. Aussi Baur chercha-t-il à démêler les opinions et les controverses qui avaient motivé la composition d'une lettre adressée à telles personnes déterminées. 11 revint à l'opinion marcionite ou peu s'en faut (3). Cette manière de voir est aujourd'hui si discréditée que nous indiquerons seulement la forme très adoucie que lui a donnée Lipsius.

Les Juifs de Rome étaient hellénistes, d'esprit moins étroit que ceux d'Orient, et ceux qui se convertissaient au christianisme étaient précisément animés d'idées plus larges, ils avaient renoncé à obliger les gentils devenus chrétiens à la circoncision; ils étaient fort tolérants quant à la partie cérémonielle de la Loi. Mais ils se croyaient obligés à la suivre, surtout comme règle de leur justice, et étaient fort imbus du sentiment de leurs privilèges; or ils avaient su imposer leurs vues aux gentils.

Paul ne pouvait adhérer à cette conception de la foi chrétienne; mais il lui parut qu'on pouvait raisonner avec cette sorte de judéo-chrétiens et les ramener à des sentiments plus conformes aux siens.

L'opinion de Lipsius pourrait être encore diluée, pour ainsi dire. On pourrait envisager cette situation : les judaïsants modérés ne seraient pas parvenus à imposer leurs vues aux gentils. Ils s'y seraient efforcés seulement, et la question aurait été entre eux controversée : non que les gentils craignissent qu'on leur imposât la Loi, mais, les judéo-chrétiens la tenant pour obligatoire, il serait demeuré un doute sur l'eflicacité de la passion de Jésus-Christ et une barrière dans les relations ordinaires, surtout pour les repas. Nous venons de dire que

(1) Cap. II, lect. I, p. 409.

(2) Cap. XIV, p. 573.

(3) Cf. Renan, Saint Paul, 12= éd., p. 4G2 : « Dans l'exemplaire destiné aux Romains en particulier, Paul introduisit quelijues variantes accommodées au goût de cette Église qu'il savait être très attachée au judaïsme. »

ΧΧνίΠ IXTUODUCTIOX.

Paul ne s'adresse pas à ces judaïsants, puisqu'il écrit à la communauté, composée en majorité de gentils. Mais comme, d'autre part, c'est souvent de la Loi que Paul traite dans son Epître, la question, dans ses termes les plus précis, est de savoir si Paul, qui argumente contre des judéo-chrétiens, argumente contre un parti dont il connaît la présence et l'influence à Rome?

Or il semble que la réponse doit être négative. Gornely se sert de termes un peu emphatiques, quand il déclare : doctrinam ergo, quam a S. Petro eiuitque discipulis acceperant, cum sua ipsius praedicatione plane consentire neque quidquam eis déesse persuasum habuit, quod sua institutione suppleri dehevet (p. 13), mais enfin on ne saurait conclure de TÉpîtrc elle-même la présence à Rome d'un parti judaïsant actif, même modéré, même en minorité, ayant cependant acquis assez d'empire pour déterminer l'Apôtre à intervenir contre lui.

Et en eiïet, dès le début, Paul loue la foi des Romains (i, 8), et n'annonce nullement l'intention de la corriger ni même de la préserver contre des suggestions délétères. Ce ne sont point là simplement des procédés pour capter la bienveillance. Quel qu'ait été le désir de Paul de s'assurer les bons offices des Romains pour son ministère, il était trop sincère pour rendre grâces à Dieu dune foi qui, en réalité, eût risqué d'être compromise par des préjugés judaïsants. Ce n'est point ainsi qu'il parle aux Galates, et une erreur adoucie, peut-être par là même plus dangereuse, ne l'eût pas trouvé indiiïérent. Sans doute il n'était pas incapable de discuter avec calme, mais il lui eût été bien diiTicile de contenir l'expression de son inquiétude. Ce qui est encore plus caractéristique que les compliments du début, c'est l'effusion si confiante qui termine l'Epître (xv, 23 ss.). Les aumônes qu'il porte à Jéru salem seront-elles bien reçues des « Saints » ? Il se recommande pour l'obtenir de Dieu aux prières de ses chers Romains. Après cette négociation épineuse, son séjour à Rome lui apparaît comme un délice spirituel. C'est qu'il se sent d'accord avec cette église déjà grande et dont l'importance lui est connue. Qu'il y ait eu alors à Rome des agitateurs, nous le concédons contre ceux qui ne voient dans l'avis de l'Apôtre (xvi, 17) que la dénonciation d'un péril futur. Mais ils n'avaient point troublé la foi de la communauté. A ces intrigants, masqués sous des dehors édifiants, il consacre un paragraphe, sur le ton de l'Epître aux Galates. C'est la meilleure preuve que l'Epître aux Romains n'était point une polémique contre eux. Quand il a flairé des judaïsants, et des judaïsants déguisés, il n'a pas hésité à les dénoncer. Comment aurait-il polémisé contre d'autres judaïsants sans le dire{l)?

(1) Si l'on regardait xvi, 17 comme incompaliljle avec la pureté de la foi romaine qui ressort de toute l"épître, il serait plus critique de supposer que ce passage a

INTRODUCTION. XXIX

Mais, objecte Lipsius, Paul s'adresse à eux en effel. Ce sont eux qui sont en scène et qui font des objections. Faut-il regarder cette discussion comme une suite de ligures de rhétorique, ou comme une argumentation, très modérée, mais qui vise néanmoins des adversaires V Les textes qu'on peut alléguer sont beaucoup moins véhéments que ceux de l'Épître aux Galates, mais ils ont trop de chaleur et un accent trop animé pour n'être qu'un exercice académique. Lipsius cite iir, 1 ss. 31; IV, 1; vi, 1. 15; vu, 7. 13; ix, 14. 19. 30; xi, 1. 11.

L'argument est assez spécieux, mais il a perdu beaucoup de sa valeur depuis qu'on a comparé le style de Paul à celui de la diatribe, prédication, discussion, exhortation, telle qu'elle était pratiquée par les stoïciens et les cyniques. Ils se proposaient un but beaucoup plus concret que les récitateurs de tragédies, et on ne saurait leur refuser l'intention d'atteindre les âmes et de les réformer. Et c'est précisément pour cela qu'ils se servaient de ce style très mouvementé qui mettait en scène l'adversaire. Paul ne se comporte pas autrement.

Mais, dit encore Lipsius, lorsque l'Apôtre témoigne une si tendre compassion pour son peuple, un attachement si profond à ceux qui sont de sa race, n'est-ce pas pour adoucir dans l'àme des judéo-chrétiens de Rome l'amertume de ses déductions théologiques? N'est-ce pas une manière de les persuader de ses bonnes intentions?

Il se pourrait; mais il se pourrait aussi qu'il ait simplement voulu mettre encore plus en lumière son attachement à la vérité, plus fort que ses sentiments les plus intimes, et donner à entendre aux gentils qu'il ne rougit pas de sa race. Quand, dès le début, il réserve les privilèges des Juifs, c'est, d'après M. Feine, pour prémunir les gentils contre la tentation de mépriser les Juifs. jNIais, d'après M. Kiihl, c'est au contraire pour encourager les gentils en leur montrant dans l'Évangile plus que ne conférait l'Ancien Testament. Tant il est malaisé de changer les raisonnements pauliniens en avis de direction personnelle!

Cependant l'opinion de M. Feine peut du moins s'appuyer sur un texte formel. Paul a recommandé l'humilité aux gentils à propos des Juifs (xi, 20). Si ces gentils représentent, comme nous l'avons dit, la majorité ou plutôt le « bloc » de l'Eglise romaine, nous avons ici l'indication la plus précieuse sur les tendances de cette communauté. Etant en majorité d'origine païenne, elle était moins exposée à être séduite par les judaïsants qu'à faire peu de cas des fidèles d'origine juive. C'est pour cela même que Paul dit si fièrement qu'il est juif, qu'il n'a pas cessé d'aimer les Juifs, et même que, quand il travaille à la conversion des gentils, celle des Juifs est encore sa suprême espérance (xi, 13).

été emprunté à une autre lettre de Paul, plulôt que de juger d'après lui, ou plutùt de détourner tout le reste de son sens naturel. Voir le Commentaire sur xvi, 17.

XXX INTRODUCTION

On a la môme impression à propos de la querelle sur les aliments. Les faibles, pensons-nous, ne sont point des judaïsants, mais des ascètes. Seulement il viendra encore moins à la pensée que les forts aient été des judéo-chrétiens. Paul est avec les forts pour les principes, mais c'est eux quil veut persuader et entraîner, par la charité de Jésus- Christ, à lindulgence et au sacrifice, à ne pas se complaire en soi.

Si donc l'Épître aux Romains doit nous éclairer sur les besoins spirituels de la communauté, voilà bien des textes formels et dont il faut tenir compte. Ils ne sont pas du tout dirigés contre un envahissement de l'esprit judaïsant.

Ce qui en résulte bien plutôt, c'est que les Romains, gentils convertis en majorité, presque seuls durant quelques années, ont été tentés de quelque superbe à l'endroit des Israélites. Si c'est bien aux gentils que Paul s'adresse, et s'il devait absolument faire une leçon à ses correspondants, celle qu'il leur a faite est une leçon de modestie, d'humilité, de charité. Encore une fois tout s'explique très bien si l'on suppose que l'Apôtre, dans la période où ses compatriotes rentraient à Rome, et des Juifs ses amis comme Aquila et Prisca, ait appréhendé chez les Romains un peu de dédain pour ses humbles collaborateurs. Ce n'est pas pour cela qu'il a écrit son épitre; mais c'est la seule tendance que lépître laisse entrevoir chez les Romains.

Quand on lit les chapitres ix à xi avec cette pensée, que Paul le juif parle à des gentils dédaigneux, les manifestations sentimentales de l'Apôtre pour sa race sont d'une délicatesse qui touche; parties du cœur, elles vont au cœur. Entendues comme une sorte de précaution oratoire à l'égard des judéo-chrétiens ses adversaires, elles sont à peine dignes de lui.

Cette raison n'est peut-être qu'une impression personnelle, mais chacun pourra en essayer l'efficacité. Ce fut pour moi une vraie lumière quand je me suis résolu, après beaucoup d'essais infructueux, à lire l'Epître aux Romains comme une lettre adressée à une communauté composée en majorité de gentils, dont la foi n'était ni imbue, ni menacée d'erreur judaïsante, mais qui se montraient un peu raides envers ceux parmi lesquels l'Apôtre se comptait par le sang et parmi lesquels il avait tant d'amis et de fidèles collaborateurs. C'est en particulier ce qui éclaire le mieux l'appel à la miséricorde adressé aux gentils comme tels (xv, 7-12) et les longues salutations de la fin.

Ce n'est donc pas parce que les Romains étaient judaïsants que Paul leur a écrit cette épître. Notre résultat est purement négatif, mais nous laisse plus libres de chercher ce but directement.

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