‹ Saint Paul (volume 2)Chapitre 108 sur 358 · DERNIÈRE RÉVOLTE DES JUIFS · texte numérisé non relu

DERNIÈRE RÉVOLTE DES JUIFS

Après un séjour de deux ans à Rome, Adrien se fatigua du repos et se mit de nouveau à rêver de voyages. Il visita d'abord la Mauritanie, puis se dirigea pour la seconde fois vers la Grèce et l'Orient * . Athènes le retint près d'un an; il consacra les édifices dont il avait, dans son premier voyage, ordonné la construction; la Grèce fut en fête et vécut de lui. Les souvenirs classiques revivaient de toutes parts; Adrien les fixait par des monuments, par des cippes, fondait des temples, des chaires, des bibliothèques. Le vieux monde, avant de mourir, faisait son pèleri-

\. Eusèbe, Chron,^ p. 166-167, Schœne. Cf. Greppo, Mém, sur les voy, de l'emp. Adrien, Paris, 1842, p. 184 et suiv., et Noël Desvergers, Biogr, génér,, art. Adrien; Clinton, F asti row.J, aux années 129-31. Cf. Eckhel,yi, p. 489 et suiv.; Waddington, Inscr,gr. et lat, de Syrie, n» 2585 ; Vogué, Inscr, sémit. de Syrie, Palmyre, n° 1 6.

[An 131] L'ÉGLISE CHRÉTIENNE. 187

nage à ses lieux d'origine et semblait célébrer ses dernières panégyries. L'empereur présidait, comme un pontife, à ces solennités inoffensives, qui n'amusaient plus guère que les têtes creuses et les oisifs. L'auguste voyageur^ reprit ensuite sa course à travers l'Orient , visita l'Arménie, l'Asie Mineure, la Syrie, la Judée. A s'en tenir aux dehors, il était partout accueilli comme une providence. Des monnayages faits exprès * lui souhaitaient la bienvenue dans chaque province *. On a ceux de Judée. Hélas ! quel mensonge ! Au-dessous de la légende ADVENTvi AVQ. ivDAEAE, on voit l'cmpereur, dans une noble et digne attitude, recevant avec bonté la Judée, qui lui présente ses fils. L'empereur a déjà la belle et douce mine philosophique des Antonins et semble la personnification de la civilisation calme morigénant le fanatisme. Des enfants vont au-devant de lui, portant des palmes. Au milieu, un autel païen et un taureau symbolisent la réconciliation religieuse;

^. Ces monnayages, portant S. C, semblent faits à Rome; peut-être un atelier monétaire portatif suivait-il l'empereur.

2. Voir la série des adventvi dans Eckhel, Cohen et Greppo. Ces monnaies portent P. P., et sont par conséquent postérieures à Pan 429-430, où Adrien prit le titre de paler patriœ. V.Noël Desvergers, /.c; Eckhel, VI, 481 et suiv., SiSetsuiv. L'inscription 268 de Guérin (Voy, eji Tun., II, p. 75) ne saurait modiGer les résultats acquis (cf. n° 269). Les pièces avec P. P. sont toutes de la fin du règne [Longpérier].

188 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 131 J

la Judée, une patère à la main, semble pal*ticiper au sacrifice qui s'apprête*. Voilà comment l'optimisme officiel renseigne les souverains. Au fond, l'opposition de l'Orient et de l'Occident ne faisait que s'accentuer de plus en plus, et des signes certains ne permettaient pas à l'empereur d'en douter. Son éclectisme bienveillant était parfois singulièrement ébranlé.

De Syrie, Adrien se rendit en Egypte par Pelra. Son mécontentement, sa mauvaise humeur contre les Orientaux augmentaient à chaque pas. L'Egypte avait été peu auparavant fort troublée. La renaissance des vieux cultes, qui s'opérait de tous les côtés, y amena quelque fermentation. Il y avait très-longtemps qu'on n'avait vu un Apis; on commençait à oublier ces vieilles chimères, quand tout à coup une clameur s'éleva : on avait trouvé l'animal miraculeux; on se l'arrachait, tout le monde voulait l'avoir*. Le christianisme lui-même n'avait pas en Egypte une tenue aussi sévère qu'ailleurs; il s'y mêlait beaucoup de superstitions païennes. Adrien s'amusa de toutes ces folies. Une jolie lettre, qu'il écrivit vers ce temps à son beau-frère Servien, nous a été conservée ^ :

\ . Eckhel, VI, p.49o-496 ; Cohen, n»' 606-61 0; Madden,p.2'1 t-tK 3.

2. Spartien, Adrien, 42. C'est peut-être l'Apis dont le sarcophage est au Sérapéum de Memphis, abandonné à moitié chemin de la cella où il devait reposer.

Page 1