Spartien, Adr
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laient pour la troisième fois aux armes ^ L'accès de folie furieuse de l'an 117 semblait recommencer. Israël répugnait plus vivement que jamais à la police romaine. Tout malfaiteur en révolte contre l'autorité était un saint, tout brigand devenait un patriote. Arrêter les voleurs paraissait une trahison : « Vinaigre, fils de vin, dit un rabbin à un juif qui avait pour fonction de rechercher les malfaiteurs, pourquoi dénonces-tu le peuple de Dieu? » Elie rencontre ce bon gendarme et lui conseille également d'abandonner au plus tôt son odieux métier \
II semble que de son côté l'autorité romaine eut
1. Dion Cassius, LXIX, 12-14; Spartien, Adr,, 14; saint Iwsûn^ ApoL /, 31 ; Dial., 1; Tertullien Contra Jyd,,\ft\ Eusèbe, H. E., IV, 6 (d'après Ariston de Pella; comp. Moïse de Khorène, II, 60); Chron,, p. -166-169, Schœne (Syncelle, paralL); saint Jérôme, In Dan.,i%, 27; In Zach,, viii,xi ; In Joël, i; In Jerem., XXXI ; In Ezech.j v, xxiv; In Is., ii, vi ; ApoL in Ruf,, III, 31 ; De viris ilL, 21 ; Jean Chrys., In Jud,, oral, v, 14 ; Chron. d'Alexandrie, à Tan H 9 ; Orose, VII, 4 3 ; Chronicon samaritanum, OM Liber Josué (édit. Juynboll), c. 47; Mischna, Taanith, iv, 6, 7, 8; Aboda zara, i, 8; Talm. de Jér., Taanith, iv, 8, fol. 68 d, 69 a; Talm. de Bab., Giltin, 57 a, b; Taanith, 29 a; Sanhédrin, 97 b; Midrasch Eka, ii, 1, 2; Tanhouma, 67 c; Sëder olak, c. 30. Sur la date, voyez Marquardt, Rœm, Slaatsverwalt,, I, p. 262; Eckhel, VI, 482; Saulcy, Numism. de la PalesL, p. 83. Inscr. dans Renier, Inscr. rom. de l'Alg., n*» 2320.
2. Talm. de Jér., Maasérolh, m, 8; Talm. de Bab., Baba metsia, 84 a. Cf. Derenbourg, dans les Mélanges de l'Ec* des hautes éludes, 1878, p. 168etsuiy.
i02 ORIGINES DC CHRISTIANISME. [An 132]
plus d'un tort. L'administration d^Adrien devenait chaque jour moins tolérante envers les sectes orientales, dont l'empereur se moquait. Plusieurs légistes pensaient que la circoncision était, comme la castration*, un sévice punissable*. Elle fut interdite*. Les cas où ceux qui avaient pratiqué l'épîspasme étaient forcés par les fanatiques à se faire circoncire de nouveau* pouvaient surtout donner lieu à des poursuites. Jusqu'à quel point la justice impériale s'avanca-t-elle dans cette voie fâcheuse et contraire à la liberté de conscience ? Nous l'ignorons. Adrien n'était certes pas l'homme des excès. Dans la tradition juive, tout l'odieux de ces mesures pèse sur Tineius Rufus % qui était alors légat propré-
4 . Suétone, Dom., 7 ; Dion Cassius, LXVIÏ, 2 ; Eusèbe, Chron,, an 2 deDom.; Martial, IX, 7 et 9 ; Philostrate,^;?o^Z., VI, 42; Ammien Marcellln, XVllI, 4; Saint Justin, ApoL I, 29.
2. Les Romains s'y montrèrent toujours très-contraires en Orient. Bardésane, dans Cureton, Spic. syr., p. 30.
3. Vetahantur mutilare genitalia. Spartien, Adr., 44. Cf. ^ Spart., Sev., 47. Ce qui porte à prendre ce passage à la lettre et comme impliquant une loi formelle, c'est qu'Anlonin permit aux Jififs de circoncire leurs fils : Circumcidere Judœis filios suos tantum rescriplo Divi PU permiuilur (Modestin, De sicariis, Dig., XLVni, VIII, 44). Cela suppose une loi antérieure qui défendait de circoncire qui que ce fût.
4. Talm. de Jér., Schabhalh, xix, 2; Bereschith rabba, xli, fin; Talm. de Bab., Jehamoth, Ita,
o. Ce nom complet nous eât donné par la Chronique d'Ëusèbe
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teur de la' province de Judée \ et dont les mécontents changèrent le nom en Tyrannus Rufus ^
Ces tracasseries, auxquelles il était facile d'échapper dans les cas qui seuls importaient aux familles pieuses, savoir les cas relatifs à la circoncision des enfants, ne furent pas la principale cause de la guerre. Ce qui réellement mit les armes aux mains des Israélites, ce fut l'horreur que leur causait la transformation de Jérusalem ou, en d'autres termes, les progrès de la construction d'iEIia Capi-
(dans YHistoire ecclésiastique, il y a simplement i^oOçGç). Saint Jérôme et le Syacelle ont lu Tiwio;; le manuscrit sur lequel a travaillé le traducteur arménien portait Twciviou, Saint Jérôme, In Zach., VIII (0pp., III, 4753, Mart.), nomme ce personnage T. Annius Rufi filius. Borghesi (0pp., IV, p. 167; VIII, 189 et suiv., 581} a tranché la question en faveur de la forme Tineius, et il retrouve notre personnage dans une inscription de Ttfarini, Fr, Arv., p. 664, note 101. La gens Tineia eut de Timportance (Marini, Arv,, 653; Borghesi, VIII, 189 et suiv.; Waddington, Fastes, 248 et suiv.; Médailles, dans Noris, De epoch. Syrotnaced,, p. 399). On trouve un T. Turranius Rufus dans une inscription latine de Dalmatie, n*» 2871 du Corpus; cf. n* 2810. Le célèbre Ruûn d'Aqùilée s'appelait Tyrannius Rufinus,
1 . Sur ces légats propréteurs, qui avaient succédé aux procurateurs, voir Corpus inscr. gr., n'" 4029, 4544, 4616, en tenant compte des corrections de M. Waddington.
2. Les talmudistes ont confondu les mesures vexatoires et celles qui suivirent la guerre. Mais il résulte de l'inscription de Dalmatie, n'» 2830 {Corpus inscr, lat,, III, 1* partie, p. 368) que Tineius Rufus ne fut pas légat de Judée après la guerre.
104 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 132]
tolina. La vue d'une ville païenne s'élevant sur les ruines de la ville sainte, l'emplacement du temple profané, ces sacrifices païens, ces théâtres élevés avec les pierres mêmes de l'édifice vénéré, ces étrangers habitant la ville que Dieu avait. aimée, tout cela leur paraissait le <5omble du sacrilège et du défi^
Loin de vouloir rentrer dans cette nouvelle Jérusalem profane, ils la fuyaient comme une abomination. Le sud de la Judée, au contraire, était plus que jamais une terre juive. 11 s'y était formé une foule de gros bourgs, poavant se défendre, grâce à la disposition des maisons, lesquelles étaient serrées en masse compacte sur le sommet des collines. Béther était devenu pour les Israélites de ces parages comme une seconde ville sainte, un équivalent de Sion *. Les fanatiques se procurèrent des armes par un singulier stratagème. Ils devaient fournir aux Romains une certaine quantité d'ustensiles de guerre; ils les fabriquaient mal exprès pour qu'on les refusât et que ces armes rebutées restassent à leur disposition. Ils faisaient, à défaut de fortifications apparentes, d'immenses souterrains; les défenses de Béther étaient
4. Dion Cassius, LXIX, 43; Chronique d'Alexandrie, à Tan 419; Eusèbe^ Dëmo7islr, évang., VIII, 3, p. 406. t» Voir les Évangiles, ch. ii.
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complétées par des ouvrages avancés en pierraille. Ce qui restait de Juifs en Egypte et en Libye accourait pour grossir la masse des révoltés*.
Il faut rendre cette justice aux parties éclairées de la nation qu'elles restèrent e» dehors d'un mouvement qui supposait une prodigieuse ignorance du monde et un complet aveuglement. En général, tes pharisiens se montrèrent défiants, réservés. Beaucoup de docteurs s'enfuirent enGalilée *, d'autres en Gi-èce % pour éviter l'orage qui s'approchait. Plusieurs ne cachaient pas leur fidélité & l'empire, lui attribuaient même une sorte de légitimité S Babbi Josué ben Hanania paraît avoir agi jusqu'à son extrême vieillesse dans le sens de la conciliation ; après lui, disent les talmudistes, se perdirent le conseil et la prudence ^ On vit dans cette circonstance ce qui s'était toujours vu depuis plus ^e cent ans : le peuple, facile à duper au moindi'e souille d'espérances messianiques, allait en avant malgré les docteurs ; ceux-ci ne pensaient qu'à leur casuistique, et, s^ls mouraient, ce n'était pas en combattant, c'était pour se défendre de manquer à la Loi.