‹ Saint Paul (volume 2)Chapitre 310 sur 358 · ApoL II, 3, 11; Tatien, Adv, Grœc, 19; Irénée, I. xxvm · texte numérisé non relu

ApoL II, 3, 11; Tatien, Adv, Grœc, 19; Irénée, I. xxvm

492 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 160]

Tatien échappa aux embûches du cynique. On ne peut assez regretter, pour la mémoire d'Antonîn (ou, si l'on veut, de Marc-Aurèle), que l'avocat courageux d'une cause qui était alors celle de la liberté de conscience ail souffert le martyre sous son règne. Si Justin appela son rival « imposteur » ou « écomifleur », comme nous l'apprend Tatien, il niéritait la peine correctionnelle qu'entraîne le délit d'injures proférées en public. Mais Crescent ne fut peut-être pas moins injurieux, et le fut impunément. Justin se vit donc frappé comme chrétien. La loi était formelle et les conservateurs de la chose romaine hésitaient à l'abroger. Combien de précurseurs de l'avenir ont souffert également sous le règne du juste et pieux saint Louis 1

Les attaques de Crescent n'étaient pas un fait

Eusèbe,^.^.^IV, 46; CAroniçî*^^ p. 170,171,Schœne; Chronique d'Alex.j, à l'an 4 65. Tatien, Irénée, Tertullien nous assurent que Justin mourut martyr. Quant aux Actes de son martyre, ils sont de seconde main et sans valeur. Il est même douteux s'ils s'appliquent à notre docteur. Junius Rusticus n'est mêlé à cette affaire que par les Actes et par saint Épiphane (xlvi, 1 ) , qui copie en cela les Actes. La mort de Justin dut suivre de près la dispute avec Crescent et la composition de la deuxième apologie. (ApoL II, 3 ; Eusèbe, l.c) On ignore si ce fut dans les derniers mois d'Antonin ou dans les premiers de Marc-Aurèle. Voir Pearson, cité cidessus, p. 453, note. Nous avons vu, à propos de Polycarpe, qu'Eusèbe a une certaine tendance à placer sous Marc-Aurèle des martyres qui eurent lieu sous Antonin.

[An 160] L'ÉGLISE CHRÉTIENNE. 493

isolé. Au 1*'^ siècle, des hommes très- instruits purent ignorer le christianisme ; maintenant, cela n*est plus possible. Tout le monde a un avis dans la question. Le premier rhéteur du temps, L. Cornélius Fronton, écrivit certainement une invective contre les chrétiens*. Ce discourir est perdu; nous ignorons dans quelles circonstances il fut composé ; mais on peut s'en faire quelque idée par celui que Minucius Félix met dans la bouche de son Csecilius. L'ouvrage n'était pas, comme celui de Celse, consacré à la discussion exégétique ; ce n'était pas non plus un écrit de philosophie. C'étaient des considérations d'homme du monde et de politique ^ Fronton admettait sans examen les bruits les plus calomnieux contre les chrétiens, il croyait ou affectait de croire ce que l'on racontait de leurs mystères nocturnes, de leurs repas sanglants \ Très-honnête homme/ mais homme offlciel, il avait horreur d'une secte de déclassés. Satisfait d'une sorte de croyance vague à la Providence,

4 . Minucius Félix, 9, 31 . C'est lui qui est désigné par l'expression Cirthemis noster. Fronton était né à Thibilis. De nombreuses inscriptions attestent encore aujourd'hui l'importance que la famille des Frontons eut dans la région de Cirtha. L. Renier, Journal officiel, 26 juin 4878; Inscr. rom. de VAlg., n« 2747 ; Orelli, n* 4476.

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