‹ Saint Paul (volume 2)Chapitre 41 sur 358 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

COMMENCEMENT d'uNB PHILOSOPHIE CHRÉTIENNE

La philosophie religieuse qui sert de base à toutes -ces amplifications, si éloignées de la pensée de Jésus, est peu originale. Philon en avait exposé avec plus •d'ensemble et de conséquence les principes essentiels*. €hez Philon, comme chez l'auteur du quatrième Evangile, le messianisme et les croyances apocalyptiques n'ont presque pas d'importance. Toutes les imaginations du judaïsme populaire sont remplacées par une métaphysique, à la construction de laquelle la théologie égyptienne et la philosophie grecque ont contribué pour une grande part. L'idée. d'une raison incarnée, c'est-à-dire de la raison divine revêtant une forme finie, est bien égyptienne^. Depuis les époques les

i . Comp. Vie de Jésus, p. 257 et suiv; l'Antéchrist, p. 81 elsuiv. 2. Voir stèle C du Louvre, lignes 15-16 (12* dynastie); papyrus de Boulaq, iv, lignes 2, 5 (19' dynastie). Dans la théorie

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plus anciennes jusqu'aux livres hermétiques, l'Egypte proclame un Dieu, seul vivant en substance, engendrant éternellement son semblable, Dieu double et unique en même temps. Le Soleil est ce premier né, procédant éternellement du Père, ce Verbe, qui a fait tout ce qui est, et sans qui rien n'a été fait*. — Le judaïsme, d'un autre côté, tendait depuis longtemps, pour sortir de sa théologie un peu sèche, à créer de la variété en Dieu, en personnifiant des attributs abstraits, la Sagesse, la Parole divine, la Majesté, la Présence*. Déjà, dans les anciens livres sapientiaux, dans lés

égyptienne, Dieu pour créer décrète, et son décret se manifeste en forme de dieux qui accomplissent chacun des actes de la création. Chaque acte de la volonté divine entraîne ainsi une nouvelle émission du Verbe, qui s'incarne dans des formes de dieux, momentanément considérées comme secondaires. Le Verbe n*est pas créé une fois pour toutes; il est créé au fur et à mesiire des besoins de Tunivers [Maspero],

4 . Textes égyptiens, dansM.de Rougé^Revue arcA^o/. Juin < 860; Mariette, Mém. sur la mère d'Apis, Paris, 4856; Hermès Tris mégiste, livre I, 2, 5, 8, 10; II, 6, 10; IV, 1. n?wTo; tcD irpwTou Otou.

2. Targum d'Onkélos, Gén., xxviii, 13; Exode, xvii, 16; Nombr., xiv, 14; Deut., xxx, 20; Isaïe, i, 15; vi, 1 ; Ezech., i, '-'. 1 ; Targ. de Jonathan, Josué, v, 5 ; I Sam., iv, 4; II Sam., vi, 2.

Les passages oii les targums substituent N3^DU ou Kip^ au nom de ff Dieu » sont très-nombreux. Cf. Pirké Aboth, m, 2, 6; Mattb., xxvi, 64; Marc, xiv, 62; Hébr., i, 3; II Pétri, 1. 17. V. Buxtorf, aux mots n^DU, mua.

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Proverbes, dans Job*, la Sagesse personnifiée joue le rôle d'un assesseur de la Divinité. La métaphysique et la mythologie, si sévèrement refrénées par le mosaisme, prenaient leur revanche et allaient bientôt tout envahir. Un mot surtout devint fécond; ce fut le mot dabaVy en chaldéen mémera^ « la Paroje » . Les anciens textes faisaient parler Dieu dans toutes les occasions solennelles; ce qui justifiait des phrases comme cellesci : « Dieu fait tout par sa parole. Dieu a tout créé par sa parole. )> On fut ainsi amené à considérer « la Parole » comme un ministre divin, comme un intermédiaire par lequel Dieu agit au dehors*. Peu à peu on substitua cet intermédiaire à Dieu, dans les théophanies, les apparitions, dans tous les rapports de la Divinité avec l'homme. Ladite locution eut de bien plus grandes conséquences encore chez les juifs d'Egypte, qui parlaient grec. Le mot logos^ correspondant de l'hébreu dabar ou du chaldéen mémera^ ayant à la fois le sens de « parole » et celui de « raison », on entra par ce mot dans tout un monde d'idées, où l'on rejoignait, d^une part, les symboles de la théologie égyptienne dont nous

4. Prov., vm, IX ; Job, xxviii. Gomp. Sagesse de Jésus fils de Sirach, i, 4.

2. Le mot N1D>D est substitué à « Dieu » dans une foule de passages des Targums.

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parlions tout à Theure, et, de l'autre, certaines spéculations du platonisme \ Le livre alexandrin de la Sagesse, attribué à Salomon^, se complaît déjà dans ces théories. Le Logos y apparaît comme le mélatrônej l'assesseur de la Divinité ^ On prit l'habitude de rapporter au Logos tout ce que l'ancienne philosophie hébraïque disait de la Sagesse divine *. Le « Souffle de Dieu » (rouah)^ déjà présenté au début de la Genèse comme fécond, devint une sorte de démiurge à côté du dabar ^ .

Philon ^ combina ces habitudes de langage avec ses notions de philosophie grecque. Le Logos de Philon, c'est le divin dans l'univers, c'est Dieu extério-

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