PROGRÈS DE L'ÉPISCOPAT
Les progrès que l'Eglise accomplissait dans son dogme, elle les accomplissait dans l'ordre de la discipline et de la hiérarchie. Comme tout être vivant, elle déployait une étonnante habileté instinctive pour compléter ce qui manquait encore à sa solide assise et à son équilibre parfait. A mesure que les espérances de la fin du monde et de l'apparition messianique s'éloignaient, le christianisme obéissait à deux tendances : s'accommoder tant bien que mal avec l'empire et s'organiser pour durer. La première Église de Jérusalem, les premières Eglises de saint Paul n'étaient pas établies en vue de vivre. C'étaient des conventicules de saints du dernier jour, se préparant à la venue de Dieu par la prière et l'extase. L'Eglise maintenant sentait qu'elle devait être une cité permanente, une vraie société.
86 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 127|
L'évolution la plus singulière qui se soit jamais produite dans une démocratie s'opérait dans son sein. Vecclesia^ la réunion libre de personnes établies sur un pied d'égalité entre elles, est la chose démocratique par excellence ; mais Vecclesia, le club, a un défaut suprême qui fait que toute association de ce genre se détruit au bout d'un temps trèscourt; ce défaut, c'est l'anarchie,^ la facilité des schismes. Plus mortelles encore sont les luttes de préséance ^ au sein de petites confréries fondées sur une vocation tout à fait spontanée. La recherche de la première place ^ était le mal par excellence des Eglises chrétiennes, celui qui causait aux simples fidèles le plus d'ennui. On crut prévenir le danger en supposant que Jésus, dans de pareilles circonstances, prenait un enfant, et disait aux parties contondantes : « Voilà le plus grand.» A diverses reprises, assuraiton, le maître avait opposé la primauté ecclésiastique, toute fraternelle, à celle des dépositaires de l'autorité profane, habitués à prendre le ton de maîtres ^
1. OiXoTfpcùTeuetv, III Joh., 9; Clem, Rom., Epist, /, c. 44. — «ïuXoxaôeJpoOvTGç ToX[i.y)pou, Epist.CIem. ad Jac, 3. — Cf. I Tim., ni, 4 ; los passages synoptiques, Matth., xxiii, 6; Marc, xn, 39; Luc, XI, 43; XX, 46; Tertullien, Adv. VaL, 4; Épiph, xlii, 4.