‹ Saint PaulChapitre 243 sur 417 · TROUBLE DANS LES EGLISES DE GALATIE · texte numérisé non relu

TROUBLE DANS LES EGLISES DE GALATIE

Les émissaires de Jacques, sortis d'Anlioche, se dirigèrent vers les Églises de Galatie ^ II y avait longtemps que les Hiérosolymites connaissaient l'existence de ces Eglises; ce fut même à propos d'elles que s'éleva la première affaire de la circoncision et qu'eut lieu ce qu'on appelle le concile de Jérusalem. Jacques avait probablement recommandé à ses affidés d'attaquer ce point important, l'un des centres de la puissance de Paul.

Il leur fut facile de réussir. Ces Galates étaient

1. Gai., I, 7, 8; v, 10. Ces trois verseis rapprochés prouvent oien que, derrière les émissaires, Paul voit l'action du chef de l'Église de Jérusalem. Comparez les nvs; de Gai., i, 7, aux vMi ir.o iooctiSou (Gai., II, 12], aux Ttvs'î de II Cor., m, 1 ; x, 12; aux rivè; jcaTe'AÔivTê; àivo !•«{ iwîava; de Act.j XV, 1 .

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gens faciles à séduire ; le dernier qui venait leur parler au nom de Jésus était presque sûr d'avoir raison. Les Hiérosolymites eurent bientôt persuadé h un grand nombre d'entre eux qu'ils n'étaient pas bons chrétiens. Ils leur répétaient sans cesse qu'ils devaient se faire circoncire et observer toute la Loi. Avec la puérile vanité des juifs fanatiques, les députés présentaient la circoncision comme un avantage corporel ; ils en étaient fiers et n'admettaient pas qu'on pût être un homme comme il faut sans ce privilège. L'habitude de ridiculiser les païens, de les présenter comme des gens inférieurs et mal élevés, amenait ces idées bizarres *. Les Hiérosolymites répandaient en même temps contre Paul un flot d'invectives et de dénigrement. Ils l'accusaient de se poser en apôtre indépendant, tandis qu'il avait reçu sa mission de Jérusalem, où on l'avait vu à diverses reprises se mettre à l'école des Douze , comme un disciple. Venir à Jérusalem, n'était-ce pas reconnaître la supériorité du collège apostolique? Ce qu'il savait, il l'avait appris des apôtres; il avait accepté les règles que ceux-ci avaient posées. Ce missionnaire qui prétendait les dispenser de la circoncision savait fort bien au besoin la prêcher et la

<. Gai., VI, 12 et suiv.

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pratiquer. Tournant contre lui ses concessions, ils alléguaient des cas où on l'avait vu reconnaître la nécessité des pratiques juives* ; peut-être rappelaientils en particulier les faits relatifs à la circoncision de Tite et de Timothée. Comment, lui qui n'avait pas vu Jésus, osait-il parler au nom de Jésus? C'était Pierre, c'était Jacques qui devaient être tenus pour les vrais apôtres, pour les dépositaires de la révélation. La conscience des bons Galates fut toute troublée. Les uns abandonnèrent la doctrine de Paul , passèrent aux nouveaux docteurs et se firent circoncire ; les autres restèrent fidèles à leur premier maître. Le trouble, en tout cas, était profond ; on se disait de part et d'autre les choses les plus dures-.

1. Gai., V, 11. Comparez I Cor., ix, 20; H Cor., v, 16. Voir cidessus, p. 36, note.

2. Gai., V, 15, 26. Quand saint Paul écrivit cette épître, il avait été deux fois en Galatie (iv, 13). Cela détourne de songer, pour la date de cette épître, à la troisième mission. D'un autre côté, l'incident Gai., ii, 11 et suiv., n'avait pas eu lieu, ce semble, à la date de la deuxième mission, et, si l'épître eût été écrite pendant cette mission, nous y trouverions, comme dans les épUres aux Thessaloniciens, le nom de Silas, lequel était connu des Galates depuis le 'commencement du second voyage. La vague formule Gai., I, 2, convient bien à Antioche. La promptitude avec laquelle Paul apprit l'incident et y répondit suppose une certaine facilité de communications; or les communications avec le centre oriental de l'Asie Mineure étaient plus faciles d'Antioche (par TarseJ que d'Éphèse.

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Ces nouvelles , en arrivant à Paul , le remplirent de colère. La jalousie qui faisait le fond de son caractère , sa susceptibilité , déjà souvent mise à l'épreuve, furent excitées au plus haut degré. C'était la troisième fois que le parti pharisien de Jérusalem s'efforçait de démolir son œuvre à mesure qu'il l'achevait. L'espèce de lâcheté qu'il y avait à s'attaquer à des gens faibles, dociles, sans défense, et qui ne vivaient que de confiance en leur maître, le révolta. Il n'y tint plus. A l'heure même, l'audacieux et véhément apôtre dicta cette épître admirable, qu'on peut comparer, sauf l'art d'écrire, aux plus belles œuvres classiques, et où son impétueuse nature s'est peinte en lettres de feu. Le titre d' « apôtre » qu'il n'avait pris jusque-là que timidement, il le prend maintenant comme une sorte de défi, pour répondre aux négations de ses adversaires et maintenir ce qu'il croit la vérité.

« PAUL APOTRE (NON PAR LA GRACE DES HOMMES NI PAR INSTITU- TION HUMAINE, MAIS PAR LA GRACE DE JÉSUS -CHRIST, ET DE DIEU LE PÈRE, QUI A RF.SSUSCITË JÉSUS d'eNTRE LES MORTS), AINSI QUE TOUS LES ERKIIES QUI SONT AVEC MOI, AUX ÉGLISES DE GALATIE.

« Grâce et paix descendent sur vous tous des mains de Dieu le Père et de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui s'est

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livré lui-même pour nos péchés, afin de nous sauver du monde pervers où nous vivons, conformément à la volonté de Dieu notre père, auquel soit la gtoire dans tous les siècles des siècles. Amen.

« J'admire que si vite vous vous laissiez détourner de celui qui vous a appelés en la grâce du Christ, pour passer à un autre Évangile ; non qu'il y ait deux Évangiles , mais il y a certaines gens qui veulent vous troubler et changer la doctrine du Christ. Écoutez - moi bien : Si jamais quelqu'un , fût-ce moi-même, fût-ce un ange du ciel, venait vous évangéliser autrement que je ne l'ai fait , qu'il soit anathème! Ce que je vous ai dit, je vous le dis encore : Si quelqu'un vous prêche autre chose que ce que vous avez appris, qu'il soit anathème! Sont -ce les bonnes grâces des hommes ou celles de Dieu que je cherche à gagner? Est-ce aux hommes que je clierche à plaire? Ah! si je plaisais aux hommes, je ne serais plus serviteur de Christ.

« Je vous le déclare, en effet , mes frères : l'Évangile que je vous ai prêché n'est pas d'origine humaine. Je ne l'ai point reçu, je ne l'ai point appris des hommes; je l'ai appris par une révélation de Jésus-Christ. Vous avez entendu parler de ma conduite quand j'étais dans le judaïsme; voussavez avec quel excès je persécutais et ravageais l'Église de Dieu , et aussi comment je surpassais ceux de mon âge et de ma race par mon zèle à garder nos traditions nationales. Mais, quand celui qui m'a choisi dès le sein de ma mère et qui m'a appelé par sa grâce daigna faire pour moi une apparition de son fils, afin que je fusse son évangéliste auprès des gentils, sur-le-champ, sans

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prendre conseil de personne \ sans aller à Jérusalem vers ceux qui étaient apôtres avant moi, je me rendis en Arabie, puis je retournai à Damas. Trois ans après, il est vrai, j'allai à Jérusalem , pour faire connaissance avec Céphas » et je restai quinze jours auprès de lui; mais je ne vis aucun autre membre du corps apostolique, si ce n'est Jacques, le frère du Seigneur. Ce que je vous écris, je jure devant Dieu que c'est vrai.

« J'allai ensuite dans les parages de la Syrie et de la Cilicie; mais mon visage était inconnu aux Églises de Christ qui sont en Judée. Seulement , elles avaient entendu dire que celui qui les persécutait autrefois prêchait maintenant la foi qu'il avait d'abord voulu dc-truire, et elles glorifiaient Dieu à mon propos.

« Puis , au bout de quatorze ans, je montai de nouveau à Jérusalem avec Barnabe; je pris aussi Titus avec moi. J'y montai sur une révélation, et je leur communiquai l'Évangile que je prêche parmi les gentils. J'eus en particulier des entrevues avec ceux qui paraissaient des personnages importants, de peur que mes courses présentes et passées ne fussent peine perdue. On ne nous fit pas une seule critique. On n'exigea pas même de Titus, qui m'accompagnait et qui était hellène, qu'il se fît circoncire. S'il y consentit , ce fut par égard pour ces faux frères intrus, qui se sont glissés parmi nous pour espionner la liberté que nous avons grâce au Christ Jésus, et pour nous réduire de nouveau en servitude. Je leur cédai sur le moment; mais je ne me soumis pas à eux , afin que la vérité de l'Évangile vous demeurât

1 . Pour la nuance de oapx't %%'. a'y.aTt, comp. Matth., xvr, \1.

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acquise. Quant à ceux qui paraissaient des personnages (ce qu'ils furent autrefois ne m'importe; Dieu ne fait pas acception de personnes), ceux, dis-je, qui paraissaient être (fuelque chose ne m'apprirent rien de nouveau. Au contraire, voyant que l'Évangile du prépuce m'était commis, comme l'était à Pierre celui de la circoncision (car celui qui na conféré à Pierre la force pour l'apostolat de la circonc sion m'a conféré la force pour l'apostolat des gentils) , connaissant, dis-je, la grâce qui m'avait été accordée, Jacques, Céphas et Jean, qui semblaient les colonnes de l'Église, me donnèrent la main, à moi et à Barnabe, en signe de comi munion, et reconnurent que nous serions pour les gentils e qu'ils étaient pour la circoncision, nous priant seulement de nous souvenir des pauvres; ce à quoi je n'ai pas manqué.

« Ensuite, quand Céplias vint à Antioche, je lui résista €n face, parce qu'il était digne de blâme. Avant que vinssent, en effet, les émissaires de Jacques, il mangeait avec les gentils; mais, quand ceux-ci furent venus, il commença à se soustraire et à s'isoler, par la crainte de ceux de la circoncision. Les autres juifs partagèrent son hypocrisie, si bien que Barnabe lui-même s'y laissa entraîner. Pour moi, voyant qu'ils ne marchaient pas dans la droite voie de la vérité de l'Évangile, je dis à Céphas devant tout le monde : « Si, « toi qui es juif, tu fais des actes de païen, comment peux- <i tu forcer les gentils à judaïser? Nous autres, nous sommes (i juifs par nature; nous ne sommes pas du nombre de ces « pécheurs de païens; et cependant, sachant que l'homme (( est justifié non par les œuvres de la Loi , mais par la foi « en Jésus-Christ, nous avons cru en Jésus pour être justi-

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(( fiés par cette foi. Que si après cela nous faisons revivre « les obligations légales, à quoi aura servi le Christ? 11 « aura été (ce qu'à Dieu ne plaise!) un ministre de péché. (( Se dégager d'une obligation, puis se l'imposer de nouveau (( pour y manquer, n'est-ce pas de gaieté de cœur se con- « stiiuer prévaricateur? » Pour moi, c'est par égard pour la ioi elle-même que je suis mort à la Loi, afm de vivre à Dieu. Je suis crucifié avec Christ; je ne vis plus, c'est Christ qui vit en moi, et ce reste de vie que je traîne en la chair, je le vis en la foi de Dieu et de Christ, qui m'a aimé et s'est livré pour moi. Je ne veux pas réduire à néant la grâce de Dieu ; or, si la justice est le résultat de l'observation des œuvres de la Loi, le Christ est mort pour rien.

a 0 Galates insensés, qui vous a fascinés de la sorte, vous aux yeux de qui on a tracé l'image de Jésus-Christ crucifié! Permettez-moi une seule question : Est-ce l'observation des œuvres de la Loi ou le fait d'avoir entendu prêcher la foi qui vous a valu de recevoir l'Esprit? Comment êtes-vou s si fous qu'après avoir commencé par l'Esprit , vous finissiez par la chair? Voulez-vous donc rendre inutile (que dis-je? funeste! ) tout ce qui a été fait pourvous? Celui qui vous a conféré fEsprit, celui qui a fait des miracles parmi vous, est-ce par les œuvres de la Loi ou par la foi qu'il les a faits? Rappelez -vous qu'il est dit d'Abraham : « II crut à «Dieu, et cela lui fut imputé à justice ^ » Sachez donc que ceux qui ont la foi sont fils d'Abraham... Avant le règne de la foi, nous étions enfermés dans la Loi comme dans une prison , qui nous gardait pour la ré\clation future. La Loi

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