‹ Saint PaulChapitre 275 sur 417 · Jos., Ant.. XII, m, 4; XIV, x, 20; Act., ii, 10; Cic, Pro · texte numérisé non relu

Jos., Ant.. XII, m, 4; XIV, x, 20; Act., ii, 10; Cic, Pro

3G2 ORIGINES DU CHRISTIANISME. fAn 50]

La pr(fdication de Paul et de ses disciples atteignit-elle la grande Phrygie, la région d'^Ezanes, de Synnades, de Cotiée, de Docimie? Nous avons vu que, dans ses deux premiers voyages, Paul prêcha dans la Phrygie Parorée; que, dans le second voyage, il traversa sans prêcher la Phrygie Épictète ; que, dans son troisième voyage, il traversa Apamée Kibôtos et la Phrygie dite plus tard Pacatienne. Il est infiniment probable que le reste de la Phrygie, ainsi que la Bithynie, dut aux disciples de Paul les semences du christianisme. Vers l'an 112 \ le christianisme paraît en Bithynie un culte enraciné, qui a pénétré tous les rangs de la société, qui a envahi les bourgs et les campagnes aussi bien que les villes, et amené une longue cessation du culte officiel, si bien que l'autorité romaine en est réduite à se réjouir de voir les saci'ifices reprendre, quelques fidèles revenir aux temples et les victimes trouver par-ci par-là des acheteurs. Vers l'an 112, des gens, interrogés s'ils sont chrétiens , répondent qu'ils l'ont

FlaccDj 28; Wagener, dans la Reime de l'inslr. publ. cnBelg.j 1868, p. 3, 4, U.

1. C'est la date que les dernières découvertes épigraphiques assignent à la lettre de Pline à Trajan sur les chrétiens. Noël Deisvergers, dans les Comptes rendus de l'Académie des inscriptions, 1866, p. 83-84; Moramsen, dans l' Hermès, l\\, 59, 96-98 (Berlin, 1868),

[An 50] SAINT PAUL. 303

été, mais qu'ils ont cessé de l'être « depuis plus de vingt ans * » . Certainement, cela suppose que la première prédication chrétienne avait eu lieu de ce côté du vivant de Paul.

La Phrygie fut dès lors et resta trois cents ans le pays essentiellement chrétien. Là commença la profession publique du christianisme; là se trouve, dès le iif siècle, sur des monuments exposés à tous les regards, le mot XPHSTIANO:^ ou XP12TIAN02*; là les formules tumulaires , avant de s'avouer nettement chrétiennes, renferment l'expression voilée de dogmes chrétiens^; là, dès le temps de Septimo Sévère, de grandes villes adoptent sur leurs monnaies des symboles bibliques, ou, pour mieux dire, conforment leurs vieilles traditions aux récits bibliques*.

t. Pline, Epist., X, 97. Comp. I Pétri, i, 1.

2. Corpus inscr. gr., n<" 3857 g, p, 3865 / (cf. 2883 rf ) ; Lo Bas, Inscr., III, n"" 727, 783, 785 , et les notes de Waddington ; Perrot, Expl. de la Gai., p. 126.

3. Corpus inscr. gr., n"^ 3872 b, c, 3890, 3902, 3902 f,n,o, r, 3962 (!>, 3963, 3980; Le Bas et Waddington, Inscr., III, n»' 4 654, 1703, 4899; cf. Jluratori , Inscr., 4 949, 3. Je crois toutes ces inscriptii i; clirétiennes. Notez n° 3863 i du Corpus, où l'on sent également un effort pour éviter les formules païennes. Comparez comme contraste, en Pisidie, les inscriptions n°' 4380 r, s, t.

4. Médailles d'Apamée Kibôtos. Eckhel, III, 4 32-'l39-, Maddcn, dans Numismatic chronicle, nouv. série, vol. VI, p. 1'73 et suiv. Sur une particularité analogue, mais douteuse, des monnaies de la

3G4 ORIGINES DU CHniSTI A "VISME. [An 56]

Un grand nombre des chrétiens d'Ephèse, de Rome venaient de Piirygie. Les noms qui se montrent le plus souvent sur les monuments de la Phrygie sont les vieux noms chrétiens, les noms spéciaux de l'âge apostolique, ceux qui remplissent les martyrologes \ Il est bien probable que cette prompte adoption de la doctrine de Jésus tenait à la race et aux institutions religieuses antérieures du peuple phrygien ^

ville de Mœonie, voir De Witte et Ch. Lenormant, dans les Mélanges d'archéol. des PP. Martin et Cahier, t. Ilï, p. M% et suiv.; 196 et suiv. Iconium adopia de même le mythe d'Hénoch. Voir Etienne de Byz., au mot ticovtov; Ch. Millier, Fragm. hist. gr., III, 524; IV, 538 et suiv. Cf. Carm. sibijll., I, 261 et suiv.; Hérodote, II, 2; Moïse de Khorène (?), Géogr., p. 349 (t. II des Mém. de Saint- Martin). Le grand marais de Lycaonie avait inspiré des mythes diluviens. Ovide, Met., VIII, 696 et suiv.

1 . Trophime, ïychique, ïryphène, Télesphore, Papias, Onésime, Abascance, etc. Ces noms sont, du reste, communs à toute l'Asie occidentale. Corpus mscr. gr., 2788, 3664, 3747 n^ 3857 c, k,r, l, u, 3865 i, 3953 h, 4224 c, 4527, 4240 c, 4388 (cf. Garrucci, Diss., II, p. 183); Vevvo\,Expl. de la Gai., p. 127, 128; Wagener, Inscr. d'Asie Min., p. 19; Le Bas, Inscr.. III, 22, 341, 358, 644 (nonobstant la correction), 667, 718, 737, 741, 779, 781, 784, 792, 804, 805, 807, 808, 815, 818, 819, 821, 822, 1104, 1671, 1690, 1774; Waddington, Voy. nuin., p. 55, 134. Pour le nom de Graplé {Pasteur d'Herm., vis. u, 4), cornp. Corp. i. 5^., 3857 q; Le Bas, III, 782, 1567 (voir cependant Jos., D. J., IV, ix, 11; Orelli, 4610); Pape, WcerL, s. h. v.

2. Notez surtout 0£û< û']-i'aTM ( Le Bas, III, n° 708; VVagener, p. 39-40). Comp. Miss, de J'hcn , p. 234 et suiv.

[An 5C] SAINT PAUL. 365

Apollonius de Tyane eut , dit-on . des temples chez ces populations naïves ; l'idée de dieux i'evêtus de forme humaine leur paraissait toute naturelle. Ce qui nous reste de la vieille Phrygie respire souvent quelque chose de religieux, de moral, de profond, d'analogue au christianisme *. De bons ouvriers, près de Cotiée, font un vœu « aux dieux saints et justes ■ » ; non loin de là, un autre vœu est adressé « au Dieu saint et juste ' » . Telle épitaphe en vers de cette province, morceau peu classique, incorrect et mou de forme, semble empreinte d'un sentiment tout moderne, d'une sorte de romantisme touchante Le pays lui-même dillère beaucoup du reste de l'Asie. Il est triste, austère, sombre, portant l'empreinte profonde de vieilles catastrophes géologiques, brûlé ou plutôt incinéré, et agité par des tremblements de terre fréquents ^

Le Pont et la Cappadoce entendirent vers le même

Page 1