Ammien Marcellin, XXII
4 ORIGINES DU CliniSTIANISME. [An 45]
chirées du mont Coryphée; derrière lui, dans les nuages, les neiges du Taurus et la côte de Cilicie, qui ferme le golfe d'Issus. L'heure était solennelle. Bien que sorti depuis plusieurs années du pays qui fut son berceau, le christianisme n'avait pas encore franchi les limites de la Syrie. Or, les Juifs considéraient la Syrie tout entière jusqu'à l'Amanus comme faisant partie de la terre sainte, comme participant à ses prérogatives, à ses rites et à ses devoirs ^ Voici donc le moment où le christianisme quitte réellement sa terre natale et se lance dans le vaste monde.
Paul avait déjà beaucoup voyagé pour répandre le nom de Jésus. Il y avait' sept ans qu'il était chrétien , et pas un jour son ardente conviction ne s'était endormie. Son départ d'Antioche avec Barnabe marqua cependant un changement décisif dans sa carrière. Alors commença pour lui cette vie apostolique où il déploya une activité sans égale et un degré inouï d'ardeur et de passion. Les voyages étaient alors fort difficiles, quand on ne les faisait pas par mer ; les routes carrossables et les véhicules
4. Misclma, Schcbiitj vi, 1 ; Challah, iv, 8; Tosiphta Challah, ch. 2; Talm. de Jér., Sehebiit, vi, 2; Talm. de Bab., GiUiHj 8 a: Targum de Jérusalem, Nombres, xxxiv, ,s; saint Jcrùmo, lipisl. ad Dardanuni (Martianay, II, 609). Cf. Néubaucr, la Céogr. du Talmud, p. 3 et suiv.
[An 45] SAINT PAUL. 5
n'existaient guère. Voilà pourquoi la propagation du christianisme se fit le long des côtes et des grands fleuves. Pouzzoles, Lyon eurent des chrétiens quand une foule de villes voisines du berceau du christianisme n'avaient pas entendu parler de Jésus.
Paul, ce semble, allait presque toujours à pied *, vivant sans doute de pain , de légumes et de lait. Dans cette vie de piéton errant, que de privations, que d'épreuves ! La police était négligente ou brutale. Sept fois Paul fut enchaîné*. Aussi, quand il le pouvait, préférait-il la navigation. Assurément aux heures où elles sont calmes, ces mers sont admirables; mais, tout à coup aussi, ce sont de fous caprices; s'échouer sur le sable, s'accrocher à un débris , est alors le seul parti à prendre. Le péril était partout: « Les fatigues, les prisons, les coups, la mort, dit le héros lui-même, j'ai goûté tout cela avec surabondance. Cinq fois les Juifs m'ont appliqué leurs trente -neuf coups de cordes^; trois
1. Act.j IX, 4, 8; XX, 13. Il est vrai que irê^eûeiv en ce second cad peut simplement être opposé à irXeîv,