Voir Ci-dessus, p. 398 et suiv
[An 58] SAINT PAUL. 481
contrisles ton frère, prends garde; à cause d'une question de viandes, ne perds pas une âme pour laquelle Christ est mort. Le royaume de Dieu n'a rien à faire avec le manger et le boire; il se résume en justice, paix, joie, édification*.
Les disciples de Paul furent plusieurs jours occupés à copier ce manifeste, à l'adresse des diverses Églises. L'épître aux Eglises de Macédoine fut écrite par Tertius. Les Macédoniens qui accompagnaient Paul et les Corinthiens qui avaient des relations avec les Eglises du nord de la Grèce profitèrent de l'occasion pour saluer leurs frères -. L'épître aux Ephésiens contenait la salutation nominale de Paul à presque tous les chrétiens de cette grande Église. Comme il y avait peu de relations entre Corinthe et la Macédoine, d'une part, Éphèse, de l'autre, l'apôtre ne parle pas aux Éphésiens du monde qui l'entoure; mais il leur recommande vivement Phœbé, diaconesse de Kenchrées, qui probablement leur porta la lettre. Cette pauvre femme partit pour un rude voyage
\. Rom., XIV et xv, 1-13, en observant que ces doux passages se répètent et ne faisaient pas partie du même exemplaire de l'épître. Voir l'introd., p. lxiii-lxiv.
2. Rom., XVI, 21-24. Voir l'introduction, p. lxx. Comparez des dt<n:aa{z.ci semblables x.a.T ovcp-a dans un papyrus du Louvre. Notices el exlrails, t. XVIII, 2« partie, p. 422.
482 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 58]
d'hiver à travers l'Archipel sans autre ressource que la recommandation de Paul. L'Église d'Éphèse était priée de la recevoir d'une façon digne des saints et de pourvoir à tous ses besoins ^ Paul avait probablement quelques inquiétudes sur les intrigues du parti judéo-chrétien à Ephèse; car, à la fin de la lettre, il ajouta de sa main :
Or, je vous invite, frères, à prendre garde à ceux qui sèment des divisions et des scandales contre la doctrine que vous avez apprise. Evitez-les; car ceuxlà servent non pas notre Seigneur Christ, mais leur ventre, et, par leurs flatteries, par leurs cajoleries, ils séduisent les cœurs des simples. Votre docilité est partout vantée; je me réjouis donc de vous; mais je veux que vous soyez sages pour le bien et innocents devant le mal. Le Dieu de paix écrasera bientôt Satan sous vos pieds * . »
Nous avons vu que saint Paul, en rédigeant cet
1. Rom., XVI, 1-2. Voir l'introduction, p. lxv, lxix-lxx. Ces deus versets sont bien plus entraînés vers ce qui suit que vers ce qui précède. Quoique rien ne fût au-dessus du dévouement de Phœbé, on comprend mieux qu'elle ait fait en hiver un voyage de quatre-vingts lieues qu'un voyage de trois cents lieues. Ajoutons qu'il est plus naturel que Paul ait recommandé Pliœbé aux Éphésiens, qu'il connaissait, qu'aux Romains, qu'il ne connaissait pas.