II Thess., ni
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nir les murmures : on devient très-regardant sur les questions d'argent à force de vivre au milieu de gens qui y songent beaucoup. Partout où Paul faisait quelque séjour, il s'établissait et reprenait son métier de tapissier*. Sa vie extérieure ressemblait à celle d'un artisan qui fait son tour d'Europe, et sème autour de lui les idées dont il est pénétré.
Un tel genre de vie, devenu impossible dans nos sociétés modernes pour tout autre qu'un ouvrier, est facile dans les sociétés où, soit les confréries religieuses, soit les aristocraties commerciales constituent des espèces de franc-maçonneries. La vie des voyageurs arabes, d'Ibn-Batoutah par exemple, ressemble fort à celle que dut mener saint Paul. Ils circulaient d'un bout à l'autre du monde musulman, se fixant en chaque grande ville, y exerçant le métier de kadhi, de médecin, s'y mariant, trouvant partout un bon accueil et la possibilité de s'occuper. Benjamin de Tudèle et les autres voyageurs juifs du moyen âge eurent une existence analogue, allant de juiverie en juiverie, entrant tout de suite dans l'intimité de leur hôte. Ces juiveries étaient des quartiers distincts, fermés souvent par une porte, ayant un chef de reli-
i. Act.j XVIII, 3; XX, 34; I Thess., ii, 9; Il Tliess., m, 8; I Cor., IV, 4 2.
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gion, avec une juridiction étendue; au centre, ii y avait une cour commune et d'ordinaire un lieu de réunion et de prières. Les relations des juifs entre eux, de nos jours, présentent encore quelque chose du même genre. Partout où la vie juive est restée fortement organisée, les voyages des israélites se font de ghetto en ghetto^ avec des lettres de recommandation. Ce qui se passe à Trieste, à Constantinople , à Smyrne, est sous ce rapport le tableau exact de ce qui se passait, du temps de saint Paul , à Éplièse, à Thessalonique, à Rome. Le nouveau venu qui se présente le samedi à la synagogue est remarqué, entouré, questionné. On lui demande d'où il est, qui est son père, quelle nouvelle il apporte. Dans presque toute l'Asie et dans une partie de l'Afrique, les juifs ont ainsi des facilités de voyage toutes particulières , grâce à l'espèce de société secrète qu'ils forment et. à la neutralité qu'ils observent dans les luttes intérieures des différents pays. Benjamin de Tudèle arrive au bout du monde sans avoir vu autre chose que des juifs ; Ibn - Batoutah , sans avoir vu autre chose que des musulmans.
Ces petites coteries formaient des véhicules excellents pour la propagation des doctrines. On s'y connaissait beaucoup ; on s'y surveillait sans cesse ; rien n'était plus éloigné de la banale liberté de nos socié-
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tés modernes , où les hommes se touchent si peu. Les divisions des partis se font selon la religion chaque fois que la politique n'est pas le premier souci d'une cité. Une question religieuse tombant dans ces comités d'Israélites fidèles mettait tout en feu, déterminait des schismes, des rixes. Le plus souvent , la question religieuse n'était qu'un brandon avidement saisi par des haines antérieures , un prétexte que l'on prenait pour se compter et se dénommer.
L'établissement du christianisme ne s'expliquerait ^as sans les synagogues, dont le monde riverain de la Méditerranée était déjà couvert quand Paul et les autres apôtres se mirent en route pour leurs missions. Ces synagogues étaient d'ordinaire peu apparentes ; c'étaient des maisons comme d'autres, formant avec le quartier dont elles constituaient le centre et le lien un petit viens ou angiport. Un signe distinguait ces quartiers : c'était l'absence d'ornements de Bculpture vivante , ce qui forçait de recourir pour la décoration à des moyens gauches, emphatiques et faux. Mais ce qui mieux que toute autre chose désignait le quartier juif au nouveau débarqué de Séleucie ou de Césarée, c'était le signe de race, ces jeunes filles vêtues de couleurs éclatantes, de blanc, de rouge, de vert, sans teintes moyennes ; ces matrones
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à la figure paisible, aux joues roses, au léger embonpoint, aux bons yeux maternels. Arrivé et bien vite accueilli, l'apôtre attendait le samedi. Il se rendait alors à la synagogue. C'était un usage , quand un étranger qui semblait instruit ou zélé se présentait, de l'inviter à dire au peuple quelques mots d'édification ^ L'apôtre profitait de cet usage et exposait la thèse chrétienne. Jésus avait procédé exactement de cette manière*. L'étonnement était d'abord le sentiment général. L'opposition ne se faisait jour qu'un peu plus tard, lorsque des conversions s'étaient produites. Alors^ les chefs de la synagogue en venaient aux violences : tantôt ils ordonnaient d'appliquer à l'apôtre le châtiment honteux et cruel qu'on infligeait aux hérétiques; d'autres fois, ils faisaient appel aux autorités pour que le novateur fût expulsé ou bàtonné. L'apôtre ne prêchait les gentils qu'après les juifs. Les convertis du paganisme étaient en général les moins nombreux , et encore presque tous se recrutaient-ils dans les classes de la population qui élaient déjà en contact avec le judaïsme et portées à l'embrasser.
Ce prosélytisme, on le voit, n'atteignait '|ue les
'1. Act., xiii, 14-16, XVI, 13, XVII, 2. 2. Luc, IV, 16.
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villes. Les premiers apôtres chrétiens ne prêchèrent pas les campagnes. Le paysan (paganus) fut le dernier à se faire chrétien. Les patois locaux que le grec n'avait pas déracinés dans les campagnes en étaient en partie la cause. A vrai dire, le paysan disséminé hors des villes était chose assez rare dans les pays et à l'époque où le christianisme se répandil d'abord. L'organisation du culte apostolique consistant en assemblées ( ecctesia ) était essentiellement urbaine. L'islamisme, de même, est aussi par excellence une religion de ville. Il n'est complet qu'avec ses grandes mosquées, ses écoles, ses oulémas, ses muezzins.
La gaieté , la jeunesse de cœur que respirent ces odyssées évangéliques furent quelque chose de nouveau , d'original et de charmant. Les Actes des Apôtres y expression de ce premier élan de la conscience chrétienne, sont un livr'=> de joie^ , d'ardeur sereine. Depuis les poèmes homériques, on n'avait pas vu d'œuvre pleine de sensations aussi fraîches^ Une brise matinale, une odeur de mer, si j'ose le dire, inspirant quelque chose d'allègre et de fort, pénètre tout le livre et en fait un excellent compagnon de voyage, le bréviaire exquis de celui qui