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CHAPITRE IL

SUITE DU PREMIER VOYAGE I>E SAINT PAUt. — MISSION DE GALAXIE.

La mission, contente de ce qu'elle avait fait à Chypre , résolut d'attaquer la côte voisine d'Asie Mineure. Seule, entre les provinces de ce pays, la Cilicie avait entendu la prédication nouvelle et possédait des Églises *. La région géographique que nous appelons l'Asie Mineure n'avait aucune unité. Elle était composée de pays profondément divers sous le rapport de la race et de l'état social. La partie occidentale et la côte tout entière étaient entrées , dès une haute antiquité , dans le grand tourbillon de civilisation commune dont la Méditerranée était la mer intérieure. Depuis la décadence de la Grèce et de l'Egypte ptolémaïque , ces contrées pas-

\. Comp. Act-, XV, 23.

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saient pour les pays les plus lettrés qu'il y eut, ou du moins pour ceux qui produisaient le plus d'hommes distingués en littérature ^ La province d'Asie, l'ancien royaume de Pergame , notamment , étaient , comme on dit aujourd'hui , à la tête du progrès. Mais le centre de la presqu'île avait été médiocrement entamé. La vie locale s'y continuait comme aux temps antiques ^ Plusieurs des idiomes indigènes n'avaient pas encore disparue L'état des voies publiques était

1. Qu'il suffise de rappeler Apollonius de Perge, Aratus, Denys d'Halicarnasse, Strabon, Épictète, Dion Cluysostome, Pausanias, Dioscoride, Alexandre d'Aphrodisias, Alexandre de Traites, Soranus, Rufus d'Éphèse, Arétée,Galien, Phlégon de Tralles. Sur Pergame, Sardes, Tarse, Nysa, voir Strabon (XIII, iv, 3, 9; XIV, i, 48; V, 13-15).

2. Encore aujourd'hui, la forme des maisons en Carie, en Lycie, est plus archaïque qu'en aucun lieu du monde.

3. Pour la Lycaonie, voir Act., xiv, 11 (cf. Etienne de Byz., au mot Ae'pCyi); pour la Lycie, Dion Cassius, XL, 17 (Sturz, III, p. 759); pour la Cappadoce et la Paphiagonie, Strabon, XII,

III, 25; pour les Pisidiens et les Solymes, Strabon, XIII, iv, 17. Le lydien avait disparu en Lydie : Strabon , XIII, iv, 17. En Mysie et en Bithynie, on ne parlait plus que le grec: Strabon, XII,

IV, 6. Pour la Galatie, voir Strabon, XII, v, 1. Le passage de saint Jérôme, Comm. in Epist. ad Gai., 1. II, prol., a peu de poids. Les noms gaulois disparaissent en Galatie vers le temps de Tibère : Perrot , De Galatia prov. rom., p. 88 et suiv. En Plirygie, les paysans et les esclaves parlent seuls le phrygien. Voir les nombreuses glosses d'Asie Mineure, recueillies dans les Arica

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fort mauvais ^ Tous ces pays n'avaient, à vrai dire, qu'un seul caractère commun; c'était une crédulité sans bornes, un penchant extrême à la superstition. Les anciens cultes, sous leur transformation hellénique et romaine, gardaient beaucoup de traits de leur physionomie primitive -. Plusieurs de ces cultes jouissaient encore d'une vogue extrême et avaient une certaine supériorité sur les cultes gréco-romains. Aucun pays ne produisait autant de théurges , de théosophes. Apollonius de Tyane y préparait, à l'épo-

de P. Bœtticher, et dans les Gesammelte Abhandlungen du même auteur.

4. Les grands progrès sous ce rapport furent accomplis par Vespasien. Henzen, Inscr. lai., n" 6913; Perret, De Gai. proo, rom., p. 102.

2. Pour Iconium, voir Corpus inscr. gr., n» 3993, et les notes de Cavedoni. Pour la Lydie et la Phrygie, voir Le Bas, /«scr.^ I![, n<" 600 a, 604, 655, 667, 668, 669, 675, 678, 680, 685, 688, 699, 699 a, 700, et les notes de Waddington; Wagener, Inscr. d'As. Min., p. 3 et suiv. Pour Laodicée sur le Lycus, Waddington, Voy. en As. Min. au point de vue numismatique , p. 26 et suiv. Pour Aphrodisias et Sébaslopolis, ibid., p. 43 et suiv , 54-55. Pour Mylasa, Le Bas, III, n"' 340 et suiv. Pour le culte des Solymes, Corpus inscr. gr., n° 4366 k el q ; Waddington, sur le n° 1202 de Le Bas ( III ). Pour la Lycie, Corpus, n<" 4303 i et k; Le Bas, III, 1229. Pour la Pisidie, Waddington, sur les n-'M 209, 1210 de Le Bas (III); Voy. numismatique, p. 99, 105-107, 140-141. Les deux Gomanes et Pessinonle gardaient toute leur organisation sacerdotale.

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que OÙ nous sommes, sa bizarre destinée. Alexandre d'Abonotique et Pérégrinus Protée allaient bientôt séduire des provinces, l'un par ses miracles, ses prophéties, ses grandes démonstrations de piété; l'autre par ses roueries ^ Artémidore d'Ephèse% JElius Aristide ^ offrent le phénomène bizarre d'hommes associant des sentiments sincères et vraiment religieux à des superstitions ridicules, à des idées de charlatans. Dans aucune partie de l'empire , la réaction piétiste qui se produisit à la fin du premier siècle en faveur des cultes anciens et contre la philosophie positive ne fut plus caractérisée*. L'Asie Mineure était, après la Palestine, le pays le plus religieux du monde. Des

i . Lucien, Alexander seu pseiidomantis (ouvrage qui n'est pas un pur roman; cf. Athénagore, Leg., 26, et les monnaies d'Abonotique; ; De morle Peregrini (même observation; cf. Athénagore, /. c; Tatien, adv. Grœc, 25; Aulu-Gelle, Noct. ait., XII, 11 ; Philostrate, Vies des soph., II, i, 33 ; Eus., Chron., ad olymp. 236).

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