La VRAIE circoncision est la circoncision du cœur
25) Y^fp lie cette péricope à ce qui précède, probablement parce que la circoncision elle-même est un commandement de la Loi. Le Juif pouvait alléguer qu'il y avait du moins dans la Loi un point qu'il accomplissait toujours et qui lui conférait des privilèges indélébiles, la circoncision. Le circoncis en effet ne pouvait descendre dans la Géhenne à moins qu'il n'ait pratiqué l'opération que Paul nomme IjtidTcav (I Cor. vu, 18) pour la rétracter autant que possible [b. 'Erubin, 19*). D'autres admettaient pourtant que les grands criminels juifs étaient condamnés à la Géhenne ; mais alors l'opération était pratiquée préalablement par Abraham ou par Dieu lui-môme ( Weber, p. 266 ; 342). Aucun rabbin, semble-t-il, ne fut assez pénétré de l'importance de la loi morale en elle-même pour tenir le langage que tient ici s. Paul. — Il reconnaît d'ailleurs l'avantage de la circoncision qui faisait de chaque enfant un membre du peuple de Dieu; mais elle l'engageait aussi à pratiquer la Loi. S'il la transgressait, il n'était plus fils de l'alliance, il était redevenu païen. Évidemment Paul ne raisonne pas avec un judéo-chrétien des avantages ou des inconvénients de la circoncision. Son Juif est même moins une personne concrète qu'un type; c'est le judaïsme lui-même qui est sur la sellette.
La Vg. n'a pas traduit ^ap; lire nam circumcisio quidejn, etc.
transgresses la Loi, de circoncis tu es redevenu incirconois. ^6 si donc l'incirconcis garde les préceptes de la Loi, ne faudra-t-il pas le regarder comme circoncis? ^7 De sorte que l'incirconcis, demeuré tel que l'a fait la nature, qui aura accompli la Loi, te jugera, toi qui, avec la lettre et la circoncision, auras transgressé la Loi. ^^ Ce n'est pas celui qui parait Juif à l'extérieur [qui est le véritable Juif], et ce n'est pas la circoncision qui paraît à Fextérieuj' dans la chair [qui est la véritable circoncision]; 2* mais c'est le Juif qui ne se
26) La seconde proposition est encore plus hardie. Les Rabbins enseignaient qu'un Juif coupable pourrait être condamné à la Géhenne, mais ils n'eussent pas concédé qu'un païen pouvait être sauvé en pratiquant la loi naturelle. Aussi Paul exprime-t-il cette opinion si nouvelle par une interrogation. Néanmoins la réponse est évidemment affirmative. 'Eâv avec le subj. peut indiquer un fait réalisé, mais plus naturellement une hypothèse, et c'est bien le cas ici; la question est théorique. Les 8tx«t(j5[i.aTa tou v6|j.ou contenaient en première ligne le culte d'un seul Dieu. Paul nous a dit que le païen pouvait le connaître; en lui rendant son hommage, il cessait d'être païen. On lui en tiendra compte, c'est-à-dire Dieu, au jour du jugement.
La phrase n'esLpas très correcte; aÙToîî après «xpoSuarfa prouve que ce mot est pris la seconde fois dans son sens naturel, tandis que le premier dtxpoSuuTfa était pour « celui qui a le prépuce ».
27) y.af marque la conséquence; ce n'est pas une nouvelle interrogation, c est une réponse à cette interrogation, qui pousse les choses plus loin. Non seulement on tiendra compte au gentil de ses œuvres, mais encore il jugera le Juif transgresseur. A la lettre c'est toujours une comparaison entre la circoncision et le prépuce. — h. cp6aswç a étonné, puisque le prépuce est naturel à tous; on a donc joint ces mots à TEXouaa, comme s'il y avait çuaet, cf. Il, 14. Mais il faut au contraire les joindre à (JxpoSuarfa puisque l'article ^ les précède. Garder le prépuce, c'est se conformer à la nature. Ceux-là, en observant la Loi, la conduisent à son terme (-ceXouaa), réalisent son but. — Zii « au travers de », c'est-à-dire au milieu de telles circonstances, comme IV, 11. Il suffisait de dire qu'au jour du jugement l'un serait reconnu juste, l'autre condamné, d'autant que le judaïsme a toujours eu grand soin de réserver le jugement à Dieu. Il est donc assez probable que Paul est ici l'écho de Jésus (cf. Mt. xii, 41); les gens de Ninive condamneront (xaraxpivoïïaiv) cette génération; xptvet doit avoir ici le sens de condamner.. C'est une réponse au v. 1, xpfvwv, r.pfvstç, celui qui juge (pour condamner), sera jugé. Déjà Jésus avait dit : èv S> yhp xptfxaTt xpfvsTe xptSrjdeaOe (Mt. vu, 2).
Dans la Vg. supprimer id avec WW. et l'interrogation à la fin. Fer doit être interprété in statu liiterae etc.
28) 'louSaîoç est attribut, comme ensuite nspiToixyj, sous-entendu 'éaxi que la Vg.-Clém. a exprimé (WW om.).
29) Après 'louSatoç, sous-entendre 'louBaWç lurt, et de môme après xap8(«{, sous-entendre TtîpiTOjjLT) Iqxi.
montre pas, et c'est la circoncision du cœur, selon l'esprit et non selon la lettre; celui qui ne tient pas sa louange des hommes, mais de Dieu.
Le vrai Juif est celui qui a intérieurement les vertus que suppose sa foi religieuse; la vraie circoncision est celle du cœur; l'opposition était déjà marquée entre la circoncision de la chair et celle du cœur par Jérémie (ix, 26) : ta ïôvr) inspfTjArjTa aapxf, -aoX jîSç oTxoç 'lapa^X dcjt5piT[xY]T0i xapBi'aç aùifiJv. La circoncision était regardée comme le retranchement d'une impureté naturelle, et rendait apte à faire partie du peuple de Dieu. Un cœur incirconcis est donc un cœur souillé. Au contraire la circoncision du cœur purifie l'âme; c'est une circoncision de l'ordre de l'esprit [ht 7îv£\S[j.aTt, Thom. : per spiriium facta), non plus l'accomplissement d'une formalité légale écrite (où Ypà(j.[x«-ct).
L'Apôtre explique donc simplement ce qu'il faut entendre par la circoncision du cœur; il ne fait pas allusion à l'action de l'Esprit-Saint (contre Corn.]\ car où serait l'opposition entre l'Esprit-Saint et la lettre?
o3 se rapporte au Juif qui est en tête de la phrase les deux fois (v. 26 et 29). Manifestum est enim, dit s. Thomas, c/uod in omnibus judicium divinum praeferendum est humano. Ea çero quae exterius apparent, sive sit ludaismus, sipe circumcisio, laudantur ah hominihus ; sed ea quae sunt in abscondito, laudantur secundum judicium divinum : quia ut dicitur I Reg. xv» homines vident quae apparent, Deus autem intuetur cor. Unde relinqukur quod interior ludaismus et circumcisio praevalet eœieriori. Peut-être Paul a-t-il choisi le mot ^7:«tvos « louange », à cause du sens étymologique du nom du patriarche Juda (lehouda, louange).
Par ce principe incontestable que Dieu n'estime que la vertu véritable, celle de l'intérieur, du cœur et de l'esprit, Paul préparait sa théorie du véritable Israël donnant aux chrétiens qualité pour revendiquer dans le sens spirituel tous les privilèges attribués à Israël par l'A. T. Au reste la maxime de Paul a fini par trouver place dans la littérature juive. L'auteur du Nisçakhôn (de 1399) a écrit : « celui dont. la foi n'est pas droite, sa circoncision n'en fait pas un juif; et celui dont la foi est droite, celui-là est Juif, Quoiqu'il ne soit pas circoncis » {Pugio ftdei, fol. 140).
Dans la Vg.-Clém., est après ludaeus, introduit pour la clarté, n'est pas indispensable (WW. om.).
Note sur le salut des gentils. — La thèse de Paul dans ce deuxième chapitre était certainement de nature à froisser le judaïsme officiel. Non qu'il ait déjà dit ouvertement que, depuis Jésus-Christ, la Loi ne servait plus de rien. Il n'en est encore qu'à comparer la situation des gentils à celle des Juifs. Et il ne préfère pas non plus aux Juifs les gentils auxquels il a si fortement reproché de n'avoir pas voulu rendre à Dieu le culte qui lui était diï. Il ne dit même pas, comme Chrysostome l'a remarqué finement, qu'un bon gentil est supérieur à un bon
Juif. Il (lit seulement qu'un bon gentil est supérieur à un mauvais Juif, et c'est même lui qui est le véritable Juif, celui qui plaît à Dieu. Les bons Juifs valent mieux que les bons gentils, mais les mauvais Juifs sont encore plus coupables que les mauvais gentils, et les bons gentils jugeront les mauvais Juifs, parce que le jugement sera rendu selon les œuvres de la loi morale.
Mais saint Paul ne dit pas pour autant que ce bon gentil est un gentil idolâtre, et il est quelque peu étrange que Cornely ait prêté cette opinion à Chrysostome (p. 151). Ce saint docteur dit au contraire expressément : « il parle d'un gentil qui ne soit pas idolâtre, mais craignant Dieu et vertueux et (cependant) affranchi des observances légales » ( P. G. LX, 437). Et cela paraît être en parfaite harmonie avec ce qui précède. La masse des gentils était tombée dans le péché et le vice parce qu'elle avait refusé de reconnaître le vrai Dieu que lui révélait la nature ; le gentil observateur de la loi morale révélée à sa conscience par la nature devait être aussi un adorateur du vrai Dieu. Cette adoration était même le principe de sa vie morale. Et en fait Paul devait avoir entendu parler de cette catégorie de gentils qui se rapprochaient du judaïsme par la confession d'un Dieu unique, sans franchir le pas de la circoncision (cf. Le Messianisme... p. 275 ss.).
Même entendue ainsi, en supposant un gentil qui avait reconnu l'unité de Dieu, et même rendu hommage au Dieu d'Israël, la thèse de Paul était trop libérale pour les Juifs. Il serait aisé de citer les textes qui prouvent que le salut était regardé comme impossible sans la circoncision. Pour être tout à fait exact, il faut ajouter que les exigences ont été croissant, à mesure que le judaïsme a senti la nécessité de fortifier sa barrière et de poser plus crûment son dilemme : ou circoncis, ou damné. Au temps de saint Paul on eût pu rencontrer tel juif disant que le principal était d'honorer Dieu. Il est vrai que c'était dans un cas de nécessité et par politique (Jos. Ant. XX, ii, 4; cf. Le Messianisme... p. 280 ss.). De sorte que c'est sûrement d'après ses lumières comme chrétien, et probablq,ment en suivant l'enseignement de son Maître (cf. sur II, 27), que Paul s'est élevé à cette hauteur morale.
D'ailleurs il n'a parlé ici que de la règle objective de la morale, écrite ou non écrite, sans faire entrer en ligne explicitement les principes subjectifs de l'action, la volonté et la grâce, la grâce étant d'ailleurs supposée par l'action divine conduisant à la pénitence (ii, 4), et le libre arbitre sauvegardé par la responsabilité, condition des châtiments et des récompenses. La doctrine était assez claire, et profondément pénétrée de cette idée que la religion positive doit aboutir aux œuvres, faute de quoi elle n'est qu'un scandale pour ceux du dehors, et un motif en plus de condamnation pour ceux qui oseraient se réclamer d'elle. Les anciens Pères latins l'avaient entendu ainsi, et les Pères grecs ne l'ont jamais
pris autrement. Saint Augustin n'osa pas condamner cette exégèse, mais désireux de prévenir et de rendre inefficaces les objections pélagiennes, il affirma que Paul, parlant des gentils, avait en vue les gentils convertis au christianisme : Ideo dicuntur sine Lège naturaliter ea quae Legis sunt facette, quia ex gentibus venerunt ad Evangelium, non ex circumcisione, eut Lex data est, et propterea. naturaliter, quia ut crederent, ipsa in eis est per Dei gratiam correcta natura [C. Julian. IV, m, 25). Grâce à l'autorité d'Augustin, ce contresens acquit droit de cité dans l'exégèse latine, et exerça une influence très fâcheuse au temps de Luther et ensuite de Baïus. Il est définitivement exclu de l'exégèse catholique, et les protestants ont été les premiers à y renoncer.