‹ Saint Paul [microform] (volume 2)Chapitre 64 sur 110 · Le service du péché et le service de Dieu · texte numérisé non relu

Le service du péché et le service de Dieu

Jusqu'à présent Paul s'est servi de termes si forts, l'idéal qu'il décrit est si élevé, que les chrétiens auraient pu se croire transportés dans une sphère où ils eussent été préservés du péché par le seul fait de leur union au Christ, sans que rien puisse les faire déchoir de cette vie nouvelle et déjà ressuscitée. Cependant, déjà au v. 6, il avait indiqué qu'on était exposé à servir de

façon que vous obéissiez à ses convoitises, ^^ et ne mettez pas vos membres au service du péché comme des armes d'injustice, mais mettez- vous au service de Dieu comme vivants, de morts que vous étiez, et mettez vos membres au service de Dieu comme des

nouveau le péché, toujours menaçant à l'horizon. Maintenant il exhorte les fidèles à ne pas retomber sous son joug, au risque de devenir même les instruments de son règne.

Le péché, d'après s. Augustin, Cornely, est la concupiscence qui demeure après que le péché originel a été effacé. C'est une transposition théologique exacte, mais avec une précision qui n'est pas dans le texte. Le péché est toujours cette même entité personnifiée, qui est entrée dans le monde avec le péché d'Adam, qui a régné, et qui veut régner encore.

12) D'après les Grecs, Paul dit paatXsuEtv non TupawEusiv, Bstxvûwv 8t[ éxovTwv PaatXsiisi, x«\ oùx dcjtà t^ç oast'aç 8uva(JLltoç, àXX' ànb t^ç tKv paaiXsuo^^vtov pa6u[;.taç [Euth.). Le tyran impose son pouvoir de force, le roi ne peut établir son pouvoir que du consentement de ceux qui l'acceptent. C'est un peu subtil.

Le règne du péché est acquis quand il s'établit sur l'âme, lorsqu'elle obéit aux mauvais désirs en y cédant. Mais c'est ordinairement par le corps que viennent les tentations du nouveau converti. L'esprit qui s'est donné à Dieu dans le Christ garderait sa ferveur, si le corps, qui a été un corps de péché, n'était encore enclin à ses anciennes habitudes. Paul le nomme un corps mortel, pour rappeler que malgré l'état mystique de résurrection le corps n'a pas changé de nature; il a encore son entraînement vers la volupté, la mollesse, le désir des richesses pour satisfaire ses passions. Obéir à ces concupiscences serait se soumettre au règne du péché; c'est ainsi que jadis Dieu, pour punir les hommes, les a livrés aux désirs de leurs cœurs (i, 24), désirs que Paul nomme ailleurs les désirs de la chair (Gai. v, 16; Eph. ii, 3). S. Thomas : obecUre enim per consensum mentis concupiscentiis peccati, est peccatum regnare in nobis. Donc l'obéissance aux concupiscences ne marque pas la fin poursuivie par le péché (Lips.), mais plutôt le moyen dont il se sert, en d'autres termes di xd avec l'infinitif n'a pas le sens final. Les Latins ont compris les concupiscences du péché, eius, se. peccati, contresens favorable à l'idée qu'il s'agit ici du péché originel. Il est plus juste de dire que le fomes survivant au péché originel, et exprimé par les désirs du corps («ÙTou masc, &[AapTÎa fém.), est comme un point de départ pour le règne du péché personnifié.

13) L'opposition du prés. îtapiaTdtvste et de l'aor. TîapaarrfaaTS est voulue. L'aoriste étant un temps historique qui note un fait dans son accomplissement transitoire, napaaTrjaa-ce signifie : « donnez-vous maintenant une bonne fois », et [AvjSs TîocpiaTravETe « ne VOUS laissez pas aller dans les occasions à faire... ».

— grtXa en grec peut signifier « instruments », mais dans le N. T. il s'agit toujours d'armes, et c'est le sens ici, où il s'agit d'un règne à étendre. Dans les cités antiques, le premier soin du simple particulier devenu le maître,

armes de justice, ^^ car le péché n'aura plus d'empire sur vous : en effet vous n'êtes pas sous la loi, mais sous la grâce.

^^ Quoi donc ? Faut-il que nous péchions, parce que nous ne sommes

était de prendre des gardes du corps armés pour soutenir sa domination. Ainsi le péché souhaiterait que les membres du corps fussent des armes à sa disposition, des armes destinées à faire prévaloir l'injustice dans l'homme qui est lui-même l'enjeu et le théâtre du combat. Et en effet la perpétration extérieure du péché achève d'établir le règne du péché.

— àfiixi'a ne marque pas l'injustice proprement dite, à l'égard du prochain ; le mot a été choisi, par opposition à Stxatoaiivyj, dans le sens vague de i, 18. — àae{ non pas « comme si vous étiez », mais « étant, comme vous l'êtes ». — Cette fois les armes sont des armes de justice, c'est-à-dire de sainteté, qui s'emploient d'une manière sainte (dans les deux cas, génit. de qualité) au service de Dieu.

14) à{i.apT(«, quoique sans art., est toujours le même péché personnifié; c'est même pour cela qu'il peut se passer d'article, comme vo[ioç, /.aptç.

xupi£t5a£i ne peut exprimer une certitude qui serait contre l'esprit de l'exhortation, mais une espérance très confiante. Le premier yâp n'est pas très expressif, mais le second donne bien la raison de cette espérance. Cette raison serait très énigmatique si elle n'avait son explication d'avance, dans V, 20. La Loi n'est d'aucun secours dans la lutte contre le péché : tout au contraire; mais vous n'êtes plus sous le régime de la Loi, vous êtes sous le régime de la grâce, qui règne pour vous conduire à la vie éternelle^' Cette petite phrase est placée là comme une pierre d'attente pour des explications ultérieures, mais surtout elle ferme la péricope par une sorte d'inclusio. Le V. 1 demandait insolemment s'il fallait donc demeurer dans le péché, pour que la grâce abonde ; Paul conclut maintenant que bien au contraire le péché sera vaincu parce qu'on est sous le régime de la grâce.

Tout ce passage renferme d'utiles enseignements pour la direction des convertis. La réforme des habitudes extérieures importe beaucoup à leur perfection. Il faut que les sens qui les ont entraînés au péché subissent une discipline sévère, et le plus sûr garant qu'ils ne se laisseront pas aller insensiblement à servir d'instruments au péché, c'est de les mettre résolument au service de Dieu par des actions saintes et charitables.

15) L'objection rappelle celle du v. 1, mais la forme en est réglée chacune des deux fois par la considération qui précède. Dans le premier cas, on se demandait s'il fallait rester dans le péché, afin que la grâce abonde davantage et sans doute aussi se manifeste plus ouvertement. Réponse : non, c; r nous avons déjà en fait quitté le péché par le baptême et même nous avons commencé une nouvelle vie, qui est sous la grâce, v. 15. D'où la seconde objection : que risquerions-nous à pécher encore, puisque nous sommes sous la grâce; serait-ce même pécher, puisque nous ne sommes plus sous la Loi? Les initiés sont souvent enclins à exagérer les avantages de l'initiation. Devenus les intimes du dieu, sinon divinisés, ils peuvent tout se permettre.

pas SOUS la loi, mais sous la grâce? Loin de là! ^^Ne savez-vous pas que si vous vous êtes donnés à quelqu'un comme esclaves pour [lui] obéir, vous êtes esclaves de celui auquel vous obéissez, soit du péché, pour la mort, soit de l'obéissance, pour la justice? ^^ Or grâces à Dieu, de ce qu'ayant été esclaves du péché, vous avez obéi de [tout] cœur à la règle de doctrine à laquelle vous avez été

Si quelque chrétien avait partagé cette grossière erreur morale* de certains païens, Paul se chargerait de le rappeler à la vérité. On sait que la doctrine de Luther sur la foi et la justice imputée a produit plus d'un désordre moral.

WW. ont cru devoir lire peccavimus au lieu de peccabimus (Vg.-Clém.). La leçon joeccacimMs est, paraît-il, celle du beaucoup plus grand nombre des mss. Elle est antérieure à la Vg. (e g Ambrst. [commentaire]), mais il serait bien étonnant qu'elle ait été adoptée par Jérôme; elle n'a d'appui en grec que F G (r|[AapT>î(ia|Aev) qui sont notoirement latinisants. Il faudrait donc conserver. />eccaèim?/s qui rend assez bien le subjonctif délibératif (ou écrire: peccemus), quand bien même il serait prouvé que la tradition hiéronymienne contenait ce non-sens occasionné par la prononciation du b par v.

16) Le stoïcien regardait lui aussi comme un esclavage et le pire de tous [Épict. IV, 1, 173 : SoiïXoç èv SouXotç) d'obéir aux passions; mais le sage était libre. Pour s. Paul, l'alternative est d'obéir au péché, personnifié comme toujours, ou d'obéir à Dieu. Sa mystique d'union au Christ n'empêche pas que l'homme demeure vis-à-vis de Dieu un serviteur. Ce point supposé, il rappelle aux Romains ce qu'ils savent bien (parallélisme avec v. 3), que lorsqu'on se donne à un maître, c'est pour recevoir ses ordres et les exécuter fidèlement. S &i:a>ioûe-ce, au lieu de aÔToîi, insiste sur l'idée d'obéissance. Or on ne peut servir deux maîtres; il faut opter. Si l'on se met au service du péché, il conduit à la mort, mort qui est à la fois la mort temporelle et la mort éternelle. L'autre maître devrait être Dieu, et c'est bien lui qui est en cause (v. 22); mais, d'abord, pour opposer au péché une valeur morale du même ordre, Paul dit « l'obéissance », qui est, bien entendu, l'obéissance à Dieu, vertu que le Christ a pratiquée (v, 19), de façon à mettre la justice à la place du péché, qui est une désobéissance (juapazovî v, 19). De même que le péché mène à la mort, l'obéissance produit la justice. Paul ne dit pas encore la vie éternelle, tant il est préoccupé de donner une leçon de morale actuelle. Ici « justice » signifie sainteté, vertu pratiquée, dans un sens que des Juifs eussent pu comprendre; mais cette justice est transformée au sens chrétien, est dès lors le fruit de la vie en Jésus-Christ. La proposition est très générale, et si Paul dit « vous », c'est par un procédé d'argumentation, sans application à la situation spéciale des chrétiens, justes ou pécheurs.

On ne s'explique pas pourquoi WW. ont efl'acé ad mortem.

17) Paul ne veut même pas dire : comme tout le monde, vous avez le choix! L'hypotlièse d'une rechute n'est malheureusement pas exclue, mais c'est un aspect sinistre, qui n'est pas dessiné expressément. Pour des ciiré-

remis [par Dieu]; ^^et, affranchis du péché, vous êtes devenus les esclaves de la justice. ^^ Je m'exprime comme tout le monde, à cause de la faiblesse de votre chair. En effet, comme vous avez mis vos membres au service de l'impureté et du désordre pour le désordre, mettez donc maintenant vos membres au service de la justice pour

tiens, le choix est fait! Paul rend grâces à Dieu de ce que l'esclavage du péché est une chose passée (tÏts, de ce que vous étiez, par conséquent de ce que vous ayez cessé d'être [cf. v, 8] les esclaves du péché). Au lieu de cet esclavage, l'obéissance à un type de docti'ine. Noter l'attraction du relatif, pour Tôi Ti5nw Tïiç 8t8ay^% eîç ôv 7:ape860rjTs. Ce tiStcoç n'est pas un évangile particulier à Paul, mais l'évangile annoncé à tous les chrétiens, auquel les Romains ont été livrés par l'action de Dieu. Les termes choisis : type, règle, forme de doctrine, présentent l'évangile comme contenant une morale, maïs sans la forme redoutable des menaces de la Loi. Aussi les Romains, qui représentent ici simplement tous ceux qui ont embrassé la foi, y sont allés de tout cœur, h. xapSiaç. On dirait bien (JûUc/ier) que Paul atténue ici ce que le mot d'esclavage aurait de trop dur : c'est une obéissance volontaire, sous l'influx de la grâce de Dieu, à une l'ègle morale lumineuse.

In quant de Vg.-Clém. vaut mieux pour le sens que in qua {WW.).

18) C'est donc bien un affranchissement par rapport au péché, et si c'est un esclavage, ou une obligation de servir, c'est envers la justice. Cette fois la justice (et non l'obéissance), dans le même sens qu'au v. 16, mais personnifiée, comme le péché. Il semble bien clair qu'ici r] à|j.apTta n'est pas la concupiscence laissée par le péché originel.

Ce verset est la conclusion de ce qui précède, et ne devrait pas en être séparé par un point {Vg.).

19=^) Cornely donne le choix entre deux interprétations, l'une de presque tous les catholiques, l'autre de presque tous les modernes. D'après la première, Paul va imposer un précepte humain (humanum tantum praeceptum iinponii, p. 339), c'est-à-dire proportionné à la faiblesse morale des Romains, à savoir de faire au moins pour la justice ce qu'ils faisaient pour le péché. D'après la seconde, Paul, en parlant précédemment d'esclavage de la justice, parlait à lu façon commune, pour se proportionner à la faiblesse intellectuelle des Romains, alors qu'il aurait pu parler de liberté (cf. Gai. v, 13),

Mais il y a d'autres comlDinaisons possibles. Jiilicher admet la faiblesse morale aussi bien qu'intellectuelle; d'api^ès Ktihl, l'apôtre craint que la faiblesse morale des fidèles ne les induise à prendre trop de liberté, et veut leur prouver que le service est ce qui caractérise le mieux la situation etc.

àvOpo'mivov peut s'entendre de ce qui ne dépasse pas les forces humaines (I Cor, X, 13), mais aussi de ce qui est conforme à l'intelligence humaine (I Cor, II, 13; iv, 3); le dernier sens est plus indiqué avec Xé^w, de sorte que àvOpwTTtvoy Xéyw ne paraît être qu'une variante de -/.aTO d(vOpwTOV Xéy" (ni, 5; Gai. m, 15; cf, I Cor. m, 3; ix, 8; xv, 32; Gai. i, 11). Il ne s'agit point ici d'imposer un précepte qui ne dépasserait pas les foi'ces humaines, il est

la sainteté. 20 Car lorsque vous étiez esclaves du péché, vous étiez libres envers la justice. 21 Quel fruit donc aviez-vous alors? vous

question d'une situation telle qu'elle est comprise ordinairement. C'est ainsi que les termes sont compris par Ghrys. lui-même, (bdavsl 'éXeyEv, àivo àvOpw- 7t(va)v XoYia(j.Civ, kno tûv èv auvrjOefa yivofAivtov. Donc Paul applique aux chrétiens des termes du langage courant, une comparaison tirée de l'esclavage. Pourquoi? parce qu'ils sont faibles, d'une faiblesse qui se ressent de l'ancienne faiblesse (v, 6), morale, mais aussi intellectuelle. Paul ne dit pas : « je m'excuse de caractériser le christianisme comme un esclavage, alors qu'il est plutôt une liberté, parce que vous ne me comprendriez pas si je parlais do la sorte », mais : « dans voire situation actuelle vos rapports envers Dieu doivent être envisagés comme un service », spécialement l'emploi à son service de membres qui ont été au service du péché. Plus tard il pourra dire comme saint Augustin : Ama et fac quod vis. Pour le moment ils sont dans la situation des Corinthiens (I Cor. m, 1).

ig'^) La première partie du v. était une sorte de parenthèse. La seconde se rattache par yip au v. 18, et explique ce que c'est que le service de la justice. Il est exprimé comme au v. 13, mais la métaphore des armes est remplacée par celle du service. Le maître est maintenant l'impureté, et cette liberté sans frein que l'on nomme aujoui'd'hui a-moralité. Au service de cette puissance qui ne connaît pas de règle, on tend à en absorber en soi le principe. Au service de la justice, on tend à la sainteté. àYiac![j.oç peut signifier sanctification ou sainteté. Ici c'est plutôt le second sens, le but à atteindre en opposition à àvo|j.ia. Sans doute la sainteté doit progresser toujours par la sanctification, mais on se la représente de loin comme le plus haut degré de la vertu; cf. vi, 22; I Cor. i, 30; I Thess. iv, 3 s. 7; II Thess. 11, 13; I Tim. 11, 15 et même Heb. xii, 14. Le mot se trouve dans le grec profane avec le sens de consécration (&Yi«ajj,a se dit, dans la pseudo-liturgie mithriaque de Dieierich [p. 4, 1. 23], de « consécration personnelle »), mais non dans le sens d'une vertu très haute acquise au service de Dieu. En rappelant aux Romains qu'ils avaient été esclaves de l'impureté et de laxisme moral, Paul les caractérise assez nettement comme des gentils convertis. Les Juifs alTectaient du moins l'observation de la Loi et leur dépendance à son égard (x, 2).

Dans la Vg. servire pourrait être remplacé les deux fois par sercos.

20) Il serait plus naturel de dire : vos prétentions de liberté à l'égard de la justice n'empêchaient pas que vous fussiez esclaves du péché. Peut-être Paul veut-il dissiper cette illusion que tout en péchant ils l'espectaient encore le règne de la justice; en réalité ils s'en aft'ranchissaient. C'est toujours le même principe : on ne peut servir deux maîtres. Saint Thomas note cependant que cela suppose un péché bien délibéré : nam ilU qui ex infirinitate vel ex passione peccant, aliquo freno iustiliae retineniur, ul non s-ideantur a iusiitia omnino liberi. Il va sans dire que cet afTranchissement coupable n'empêche pas la responsabilité.

21) On pourrait renvoyer l'interrogation à la fin. Quel fruit aviez-vous des actions dont vous rougissez maintenant? Réponse sous-entendue : aucun.

en rougissez maintenant, car leur fin est la mort. 22 Mais maintenant, affranchis du péché, devenus les esclaves dé Dieu, vous possédez le fruit que vous en retirez pour la sainteté, et la fin est la vie éternelle. ^3 Car la solde du péché est la mort, tandis que le don de Dieu est la vie éternelle en le Christ Jésus Notre-Seigneur.

Ce qui serait très vrai, si l'on parlait d'un fruit utile. Mais on peut supposer des fruits mauvais, et c'est l'hypothèse de Paul. Aussi les modernes (même Corn.) ponctuent et expliquent : n'va oSv xapKov sï/eie tére; (èxEÏva) ècp' oîç vuv IrMKsyryndii. Ces fruits sont les satisfactions que l'âme cherchait dans le péché, qui ne laissent qu'un goût d'amertume. La Phèdre de Racine : « Et du fatal amour dont la honte me suit, Jamais mon triste cœur n'a recueilli le fruit». La mort était le terme et même le résultat de cet esclavage; mort temporelle et mort éternelle.

La Fg. renvoie l'interrogation à la fin. In illis, ajouté pour la clarté, est omis par WW. On pourrait aussi supprimer est.

22) C'est à peine si Paul a parlé de fruits du péché; en tout cas ils n'étaient pas un bien pour les pécheurs. Les fidèles, serviteurs de Dieu, qui paraît enfin comme l'Être véritable de la justice, possèdent un fruit qui leur est propre, qui est bien à eux, constituant peu à peu le patrimoine de la sainteté, ayant pour terme et pour fin la vie éternelle.

23) Les deux antagonistes des vv, 12 s. se retrouvent en présence, Dieu et le péché, et la métaphore du service militaire revient aussi. Le péché paie la solde, qui est la mort, c'est-à-dire la mort éternelle ; Dieu donne la vie éternelle comme une faveur. Le changement de tournure est voulu et a été noté par s. Augustin. Les protestants en concluent que Paul exclut le mérite, ^[ais les mérites dont parlent les catholiques sont des mérites acquis sous l'influence de la grâce. De son côté Augustin concède que la vie éternelle peut être nommée une solde, mais c'est une solde payée à la justice qui ne vient pas de l'homme. Le terme de don gratuit est à tout prendre plus exact. — Iv XpicTTSi •/, T. X. se rapporte à tout ce que Dieu fait pour nous : et hoc fit in Christo Jesu Domino nostro, id est per Christum; vel in quantum in ipso siimus per fldem et caritatem (T/iom.).

L'idée qui domine toute cette morale est celle d'un service, et d'un service actif, qui est spécialement un service militaire.

Le service se trouve partout pour exprimer les rapports de l'homme envers Dieu. Dans l'Ancien Testament, c'est le rapport normal : les plus favorisés de Dieu sont ses serviteurs, comme Moïse, comme David. Naturellement on devait trouver l'expression de servir dans la langue des mystères. L'initiation était considérée comme l'acceptation d'un joug. Apulée, XI , 15 : da noinen sanctae huic militiae, cuius non olim sùcramento etiam rogaberis, teque iain nunc obsequio religionis nostrae dedica et ministerii iugum subi coluntarium. Ainsi Paul aurait-il pu caractériser le baptême comme l'acceptation volontaire d'un joug. Mais précisément il ne l'a pas fait. Le baptême a une efficacité beaucoup plus profonde. C'est après le baptême que le chré-

ÉPITIIE AUX HOMAINS, VI, 23. 159

tien est invité à entrer au service, de Dieu. Et, par un contraste dont l'A. T. ne lui fournissait pas l'idée, mais qui était un thème reçu de la philosophie, l'Apôtre oppose l'esclavage du péché. Cette notion d'esclavage aurait quelque chose de déprimant, même à l'égard de Dieu, si Paul ne l'avait relevée par l'idée d'un service actif, comparé au noble métier des armes.

Sur ce point aussi, il y avait des antécédents. Les anciens Israélites combattaient les guerres de lahvé (I Sam. xviii, 17). On vient aussi de lire le nom de sacramentum, « serment militaire », dans le texte d'Apulée qui parle du joug. Cette comparaison devait être surtout familière à la philosophie morale de l'action. Épictète (III, 24, 34) : « La vie est pour chacun un service militaire, long et varié », aussi le stoïcien est le soldat de Zeus (III, 24, 112).

D'ailleurs les termes de Paul sont si généraux qu'il n'avait en vue qu'une comparaison tirée de la vie ordinaire, et lui-même prend soin de nous le dire (v. 19). L'homme est placé entre deux maîtres; il faut choisir. Ou plutôt les chrétiens sont placés enti-e le passé et le présent, car leur choix est fait.

C'est le service de Dieu, qui comporte l'obéissance, mais qui est actif et généreux comme celui d'un soldat. Les armes du chrétien sont ses membres qui peuvent contribuer à sa sanctification et parla lui obtenir la vie éternelle. Ce que fait Dieu dans ce travail, Paul ne le dit pas encore. Il prétend avant tout inspirer un généreux élan à des âmes encore faibles, qui ont à peine crucifié le vieil homme dans le baptême; c'était la meilleure réponse à ceux qui auraient été tentés de voir dans sa doctrine de la justification une invitation à l'indifférence morale ou à la mollesse. La vie ressuscitée se traduit par la fuite du péché, la consécration à la justice, l'acquisition de la sainteté : tout cela pour Dieu en Jésus-Christ Notre-Seigneur. Il n'y a donc là aucune trace de paresse excusée par l'initiation, mais une saine doctrine morale sur le fruit à tirer de la conversion.

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